L’univers du Métavers, qui donne accès à des mondes en réalité virtuelle, touche les entreprises de tous secteurs et comporte des enjeux énormes au niveau économique, technologique, commercial ou sociétal. Recherche et développement, finance, marketing, communication, industrie, technologie, digital, santé, art et divertissement, aucun secteur ne semble être épargné par les changements qui découlent de ce monde virtuel. Nouvelles manières d’entrer en contact avec les autres, de se divertir, de travailler, de se former… Les frontières entre les mondes artificiels et le monde réel sont chaque fois plus poreuses. Investissements en masse, implantation et création de nouveaux marchés… Quels sont donc les nouveaux enjeux du Métavers pour les entreprises ?

Le Métavers, qu’est-ce que c’est ?

Le Métavers désigne un monde virtuel dans lequel les humains peuvent s’immerger pour vivre des expériences. Il prend ses racines dans le roman Le Samouraï virtuel, de Neal Stepheson.

Sa particularité est qu’il est peuplé et qu’il continue d’exister même lorsque l’utilisateur s’en déconnecte. Par ailleurs, il implique une véritable interaction entre l’utilisateur, l’environnement virtuel et les autres utilisateurs.

Enfin, le Métavers suppose d’entrer dans un monde en réalité virtuelle (VR). Il se distingue ainsi des expériences de jeu vidéo multijoueurs où les utilisateurs restent devant leurs écrans.

Selon Alexandre Bouchet, directeur du Centre de ressources technologiques spécialisé en réalité virtuelle CLARTÉ, bientôt, le Métatavers permettra de « consulter des données, mais de manière spatiale ». Cet expert voit donc le Métavers comme une nouvelle infrastructure offrant de nouveaux moyens d’accéder à l’information. Or, selon lui, les possibilités de ce monde virtuel ne s’arrêtent pas là.

Certains définissent en effet le Métavers comme l’Internet du futur. Ainsi, de la même manière que l’on surfe sur le web pour s’informer, communiquer, acheter ou se divertir, on se connectera à ce nouveau monde artificiel pour réaliser toutes ces actions, mais sous la forme de réalité virtuelle.

Technologie, divertissement, travail, formation, relations sociales… Quels sont alors les enjeux du Métavers pour les entreprises de demain ?

Une réalité virtuelle déjà présente dans différents secteurs

Pour Guillaume Moreau, professeur d’informatique à l’IMT Atlantique et chercheur au Lab-Sticc (Laboratoire des sciences et technologies de l’information, de la communication et de la connaissance), la réalité virtuelle fait partie du quotidien des entreprises de recherche et développement. En effet, on l’utilise déjà dans l’industrie. Par exemple, des logiciels de VR permettent de construire un avion ou un bateau en amont. C’est également le cas dans le secteur médical, où la réalité virtuelle aide à développer de nouveaux outils.

Dans le domaine de l’aéronautique, elle sert aussi à former les pilotes. Quant au domaine spatial, il y recourt depuis des années pour préparer les astronautes à leurs missions.

La démocratisation des mondes virtuels, véritable enjeu du Métavers pour les entreprises

Selon Guillaume Moreau, le véritable enjeu du Métavers pour les entreprises a trait à la démocratisation des mondes virtuels. De plus en plus d’utilisateurs pourraient en effet y accéder.

S’il y a dix ans, seule une petite minorité pouvait se permettre l’achat d’un casque VR, aujourd’hui, il est possible d’acquérir un tel objet pour un prix allant de 300 à 1000 euros. S’il n’est pas encore à la portée de toutes les bourses, il y a tout de même fort à parier que son prix continue de diminuer. Il devrait effectivement suivre le même chemin que celui des ordinateurs, tablettes ou téléphones portables, qui sont aujourd’hui présents dans toutes les maisons et dans toutes les poches.

Métavers, réunion virtuelle

Ouvrir le champ des possibles : la création de nouveaux marchés

Cet accès toujours plus facile à la réalité virtuelle laisse la place à la création de nouveaux marchés, tels que :

  • Le divertissement virtuel,
  • Les rencontres sociales virtuelles,
  • La réalisation de missions professionnelles ou de formations dans des espaces virtuels,
  • Le commerce virtuel.

Dès lors, les possibilités semblent infinies. Plusieurs millions de personnes pourraient assister à un même concert, virtuellement. On pourrait aussi visiter des musées de manière virtuelle et de cette manière, admirer des œuvres qui se trouvent à plusieurs milliers de kilomètres de chez soi.

L’accès à la formation pourrait également se voir simplifié. Imaginez pouvoir suivre les cours d’une prestigieuse université qui se trouve sur un autre continent ! Il en est de même pour la réalisation de missions professionnelles. À ce titre, Facebook travaille actuellement sur une plateforme qui permettrait d’assister à des réunions professionnelles comme si l’on y était. Une technologie qui pourrait aussi s’adapter aux rencontres virtuelles de la vie privée. « Je peux être installé dans mon canapé pendant le week-end et décider d’inviter mes amis dans la « pièce [virtuelle] où-on-traîne-sur-son-canapé » », a déclaré Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook.

Enfin, les mondes virtuels représentent une formidable opportunité pour les acteurs du commerce. Grâce à eux, les clients pourraient essayer ou expérimenter virtuellement un produit ou un service avant de l’acheter dans la réalité.

Les enjeux du métavers pour les entreprises

Métavers, la folie des investissements

Avec la perspective de toucher de nouvelles cibles, on comprend mieux pourquoi récemment, les entreprises se sont mises à investir en masse dans le Métavers. Parmi elles, citons par exemple Epic games, éditeur du célèbre jeu vidéo Fortnite, qui a annoncé en 2020 vouloir dédier plus de 20 milliards de dollars dans la technologie du Métavers. Depuis, la compagnie ne cesse de lever des fonds : elle a notamment bouclé un tour de table de 1 million de dollars en avril 2021.

Facebook, qui a décidé de se rebaptiser « Meta » en référence au Métavers, marque aussi la tendance. En investissant 10 milliards de dollars dans cette technologie, il souhaite se positionner comme une compagnie de Métavers bien plus que comme une firme digitale spécialisée dans les réseaux sociaux. Dès lors, Facebook a incité d’autres acteurs de la Tech et du numérique à recentrer leurs activités autour de ce nouveau monde.

Un rapport de Strategy Analytics estimait le marché 2021 du Métavers à 30,7 milliards de dollars. Cette même étude prévoit qu’il atteigne 280 milliards de dollars en 2025. Sans aucun doute, le Métavers représente un enjeu économique considérable.

Les enjeux technologiques du Métavers

Si le Métavers pèse sur le marché, c’est aussi parce que l’époque actuelle a atteint la maturité technologique pour le mettre en œuvre. Ainsi, il est aujourd’hui possible de réunir plusieurs millions de personnes pour assister à un concert, comme l’a fait Fortnite avec le rappeur Travis Scott en avril 2020. Cette plateforme technologique est d’ailleurs l’une des plus abouties en la matière. Elle réunit chaque jour des milliers de joueurs pouvant interagir ensemble.

Cette prouesse que d’aucuns considéraient encore digne de science-fiction il y a quelques années, est rendue possible grâce à différents facteurs. Tout d’abord, les infrastructures, qu’il s’agisse de la fibre, des réseaux ou du cloud, sont désormais capables d’absorber le volume faramineux de données que requièrent ces pratiques. De plus, les performances des outils technologiques, comme les cartes graphiques, indispensables à la création de mondes virtuels, ne cessent de croître. Enfin, les objets technologiques propres au Métavers, comme les casques de réalité virtuelle, sont de plus en plus accessibles au grand public.

Cependant, il reste encore de nombreux outils et infrastructures technologiques à inventer ou à perfectionner. Logiciels, reconnaissance vocale, lunettes connectées… Le défi est d’arriver à donner une impression de réalité aux mondes virtuels. Les enjeux technologiques du Métavers sont donc sont de taille.

Métavers, concert virtuel

Les enjeux du Métavers pour les entreprises du marketing

Les acteurs de la publicité et du marketing pourraient eux aussi s’implanter dans le Métavers. De la même manière qu’il est aujourd’hui possible d’acheter ou de louer des espaces publicitaires sur Internet, il serait également envisageable d’en louer ou d’en acheter dans le Métavers. Dès lors, les possibilités de toucher de nouvelles cibles sont immenses.

De plus, les données pouvant être récoltées dans un monde virtuel sont une véritable mine d’or pour les acteurs de la publicité ciblée. En effet, quand un utilisateur s’immerge dans un monde virtuel au moyen d’un casque qui dispose de capteurs biométriques, il transmet un grand nombre de données sur son comportement, bien plus qu’en étant traqué sur Internet à l’aide de cookies. À terme, les données récupérées grâce au Métavers pourraient toucher le comportement humain dans son intégralité et être monétisées pour pousser à la consommation ou influencer les utilisateurs. Si ce dernier point augmente considérablement les débouchées pour les entreprises de ce secteur, le risque d’une dérive quant à la protection des données personnelles des utilisateurs est bien présent. En ce sens, le législateur est confronté à un véritable défi.

Les enjeux des NFT pour les entreprises du Métavers

Que sont les NFT ?

Les NFT (Non Fongible Tokens) sont des titres de propriété rattachés à un objet virtuel. Autrement dit, ils certifient qu’un objet virtuel appartient bel et bien à une personne en particulier. Ils fonctionnent grâce à la technologie de la blockchain.

L’arrivée des NFT en tant que titre de propriété virtuel laisse donc la place à l’achat d’objets virtuels. Cela, le monde de l’art et du divertissement l’a bien compris. Ainsi, il est déjà possible de devenir le propriétaire d’une œuvre d’art créée virtuellement, c’est-à-dire d’une œuvre qui n’existe pas dans le monde réel. De même, dans certains jeux vidéos, les joueurs peuvent d’ores et déjà acquérir des accessoires reconnus dans le jeu, les vendre ou les échanger.

Quel est l’intérêt de posséder un objet virtuel ?

Devenir l’unique propriétaire d’objets virtuels comporte des bénéfices. Comme l’explique Claire Balva, directrice de « Blockchain et cryptoactifs » chez KMPG, cela implique, d’une part, de pouvoir profiter des avantages liés à la propriété de ces objets. Par exemple, dans certains jeux vidéo, la détention de NFT particuliers donne le droit de participer à des évènements VIP. 

D’autre part, les NFT permettent de rémunérer les auteurs ou concepteurs d’objets virtuels. Cela est très clair dans le domaine artistique, où les NFT peuvent servir à acheter une composition musicale ou une création digitale. Ils sont alors un moyen de soutenir un artiste.

L’impact des NFT sur les entreprises du Métavers

Si un objet virtuel permet de jouir de certains avantages, il acquiert donc de la valeur. Par conséquent, le NFT rattaché à cet objet se voit lui aussi doté d’une certaine valeur. Grâce aux NFT, on peut alors vendre, échanger ou faire fructifier la valeur d’objets virtuels, et ce, dans un monde virtuel ou dans le monde réel.

Ceci ouvre une perspective gigantesque pour les entreprises souhaitant évoluer au sein du Métavers. Elles pourront concevoir et vendre de nouveaux objets, de manière totalement virtuelle. Nicolas Pouard, directeur de la blockchain initiative et responsable du Lab d’innovation stratégique d’Ubisoft, imagine alors que les utilisateurs d’un monde artificiel pourraient payer l’entrée d’un musée virtuel pour voir des œuvres digitales.

Ouvrant le champ des possibles, Nicolas Pouard imagine également que la détention de certains NFT donne le droit de profiter de réductions dans des magasins précis, réels ou virtuels. On comprend très bien que les impacts pour les acteurs du commerce, du marketing et de la fidélisation client sont énormes.


Les enjeux du Métavers pour les entreprises et plus généralement, pour la société, sont finalement bien plus concrets qu’il n’y parait. Les effets des mondes virtuels influencent déjà le monde réel. Comprendre les enjeux du Métavers, c’est alors l’assurance pour les entreprises de pouvoir s’adapter et tirer profit des changements induits par ce nouveau monde artificiel. Cependant, les lois, en matière de concurrence ou de protection des utilisateurs, sont aujourd’hui inexistantes. Il parait donc urgent de légiférer dès maintenant sur ces nouvelles pratiques : un défi inédit.