Le rideau vient de tomber sur l’édition 2025 du Global Challenge de Hello Tomorrow, un rendez-vous incontournable pour les adeptes de l’innovation scientifique et de la Deep Tech. Célébré à Paris cette année, ce sommet a mis en lumière des idées audacieuses et des startups prometteuses, ouvrant la voie à des perspectives technologiques inédites.

Un événement épicentre de l’innovation

Depuis plusieurs années, Hello Tomorrow s’impose comme une plateforme internationale de premier plan où la recherche scientifique rencontre l’esprit d’entreprise. Chaque édition attire des milliers de candidatures, toutes animées par la volonté de résoudre des problématiques majeures dans des secteurs variés, allant de l’agroalimentaire à la biotechnologie, en passant par la mobilité spatiale et la production d’énergie propre.

L’édition 2025 n’a pas fait exception. Enregistrant plus de 4 600 postulants venus du monde entier, l’événement a fonctionné comme un véritable détecteur de pépites, sélectionnant 850 startups qualifiées de Deep Tech Pioneers avant de retenir 80 finalistes pour une compétition féroce. Une organisation minutieuse a permis d’identifier les entrepreneurs capables de relever les défis industriels, écologiques et sanitaires de demain. C’est au sommet de Paris, sur la scène dite « des pionniers », que les trois projets les plus prometteurs ont finalement reçu une récompense.

En plus de l’effervescence autour du palmarès, Hello Tomorrow joue un rôle de catalyseur de relations d’affaires et de visibilité, en réunissant des investisseurs institutionnels, des corporate venture et des grands groupes industriels. Cette stratégie a pour but de faciliter la mise en relation entre les innovateurs et les décideurs économiques, tout en encourageant un climat de co-création internationale.

 

Les dessous de la sélection : rigueur et diversité

Au-delà de l’aspect purement compétitif, le Global Challenge repose sur un mécanisme d’évaluation à plusieurs niveaux. Les startups qui candidatisent doivent démontrer :

  • La faisabilité de leur innovation technologique ;
  • Leur viabilité commerciale ou industrielle ;
  • Le potentiel d’impact sur le marché et sur la société ;
  • La solidité de l’équipe fondatrice, à la fois en termes de compétences et de capacités de mise en œuvre.

Sur ce dernier point, la répartition géographique des candidatures témoigne du caractère inclusif de l’événement. Les projets ne proviennent pas uniquement d’Occident, mais également d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. Cette variété favorise l’émergence de solutions adaptées aux réalités de différentes régions, qu’il s’agisse de structures de santé en milieu isolé ou de procédés de production d’énergie renouvelable dans des contextes ruraux.

En coulisses, plus de 110 experts issus de grands groupes, d’institutions financières et du monde universitaire ont participé à l’analyse des projets. Leur mission : trier, évaluer et questionner chaque concept, afin de ne faire émerger que les candidats les plus solides. Cette phase de vérification minutieuse, comparable à un due diligence approfondi, assure la crédibilité de la sélection.

Dans le domaine de la Deep Tech, les projets requièrent souvent des années de R&D et des financements importants. Les investisseurs et partenaires industriels veulent être certains de miser sur des solutions réalistes et pérennes. Par conséquent, Hello Tomorrow multiplie les filtres pour limiter les risques et optimiser l’allocation des ressources.

 

Trois startups en tête d’affiche

Cette année, trois lauréats se sont particulièrement démarqués. Ils ont séduit le jury par la pertinence scientifique de leurs projets et par leur capacité à répondre à des enjeux économiques ou sociétaux majeurs. Zoom sur ces trois pépites :

Numi (France) : Grand vainqueur du concours, cette jeune pousse reçoit un prix de 100 000 dollars pour sa technologie de culture cellulaire permettant de produire du lait maternel humain. L’objectif : apporter une alternative nutritionnelle aux nourrissons lorsque l’allaitement n’est pas possible. Cette idée pourrait révolutionner le secteur de la pédiatrie nutritionnelle en proposant une option plus proche du lait maternel que les laits infantiles classiques.

spotLESS Materials (États-Unis) : En deuxième position, cette entreprise américaine développe des revêtements sans PFAS, inspirés des propriétés naturelles de certaines surfaces végétales. Leur concept : créer une couche ultra-glissante capable de repousser liquides, solides et substances biologiques. L’enjeu est considérable, puisque ces surfaces autonettoyantes pourraient transformer la maintenance industrielle, la construction et même la gestion de l’eau dans les réseaux urbains.

Papcup (Royaume-Uni) : Troisième lauréate, Papcup propose un dispositif médical compact et non invasif qui détecte le virus HPV à risque cancéreux dans le sang menstruel. Pensé pour être simple d’utilisation, ce test pourrait faciliter le dépistage précoce du cancer du col de l’utérus. L’innovation se situe aussi dans l’accessibilité : elle rend possible un dépistage plus discret, qui pourrait s’avérer précieux dans des régions où les infrastructures médicales sont insuffisantes.

 

Un palmarès par catégories pour valoriser la spécialisation

Au-delà de ces trois gagnants, le Global Challenge distingue également dix “piliers” classés par domaines. Chaque catégorie bénéficie souvent d’un appui particulier – des partenaires industriels ou des fonds d’investissement spécialisés – afin de soutenir les finalistes dans leur développement. Cette mise en avant ciblée accélère l’accès à un écosystème d’experts et de ressources techniques.

Voici les principaux lauréats par catégorie :

Advanced Comput and Electronics (soutenu par Murata) : La startup américaine Gallox Semiconductors Inc. se distingue grâce à son utilisation innovante du Ga₂O₃ (oxyde de gallium) dans la conception de diodes et de transistors destinés à des centres de données ou à des chargeurs pour véhicules électriques. L’objectif est de réduire les pertes énergétiques liées à la conversion de puissance, un enjeu crucial pour les data centers et la mobilité.

Le Ga₂O₃ (oxyde de gallium) est un matériau semi-conducteur dont la bande interdite large (wide bandgap) lui confère une robustesse particulière. Cette caractéristique permet de fabriquer des composants électroniques capables de fonctionner à haute tension, avec un meilleur rendement énergétique. Dans le contexte actuel de la transition électrique, ce matériau suscite un engouement grandissant auprès des industriels.

 

Aerospace (soutenu par Safran) : L’entreprise française Alpha Impulsion propose une nouvelle forme de fusées hybrides dites « automutilaires ». La structure même du lanceur devient combustible, permettant, selon l’équipe, de doubler les performances tout en réduisant significativement la quantité de débris spatiaux en orbite. Cette approche s’inscrit dans une logique de développement durable de l’exploration spatiale.

Santé numérique et dispositifs médicaux : Impli (Royaume-Uni) a fait sensation avec son implant de surveillance hormonale en temps réel dédié aux traitements de FIV. Pour les femmes suivant des protocoles lourds, cette technologie représente un outil de suivi plus régulier et moins invasif, offrant aux médecins une réactivité accrue dans l’ajustement des dosages et des timings.

Énergie (soutenu par Honda Xcelerator, GTT et Galp) : Found Energy (États-Unis) se focalise sur l’usage de l’aluminium comme source d’énergie « non carbonée ». L’entreprise a développé un procédé pour générer de la chaleur à haute température ou de l’hydrogène via un métal facilement accessible. Ce concept vise à proposer une solution portable et sécurisée de production énergétique, potentiellement moins chère que les énergies fossiles.

Environnement (soutenu par L’Oréal) : L’allemande Dryad Networks GmbH déploie des capteurs de gaz à effet de serre, alimentés à l’énergie solaire et intégrés à une IA, pour détecter les incendies de forêt dès la phase de combustion. Cette technologie, en plus de son intérêt écologique, suscite déjà l’attention des assurances et des agences de protection environnementale.

Alimentation et agriculture (soutenu par DSM-Firmenich et Avril) : Numi (France) s’est fait remarquer pour une innovation très proche de celle de Numi. Numi travaille également sur la production de lait maternel issu de culture cellulaire afin d’offrir une alternative hautement nutritive pour les nourrissons. Les experts y voient une piste pour diversifier l’offre d’alimentation infantile, mais aussi pour répondre aux débats sur la qualité et la sécurité des laits infantiles industriels.

Biotechnologies industrielles et nouveaux matériaux (soutenu par Syensqo et Biotope Ventures) : C’est spotLESS Materials (États-Unis) qui a raflé le prix de cette catégorie. Leur technologie sans PFAS, baptisée LESS, ouvre la voie à des applications dans la fabrication de surfaces autonettoyantes, avec de multiples débouchés, depuis les lignes de production jusqu’aux produits de consommation du quotidien.

Industrie et machines : RESONIKS (Pays-Bas) déploie une méthode d’inspection par résonance acoustique couplée à l’intelligence artificielle, permettant de détecter les défauts structurels dans les pièces métalliques. Si l’innovation trouve déjà sa place dans l’aéronautique ou l’automobile, il n’est pas exclu qu’elle serve un jour la sécurité des infrastructures maritimes ou ferroviaires.

Médite Biotech et Produits pharmaceutiques : HEPHAISTOS Pharma (France) se distingue par son approche consistant à renforcer l’immunothérapie anticancéreuse. Le procédé stimule les réponses immunitaires, en rendant plus « visibles » les tumeurs habituellement passées sous le radar du système immunitaire. Les équipes R&D cherchent ainsi à améliorer le taux de succès des traitements de pointe.

Construction durable et infrastructure (soutenu par Leonard et Saint-Gobain) : AeroShield Materials (États-Unis) propose un aérogel de silice ultra-clair, déjà présenté comme un allié de choix pour booster l’isolation thermique des fenêtres. Le produit revendique une efficacité supérieure à celle des triples vitrages, tout en réduisant le coût final. De quoi intéresser à la fois les particuliers et les acteurs du bâtiment.

Bon à savoir : les PFAS

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques très utilisés dans les revêtements anti-adhésifs ou résistants à l’eau. Ils suscitent des inquiétudes sanitaires car ils se dégradent très lentement et peuvent s’accumuler dans l’environnement. D’où l’importance de développer des alternatives « PFAS-free », comme le fait spotLESS Materials.

 

Focus sur Hello Tomorrow : un rôle pivot

Fondée au début des années 2010, Hello Tomorrow s’est bâtie autour d’une idée directrice : donner un espace d’expression à la Deep Tech, à une époque où la plupart des concours se concentraient sur le numérique et les innovations à cycle court. Les premières éditions ont été marquées par un enthousiasme débordant, avec des jeunes entrepreneurs venus de laboratoires universitaires, parfois méconnus, mais porteurs d’un potentiel disruptif immense.

Au fil du temps, l’organisation a gagné en maturité. Elle est aujourd’hui soutenue par de grandes entreprises, des cabinets de capital-risque et par des instances gouvernementales. Cette combinaison draine des ressources financières importantes et offre aux gagnants un accès privilégié à des réseaux de partenaires. L’idée consiste à créer un pont entre la recherche et l’industrialisation, en mettant notamment en relation des scientifiques passionnés et des acteurs du financement.

Outre le Global Challenge, Hello Tomorrow propose des programmes de mentorat, des conférences sectorielles et une veille constante sur les avancées scientifiques. L’organisation entretient également des collaborations avec des plateformes régionales, afin de tisser une toile d’acteurs alliés dans le développement de technologies de rupture.

Qui sont les Deep Tech Pioneers ?

Les Deep Tech Pioneers constituent la « shortlist » initiale de Hello Tomorrow, après une première sélection parmi des milliers de candidatures. Les projets ainsi labellisés bénéficient d’une visibilité accrue et peuvent nouer des contacts avec des sponsors ou des partenaires techniques. Chacune de ces startups représente un domaine de recherche particulièrement complexe : physique, biologie synthétique, nanotechnologie, etc.

 

Enjeux légaux et financiers : un marché en pleine expansion

La Deep Tech est souvent associée à des cycles de développement longs et à des investissements massifs. En France, l’essor de ce type de projets suscite l’attention des pouvoirs publics, qui y voient un levier d’indépendance technologique et un facteur de compétitivité. Le Plan Deep Tech, piloté par Bpifrance, encourage notamment la coopération entre laboratoires de recherche et entreprises.

Toutefois, des questions légales persistent, comme la réglementation autour de la culture cellulaire pour l’alimentation. Les startups comme Numi doivent composer avec des dispositifs juridiques destinés à encadrer les productions alimentaires innovantes. En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) joue un rôle clé dans l’évaluation des nouveaux aliments et doit valider toute mise sur le marché.

Sur le plan financier, beaucoup d’entreprises Deep Tech ont pour stratégie de conclure des accords de R&D avec de grandes multinationales, afin de partager les coûts de développement. De leur côté, les investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de pension, etc.) s’intéressent de plus en plus à ces projets, attirés par un potentiel de rentabilité à long terme. Malgré tout, les risques d’échec technologique ou réglementaire restent élevés, ce qui justifie l’implication sélective des bailleurs de fonds.

En Europe, le principe de précaution impose un contrôle strict des denrées « non traditionnelles ». Les startups produisant du lait maternel en culture cellulaire doivent apporter des preuves solides de la qualité nutritionnelle et de l’innocuité du produit. Elles sont soumises à des tests cliniques poussés, incluant des expertises toxicologiques et microbiologiques.

 

Amsterdam 2026 : un changement stratégique

Après dix années fructueuses à Paris, Hello Tomorrow a annoncé que son sommet se tiendrait à Amsterdam en 2026. Ce départ surprend certains, mais illustre la volonté de déployer la Deep Tech sur de nouveaux territoires. Les Pays-Bas, soutenus par des géants comme ASML ou Damen, bénéficient d’un écosystème industriel concentré et d’une culture d’ouverture à l’international.

Selon Arnaud de la Tour, PDG et cofondateur de Hello Tomorrow, ce déménagement répond à un double objectif :

  • Soutenir un tissu technologique européen plus unifié, en encourageant la circulation des chercheurs et des capitaux à travers les frontières ;
  • Toucher un nouveau public, qu’il s’agisse de talents émergents ou d’investisseurs installés en Europe du Nord.

Cette volonté d’expansion devrait également contribuer à renforcer la renommée de la France dans le domaine de la Deep Tech, étant donné que le siège de Hello Tomorrow restera à Paris. Au fond, l’organisation vise à devenir une plateforme véritablement globale, ouverte à toutes les nationalités et prête à relever des défis transcontinentaux.

L’économie néerlandaise, un hub de choix

Les Pays-Bas se distinguent par leur réseau logistique (avec le port de Rotterdam et l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol), leur niveau de recherche universitaire et la présence d’entreprises telles que Philips, ING, ou Heineken. À cela s’ajoute une fiscalité attractive pour les sociétés internationales, qui renforce le caractère stratégique de ce pays.

 

Un écosystème en mouvement : enjeux et perspectives

Pour les porteurs de projets Deep Tech, le Global Challenge de Hello Tomorrow constitue avant tout une porte d’accès à un soutien financier, logistique et industriel. Les startups lauréates bénéficient d’une mise en lumière qui peut accélérer considérablement leur croissance. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les collaborations avec des grands groupes comme DSM-Firmenich, Safran ou L’Oréal, qui cherchent à repérer de futurs partenaires stratégiques.

En parallèle, la France ambitionne de se positionner comme un leader de la Deep Tech européenne. Le marché mondial de ces technologies est en constante expansion, qu’il s’agisse de l’informatique quantique, de la biologie synthétique ou de la robotique avancée. Les concours comme Hello Tomorrow valident la dynamique nationale, tout en soulignant la nécessité de travailler main dans la main avec les autres écosystèmes internationaux pour faire face à la concurrence américaine et asiatique.

La prochaine étape : Amsterdam 2026 pourrait être le point de départ d’une nouvelle ère de partenariats croisés, où les capitales européennes se partageront la tenue d’événements similaires, contribuant ainsi à une diffusion plus large des savoirs et des capitaux. On peut imaginer, à terme, l’émergence d’une “Route de la Deep Tech”, reliant plusieurs hubs majeurs sur le continent.

La réussite de la Deep Tech repose parfois sur la fusion de plusieurs domaines : la chimie, la data science, la nanotechnologie, etc. Les startups gagnent à mutualiser leurs compétences, leurs ressources et leurs infrastructures de recherche. Cette approche collaborative, au-delà de la simple compétition, s’avère souvent indispensable pour lever les verrous technologiques les plus complexes.

 

Vers de nouvelles frontières : la suite du voyage

La cérémonie de remise des prix 2025 clôt une décennie de rassemblements à Paris. Elle ouvre aussi un nouveau chapitre, où Hello Tomorrow poursuivra sa mission depuis d’autres points d’ancrage, en continuant de soutenir des projets à fort impact. Le déménagement de l’événement phare à Amsterdam symbolise la volonté de faire grandir encore l’influence de la Deep Tech en Europe et au-delà.

La France conserve cependant un rôle moteur grâce au maintien du siège et à la poursuite des initiatives locales. Les organisations, les investisseurs et les startups franciliens ont beaucoup à gagner de la mondialisation de cette compétition, puisque la transformation des idées en innovations concrètes se nourrit d’un maillage international.

Les trois vainqueurs et les dix lauréats sectoriels du Global Challenge 2025 ne sont qu’un aperçu du potentiel foisonnant de la Deep Tech. Leur progression sera scrutée avec attention, car leur réussite pourrait valider – ou non – la viabilité de technologies qui sortent souvent tout juste des laboratoires de recherche.

L’avenir appartient à ceux qui osent combiner science, vision d’entreprise et collaboration mondiale pour imaginer la prochaine génération d’innovations disruptives.