Transports Lecamus : une acquisition marquante pour LH Affrètement
LH Affrètement fusionne avec Transports Lecamus, protégeant un savoir-faire local et renforçant sa flotte. Aperçu des enjeux et perspectives pour le marché.

La discrète société Transports Lecamus, installée près de Lisieux dans le Calvados, a récemment rejoint le giron de LH Affrètement, basée entre Le Havre et Lillebonne. Si l’opération s’est finalisée quelques jours à peine avant la liquidation judiciaire, elle intrigue les spécialistes du transport routier et alimente les discussions dans le secteur. Quel avenir se dessine désormais pour cette fusion, actée le 1er avril 2025 ?
Un rachat stratégique à la veille de la liquidation
Le calendrier est frappant : le tribunal de commerce de Lisieux a prononcé la liquidation judiciaire des Transports Lecamus le 31 mars 2025. Or, cinq jours avant, soit le 26 mars, LH Affrètement avait déjà signé la reprise et anticipé l’organisation d’une fusion. Désormais, les deux entités n’en forment plus qu’une seule, sous la bannière LH Transport. Toutefois, la marque historique du Calvados demeure visible grâce à la mention « Transports Lecamus by LH ». Les dirigeants de LH Affrètement semblent vouloir miser sur la notoriété régionale de Lecamus pour faciliter l’intégration sur le marché.
Pour de nombreux observateurs, cette opération constitue un mouvement commercial audacieux : la liquidation avait été précédée par un redressement judiciaire ouvert en juillet 2024, signe d’une période de fragilité financière chez Transports Lecamus. Les comptes de la société, avec un chiffre d’affaires autour de 4 millions d’euros et une quarantaine de salariés, semblaient nécessiter un soutien extérieur. LH Affrètement, disposant déjà d’une flotte d’une vingtaine de véhicules, a alors saisi l’opportunité pour étendre son réseau et renforcer ses capacités de transport, y compris à l’échelle internationale.
D’après les informations communiquées, il n’est pas prévu de changement radical dans l’immédiat en matière de flocage des camions. Cette décision vise probablement à rassurer la clientèle habituée à l’identité Lecamus et à valoriser l’ancienneté de la marque, enracinée dans la région depuis la fin des années 1980.
L’ascension d’une entreprise familiale
Les Transports Lecamus sont nés en 1988, à la suite de l’initiative de Christian Lecamus. À l’époque, l’entrepreneur se lançait avec un unique véhicule, illustrant la ténacité d’une petite structure familiale. En 1993, il transmet le relais à son fils Pascal, qui reprend alors les rênes de l’entreprise. Cette saga familiale a forgé une réputation solide dans la région de Saint-Désir, aux portes de Lisieux.
Pendant de nombreuses années, Lecamus a consolidé ses services de transport routier, passant progressivement d’une poignée de salariés à une équipe allant jusqu’à 40 collaborateurs. Selon les bilans disponibles, la société a réalisé un chiffre d’affaires frôlant les 4 millions d’euros, un palier intéressant qui la plaçait comme un acteur régional notable. Néanmoins, à partir de juillet 2024, les difficultés s’amoncellent. Un redressement judiciaire est prononcé, entamant un processus de surveillance de la viabilité économique de la société.
Au-delà de la sphère financière, un incident est venu ternir l’image de Transports Lecamus : en mars 2023, le dirigeant de la société aurait « forcé » un barrage lors d’un piquet de grève et aurait fait usage d’essence. L’affaire, programmée devant le tribunal correctionnel de Lisieux le 1er avril 2025, a finalement été reportée en octobre prochain. Cet épisode souligne un climat social potentiellement tendu en interne, de sorte que la fusion pourrait également avoir pour vocation de rétablir un dialogue social et de calmer les tensions.
Lorsqu’une entreprise fait face à des difficultés financières, le redressement judiciaire peut être prononcé par le tribunal de commerce. L’objectif est de permettre la poursuite d’activité, la préservation des emplois et l’apurement du passif. Les dirigeants se voient alors imposer un administrateur judiciaire chargé de superviser la gestion et d’étudier les solutions possibles de sauvetage.
Les motivations de LH Affrètement
Basée à Saint-Vincent-Cramesnil (Seine-Maritime), la société LH Affrètement a su se développer autour du transport routier et de l’affrètement, couvrant des flux en France ainsi qu’une partie à l’international. Avec ses 20 véhicules moteurs déjà en service, l’entreprise disposait d’une solide base logistique, renforcée par son partenariat avec les réseaux Pole et Pallex France, spécialistes de la messagerie et de la distribution. En absorbant Transports Lecamus, LH Affrètement gagne non seulement en volume de véhicules, mais aussi en réseau de clients, notamment sur le bassin lexovien et au-delà.
Le dirigeant de LH Affrètement, Mathieu Berthelot, a insisté dans son annonce publique sur la volonté de « conserver les racines » de Lecamus, gage d’une certaine continuité. Cette posture témoigne d’une stratégie d’expansion plus que d’une absorption brutale : l’intention affichée est de préserver la réputation acquise par Lecamus pour consolider l’ensemble des prestations sous la nouvelle entité LH Transport.
À court terme, la question de l’emploi et de la pérennité des postes demeure cruciale pour les salariés de Lecamus. Bien que la fusion ait été officialisée, aucune information précise n’a encore été diffusée sur le maintien intégral ou partiel des effectifs. Il est toutefois fréquent, lors de ce type de reprise, que des arbitrages aient lieu pour redéployer les ressources, rationaliser les coûts et optimiser la rentabilité.
Bon à savoir : les réseaux d’affrètement
Pour optimiser leurs flux et mutualiser leurs ressources, les transporteurs se regroupent souvent au sein de réseaux professionnels (Pole, Pallex, etc.). Ces partenariats permettent de couvrir de vastes zones de distribution, de réduire les coûts logistiques et d’offrir un panel de services plus complet à la clientèle (messagerie, groupage, transport express).
La place du tribunal de commerce dans cette affaire
Le rôle du tribunal de commerce de Lisieux se révèle central dans le dénouement de ce dossier. Après le prononcé du redressement judiciaire en juillet 2024, ce même tribunal a prononcé la liquidation judiciaire le 31 mars 2025, marquant la fin de l’ère Lecamus sous sa forme indépendante. Son intervention n’a toutefois pas empêché une transaction préalable : LH Affrètement a finalisé l’acquisition le 26 mars, soit avant la décision officielle de liquidation.
En pratique, la vente d’une entreprise en situation précaire peut être encadrée par la justice commerciale : il s’agit pour les magistrats de s’assurer que l’acquéreur propose une solution viable, susceptible de préserver les actifs et l’emploi. Le tribunal peut refuser des offres jugées non sérieuses ou défavorables aux créanciers. Dans le cas présent, l’opération a été validée, officialisant la fusion au 1er avril 2025 sous le nom de LH Transport.
La liquidation judiciaire intervient quand la situation financière de l’entreprise est jugée irrémédiablement compromise. Un liquidateur est nommé pour vendre les actifs et rembourser les créanciers autant que possible. Les salariés peuvent être licenciés, sauf reprise partielle ou totale de l’activité par un acquéreur extérieur. Dans ce cas précis, LH Affrètement reprend certains éléments, évitant l’arrêt brutal de l’activité.
Regards sur la conjoncture du transport routier
Sur le plan économique, le secteur du transport routier en France traverse depuis plusieurs années une phase de mutation profonde. Les hausses du prix du carburant, la mise en place de réglementations environnementales plus strictes et la concurrence internationale pèsent sur les marges des transporteurs, spécialement sur les petites et moyennes structures familiales. Dans ce contexte, l’intégration de Transports Lecamus par LH Affrètement peut illustrer une tendance de fond : face aux difficultés croissantes, les entreprises régionales cherchent à se regrouper pour mutualiser leurs moyens et consolider leur compétitivité.
La pression sur les coûts d’exploitation, qu’il s’agisse du gasoil, de l’entretien des véhicules ou de la masse salariale, est notable. Par ailleurs, les défis environnementaux imposent de moderniser les flottes, d’où la nécessité d’investir dans des camions moins polluants, voire fonctionnant au gaz ou à l’électrique. Or, ces investissements supposent une stabilité financière que certaines PME de transport ont du mal à assurer en temps de crise. Le modèle d’acquisition par des groupes plus solides peut alors se présenter comme une porte de sortie.
Un second point de vigilance tient à la fidélisation de la clientèle. Les donneurs d’ordre, qu’ils soient industriels ou distributeurs, exigent une fiabilité logistique exemplaire. Des retards, des grèves ou des conflits sociaux internes peuvent gravement endommager la confiance commerciale. Il sera donc intéressant de voir comment LH Transport gèrera l’héritage Lecamus, notamment l’épisode du piquet de grève, pour maintenir de bonnes relations commerciales avec les clients existants et rassurer de potentiels nouveaux partenaires.
La France compte plusieurs milliers d’entreprises de transport routier. Cependant, le secteur fait face à des défis majeurs : pénurie de conducteurs, hausse des coûts de carburant et pression concurrentielle de transporteurs étrangers. Les regroupements et acquisitions deviennent un mécanisme fréquent pour consolider des positions régionales ou nationales.
Focus sur le passif social : le piquet de grève et ses enjeux
Au printemps 2023, un mouvement social s’est déclenché chez Lecamus, conduisant à l’établissement d’un piquet de grève. Les tensions se sont intensifiées lorsque le dirigeant de la société aurait, selon des témoignages de salariés, foncé avec son véhicule sur un barrage improvisé. De plus, il lui est reproché d’avoir manipulé de l’essence pour menacer ou disperser les grévistes. Les conséquences exactes de cet incident demeurent à préciser, mais l’impact en termes d’image fut sévère. L’audience correctionnelle, prévue le 1er avril 2025, a finalement été reportée à octobre 2025.
Pour LH Transport, cette situation judiciaire peut constituer un héritage délicat : si la fusion entraîne un changement de structure, elle ne fait pas disparaître d’éventuelles responsabilités individuelles ni les éventuelles condamnations qui pourraient en découler. À cet égard, la nouvelle direction devra veiller à rétablir la confiance en interne, notamment si certains salariés sont toujours en poste. La question se pose aussi de savoir si la réputation entachée pourra être redressée dans les mois à venir, en particulier auprès des partenaires sociaux.
Ce dossier confirme que le secteur du transport n’est pas exempt de risques sociaux et de tensions syndicales. La pression sur la rentabilité et les conditions de travail des chauffeurs (horaires, temps de repos, salaires) peut parfois générer un climat conflictuel. Les repreneurs ont donc un défi non seulement économique, mais aussi managérial et social.
Transports Lecamus : une évolution sur près de quatre décennies
L’histoire de Lecamus est exemplaire d’une progression à la française. Partir d’une entreprise unipersonnelle et parvenir, en moins de trente ans, à compter une flotte conséquente et employer plusieurs dizaines de collaborateurs illustre un parcours entrepreneurial remarquable. Les Lecamus, père et fils, ont su saisir les opportunités régionales, développer la confiance d’une clientèle fidèle et inscrire leur structure dans le paysage normand du transport.
Cependant, la conjoncture défavorable, les investissements nécessaires pour rester à la pointe des normes et les aléas de gestion interne ont eu raison de la solidité financière. Le redressement judiciaire constitue parfois un tremplin pour négocier de nouveaux financements et redresser la barre, mais dans ce cas précis, il n’a pas suffi. La liquidation, prononcée le 31 mars 2025, scelle la fin de l’entreprise familiale Lecamus sous sa forme d’origine, tout en ouvrant la voie à un nouveau chapitre sous la bannière de LH Transport.
Chiffres clés de Lecamus
Année de fondation : 1988
Employés : environ 40
Chiffre d’affaires : proche de 4 millions d’euros
Redressement judiciaire : juillet 2024
Liquidation : 31 mars 2025
La nouvelle entité LH Transport : quelles perspectives ?
Dès le 1er avril 2025, l’enseigne LH Transport a vu le jour, regroupant les actifs de LH Affrètement et de Transports Lecamus. Cette phase, souvent délicate dans tout processus de fusion, implique une série d’actions concrètes : harmonisation des procédures internes, redéfinition des circuits de distribution, mise à jour des contrats de travail, éventuellement négociation de nouveaux accords avec les organismes professionnels (Pole, Pallex France, etc.).
Cette stratégie offre potentiellement à LH Transport une force accrue dans le Grand Ouest. La zone autour de Lisieux est dynamique en matière logistique, puisqu’elle se trouve à la fois proche de la côte normande et d’axes routiers menant vers Paris. L’ajout de la flotte Lecamus pourrait permettre à LH Transport de doubler, voire tripler, sa couverture quotidienne, d’autant que la notoriété de Lecamus reste un atout sur les segments régionaux.
En outre, les synergies générées pourront se traduire par une optimisation des tournées : combiner les flux et les volumes transportés, exploiter les plateformes logistiques en commun, mutualiser l’entretien des véhicules, etc. Une telle rationalisation contribue souvent à réduire les coûts fixes. Toutefois, le succès de la fusion dépendra fortement de la manière dont la nouvelle entité gérera l’intégration humaine : il est primordial d’embarquer les salariés dans ce nouveau projet, sous peine de rencontrer des résistances.
En somme, LH Transport semble bien placé pour capitaliser sur l’expérience et la clientèle de Lecamus. Mais la route reste semée de défis, comme la gestion d’un passif social sensible, la maîtrise de la transition de marque et le maintien de la confiance auprès des donneurs d’ordre locaux. Qu’il s’agisse de fret palettisé, de distribution de colis ou de transports spécialisés, une adaptation minutieuse et une communication efficace seront indispensables.
Analyses et décryptage : le sens économique du rachat
Les analystes du secteur s’accordent à dire que le timing du rachat – juste avant la liquidation – est loin d’être anodin. LH Affrètement a pu négocier à des conditions plus favorables, profitant de la situation fragilisée de Lecamus. Les actifs essentiels (clients, licences de transport, véhicules, contrats) ont été préservés, tandis que le passif le plus lourd demeure logiquement au sein de la société Lecamus en liquidation. D’un point de vue purement économique, l’opération permet à LH Affrètement de se renforcer rapidement et à moindres frais.
Du côté de Lecamus, la reprise, bien qu’annonçant la fin de l’indépendance, évite la disparition complète de la marque et la perte automatique de l’ensemble des emplois. De plus, pour les créanciers de Lecamus, il subsiste une chance de récupérer une partie des sommes dues, grâce à la cession d’actifs. Les salariés, quant à eux, peuvent espérer continuer leur activité, mais restent dans l’incertitude tant que la nouvelle direction n’a pas présenté son plan de maintien ou de réorganisation des postes.
La marge de manœuvre de LH Transport réside probablement dans la mise en commun d’infrastructures, la rationalisation des dépenses et l’accroissement du chiffre d’affaires par la conquête de nouveaux marchés. En effet, la position géographique de la Normandie en tant que carrefour logistique, proche des ports du Havre et de Rouen, constitue un avantage concurrentiel si l’entreprise parvient à valoriser la contiguïté de ses deux sites – Le Havre/Lillebonne et Lisieux – pour offrir des solutions de transport rapides et fiables.
Enfin, si la question environnementale se fait plus pressante (règles sur les émissions de CO₂, zones à faibles émissions, etc.), le nouveau groupe aura peut-être la capacité financière d’investir dans une flotte plus propre. Dans un marché où l’image écoresponsable gagne en importance, cette évolution pourrait constituer un argument de vente solide pour LH Transport.
Points de vigilance pour LH Transport
1. Gestion sociale : rassurer les salariés, clarifier les perspectives d’emploi et de formation.
2. Communication : préserver la réputation de Lecamus et conforter la nouvelle identité.
3. Investissements : renouveler ou entretenir la flotte, intégrer des véhicules moins polluants.
4. Intégration logistique : harmoniser les circuits et mutualiser les ressources pour générer des économies d’échelle.
Un enjeu régional et national
Au-delà de l’entreprise elle-même, le sort de Transports Lecamus illustre les difficultés que peuvent rencontrer les PME familiales face à un environnement concurrentiel exacerbé. Dans le Calvados comme ailleurs, le transport routier est un secteur stratégique pour l’économie locale, reliant les industries, les commerces et les particuliers. La reprise par LH Affrètement s’inscrit donc dans une logique plus large de consolidation du marché : réduire le morcellement et former des entités plus robustes, capables d’investir et de résister aux aléas économiques.
Par ailleurs, le tissu économique normand dépend fortement de la fluidité du transport pour l’exportation de produits agroalimentaires, pharmaceutiques et de biens manufacturés. Les approvisionnements en pièces industrielles, l’envoi de matières premières et la distribution vers la région parisienne ou le Grand Ouest sont autant de circuits reliant le Calvados au reste du pays. Avec l’ajout de l’implantation havraise, le nouveau groupe LH Transport se place en position d’interface stratégique entre la Basse-Normandie et les départements voisins. Cette configuration pourrait attirer de nouveaux contrats, en particulier chez les acteurs agroalimentaires du pays d’Auge, désireux de travailler avec un transporteur disposant d’une couverture plus large.
Au niveau national, les autorités publiques observent avec attention l’évolution des entreprises de transport, notamment parce qu’elles sont essentielles à la bonne marche de l’économie. Les frets sont multiples – produits frais, matières dangereuses, colis de e-commerce… – et la compétitivité du secteur a des répercussions directes sur la balance commerciale. L’enjeu porte également sur les normes sociales (durée du travail, conditions salariales, pénibilité) et écologiques (réduction des émissions, respect des normes anti-pollution). Les regroupements peuvent aider à investir dans des infrastructures et à se mettre en conformité.
Quelle suite pour la marque Lecamus ?
Le maintien de l’appellation « Transports Lecamus by LH » s’apparente à un pont tendu entre le passé et le présent. Cette démarche souligne la volonté de la nouvelle direction de ne pas effacer l’identité originelle. Les responsables de LH Affrètement ont rappelé l’importance de préserver le flocage des camions et, par extension, la mémoire collective liée à la marque Lecamus. Il est probable que ce choix rassure les anciens clients, habitués depuis des années à faire appel à cette entreprise familiale.
En termes marketing, cette double signature peut s’avérer judicieuse pour faciliter la transition : on conserve un repère local fort, tout en soulignant l’appartenance à un groupe plus vaste. Cet équilibre demande néanmoins une communication maîtrisée. Les clients doivent comprendre qu’ils bénéficient désormais de capacités renforcées, sans pour autant voir disparaître l’esprit de proximité et la souplesse qui caractérisaient Lecamus.
À moyen terme, on peut imaginer que la marque Lecamus finisse par être entièrement intégrée dans l’univers LH, surtout si le groupe souhaite unifier ses identités dans un souci de cohérence. Tout dépendra des retours du marché, de la politique de branding suivie et de la réussite de l’intégration technique et managériale.
Un regard juridique : ce que dit la loi française
Sur le plan légal, la reprise d’une société en difficultés se réalise généralement soit via un plan de cession homologué par le tribunal, soit dans le cadre d’un accord avant l’ouverture officielle de la liquidation. La loi confère aux juges un rôle crucial pour valider la solidité du projet de reprise et les garanties offertes aux créanciers. Dans le cas de Lecamus, il est manifeste que la cession s’est négociée en amont pour permettre à LH Affrètement d’absorber l’activité sans reprendre l’intégralité du passif, ce qui est fréquent dans des montages de prépack, par exemple.
S’agissant du volet social, le code du travail prévoit des obligations de reprise du personnel dans le cadre des transferts d’entreprise. Néanmoins, selon la nature de l’opération (rachat d’actifs, fusion, etc.), les règles peuvent varier : tous les contrats de travail ne sont pas systématiquement transférés, surtout quand la reprise n’implique pas la totalité de l’activité. Les salariés concernés peuvent être amenés à négocier des conditions de départ ou de reclassement si leurs postes ne sont pas conservés. L’issue de ce point dépendra du plan détaillé que LH Transport présentera.
Enfin, la procédure pénale visant l’ancien dirigeant est indépendante de l’opération de reprise. En France, une société absorbée ou liquidée ne fait pas disparaître les poursuites pénales dirigées contre ses représentants. Cela signifie que le climat social dans la nouvelle entité LH Transport dépendra grandement de la gestion de ces antécédents et de la manière dont l’équipe de direction communiquera à ce sujet. Une rupture nette avec les pratiques antérieures pourrait être recherchée pour rassurer les syndicats et les salariés.
Perspectives dans le paysage normand du fret
Avec la création de LH Transport, c’est potentiellement une nouvelle dynamique qui s’ouvre dans le paysage normand du fret. Les synergies peuvent se révéler positives : d’un côté, la région de Lisieux apporte son propre tissu industriel et agroalimentaire, de l’autre, la zone havraise bénéficie d’importants flux portuaires et de trafics internationaux. En reliant ces deux pôles, LH Transport pourrait développer une offre « porte-à-porte » attractive sur l’axe Le Havre – Lisieux – Paris, voire au-delà.
Cette mutation s’inscrit aussi dans un mouvement de modernisation du transport de marchandises, notamment avec la numérisation des processus (tracking des véhicules, gestion électronique des documents, optimisation intelligente des tournées). Les petites entreprises familiales peinent parfois à s’aligner sur ces standards technologiques, faute de moyens financiers et humains. Au contraire, en intégrant un groupe plus large, le savoir-faire digital et logistique peut être mutualisé, offrant un réel avantage compétitif.
En parallèle, le défi consiste à ne pas perdre l’authenticité et la connaissance fine du terrain local. Les clients de Lecamus, parfois des PME elles-mêmes, appréciaient la réactivité et la proximité d’un transporteur de taille humaine. LH Transport aura donc à cœur de prouver qu’un regroupement de cette ampleur ne se fait pas au détriment de la qualité de service. Dans un secteur où la concurrence est rude, la satisfaction client demeure un critère vital pour fidéliser et accroître son portefeuille.
Des enseignements pour les entreprises en difficulté
L’histoire de Lecamus et son rachat par LH Affrètement soulignent plusieurs leçons pour les entrepreneurs :
1. Anticiper les difficultés : trop souvent, les alertes financières ou les signaux de tensions sociales ne sont pris en compte qu’à un stade avancé. Un examen approfondi des comptes, un dialogue social régulier et une recherche de financements peuvent être essentiels pour éviter le redressement ou la liquidation.
2. Valoriser son savoir-faire : même dans un contexte difficile, la « marque » Lecamus a attiré un repreneur. Le positionnement géographique, la réputation régionale et le parc de véhicules constituent des atouts tangibles. Les entreprises en difficulté doivent savoir mettre en avant leurs forces pour séduire de potentiels acquéreurs.
3. Soigner le climat social : un accident comme le forçage de barrage gréviste ternit durablement l’image d’une entreprise. Il est crucial de préserver des relations sociales apaisées, d’ouvrir la communication et, en cas de conflit, de chercher une médiation rapide.
4. S’appuyer sur les tribunaux de commerce : bien qu’ils interviennent souvent quand la crise est déjà là, ces juridictions peuvent orienter l’entreprise en difficulté vers des mesures préventives (conciliation, mandat ad hoc) et faciliter l’entrée en négociation avec des repreneurs potentiels.
Une transition qui se veut positive
Au final, le dossier Lecamus illustre à la fois les risques et les opportunités inhérents à une entreprise familiale dans le transport routier. Malgré un parcours de plus de trois décennies, la société a fini par être écrasée par des contraintes financières et un climat social houleux. Or, son rachat par LH Affrètement montre que la valeur d’une marque, même en difficulté, peut être préservée et réinvestie dans un nouveau projet.
Pour la région normande, la naissance de LH Transport représente un acteur plus solide, apte à répondre aux exigences de clients locaux et à mailler plus finement le territoire. Cette fusion peut également stimuler la concurrence, suscitant des innovations de la part d’autres transporteurs régionaux. Reste à savoir comment s’organisera concrètement la gestion des collaborateurs, l’apurement du passif de Lecamus et la possible mise en place de nouvelles lignes de transport à forte valeur ajoutée.
Dans les prochains mois, la vigilance restera de mise. Les observateurs surveilleront les décisions du tribunal correctionnel concernant l’ancien dirigeant de Lecamus et la façon dont LH Transport traitera la transition sociale en interne. L’enjeu est d’assurer une cohésion durable, seule garantie d’une réussite à long terme. L’expérience montre que la solidité d’une entreprise de transport ne repose pas uniquement sur son parc de véhicules, mais aussi et surtout sur le capital humain qui en assure le fonctionnement quotidien.
Quel horizon pour LH Transport ?
À l’heure où le secteur du transport engage sa transition écologique (véhicules verts, logistique économe en carbone, etc.), LH Transport devra sans doute accélérer ses investissements pour rester compétitive. La gestion du trafic, la formation des conducteurs à des motorisations nouvelles et la coordination avec les donneurs d’ordre sont autant de chantiers qui attendent la jeune entité. Par ailleurs, la reprise des activités Lecamus pourrait inciter LH Transport à diversifier son offre, par exemple en investissant dans la livraison du dernier kilomètre ou en renforçant ses capacités d’affrètement international.
S’il est encore trop tôt pour dresser un bilan, les regards se tournent désormais vers la manière dont LH Transport va piloter cette phase décisive. Les premières semaines consisteront surtout à rassurer les salariés, clarifier les nouvelles procédures et consolider les partenariats. Une feuille de route stratégique, comprenant des objectifs précis (croissance du chiffre d’affaires, réduction des coûts, satisfaction client), devra être communiquée pour mobiliser les équipes.
Dans un marché complexe, cette fusion symbolise l’adaptabilité exigée aujourd’hui aux entreprises locales. Regrouper deux entités complémentaires peut offrir de nouvelles opportunités, à condition de bien arbitrer entre les héritages du passé et les attentes du futur. La route est longue et incertaine, mais la dynamique enclenchée par LH Affrètement laisse penser qu’un nouveau chapitre plus prometteur pourrait s’ouvrir pour l’activité de transport routier dans le Calvados et en Seine-Maritime.
De l’entreprise familiale à la fusion commerciale, l’histoire de Lecamus et LH Affrètement illustre les enjeux majeurs du transport routier français, entre tradition, modernisation et quête de pérennité.