La trajectoire de Velum, fabricant alsacien de luminaires pour professionnels, bascule. Cinquante ans après sa création à Bischoffsheim, l’entreprise est placée en redressement judiciaire fin février 2025, à la suite d’une cessation des paiements déclarée le 6 novembre 2024.

Une audience déterminante est fixée début septembre au tribunal de commerce de Saverne. La direction porte une offre de reprise interne pour éviter la liquidation.

Chronologie juridique et étapes clés du redressement

Le point de bascule intervient le 6 novembre 2024 avec la déclaration officielle de cessation des paiements. Cette situation se caractérise par l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. Le placement en redressement judiciaire est prononcé fin février 2025, ouvrant une période d’observation destinée à dresser un diagnostic économique et social précis.

Durant cette période, l’activité est maintenue sous contrôle du tribunal et du mandataire judiciaire. Les contrats en cours peuvent se poursuivre, les fournisseurs sont invités à continuer leurs livraisons et les salaires sont garantis par l’AGS si nécessaire. L’enjeu est double: sécuriser la trésorerie court terme et élaborer un plan crédible de continuation ou de cession.

Selon des informations sectorielles relayées au printemps 2025, les difficultés de Velum s’installent dans la durée, reflétant la fragilité de certains segments de l’industrie manufacturière française (Le Journal des Entreprises, 16 avril 2025). Une audience de suivi est annoncée pour début septembre 2025 à Saverne afin d’arbitrer entre plusieurs options: plan de continuation par l’équipe dirigeante, offre de reprise ou, à défaut, ouverture d’une liquidation.

Repères de procédure pour les entreprises

La procédure de redressement judiciaire poursuit trois objectifs: maintenir l’activité lorsque cela est possible, préserver l’emploi, apurer le passif. Elle s’ouvre par un jugement d’ouverture, se poursuit par une période d’observation de six mois renouvelable, et s’achève par un plan adopté ou un échec actant la cession ou la liquidation. Les créanciers déclarent leurs créances dans un délai encadré, et l’administrateur peut proposer des adaptations contractuelles pour sauvegarder l’exploitation.

La cessation des paiements ne signifie pas l’arrêt total de l’activité. Elle intervient lorsque l’entreprise ne peut plus régler ses dettes exigibles avec sa trésorerie immédiatement mobilisable.

Dans l’industrie, ce statut est souvent déclenché par des décalages de trésorerie liés aux coûts d’achat de matières premières, à la saisonnalité des commandes ou au retard dans le règlement clients. Il s’agit d’un signal d’alerte et d’un levier juridique pour enclencher une restructuration encadrée.

Un fabricant intégré: du luminaire à la peinture poudre

Velum a été fondée en 1975 à Bischoffsheim par le père d’Anne Vetter-Tifrit. L’entreprise s’est d’abord fait un nom dans le luminaire professionnel, avant d’élargir son spectre vers des solutions LED orientées efficacité énergétique. Ce positionnement s’est consolidé par une intégration d’étapes clés de la chaîne de valeur, notamment la finition et le traitement de surface.

Azuria: un maillon industriel qui sécurise la qualité

La branche de thermolaquage, opérée via Azuria, est un actif stratégique. En 2016, 2 millions d’euros ont été investis dans une unité de thermolaquage à Bischoffsheim, inaugurée en juillet. Objectif: améliorer la maîtrise des délais, la résistance des finitions et la reproductibilité des teintes, autant de critères décisifs pour les marchés tertiaires et industriels.

Le thermolaquage, procédé de peinture en poudre polymérisée au four, réduit les émissions de COV et améliore la durabilité des produits. Dans l’éclairage, ce choix technique soutient les garanties de tenue dans le temps, en particulier dans les environnements contraints: industrie, logistique, commerces à forte fréquentation.

Filiale allemande: diversification commerciale et géographique

Pour limiter le risque de dépendance à un seul marché, Velum a structuré une filiale en Allemagne. Cette implantation facilite l’accès aux commandes d’Europe centrale et du Nord, souvent plus exigeantes en matière de performance énergétique et de conformité. La présence réciproque de fournisseurs et de clients sur ces marchés peut raccourcir les délais de cycle et lisser les volumes.

Ce maillage, qui complète l’activité en France, a contribué à un chiffre d’affaires consolidé de 27 millions d’euros en 2023, un niveau solide au regard de la taille de la structure. Il n’a néanmoins pas suffi à neutraliser l’effet ciseaux entre la hausse des coûts d’achats et la pression concurrentielle sur les prix de vente.

Au-delà de l’esthétique, la tenue des peintures impacte la résistance à la corrosion, la facilité d’entretien et la qualité perçue des produits. Intégrer le thermolaquage permet de réduire les non-conformités, d’accélérer les séries spéciales et de mieux maitriser les coûts de rework. Pour une PME, c’est aussi un argument de différenciation face aux importations, souvent limitées sur les finitions personnalisées à faible volume.

Les chiffres à retenir et les pressions financières

Les données disponibles confirment une activité soutenue en 2023: 27 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé pour le groupe, incluant les ventes en France et via la filiale allemande. Les effectifs se situent autour d’une soixantaine de personnes, reflet d’un modèle de production intégré et centré sur la qualité.

La difficulté tient à la rentabilité, grevée par plusieurs facteurs: renchérissement des composants électroniques et des métaux, allongement de certains délais de livraison, et compétition avec des offres internationales à bas prix. La cessation des paiements du 6 novembre 2024 matérialise ce décalage entre exploitation et trésorerie, malgré un volume d’affaires élevé.

Les informations disponibles pour 2024 restent lacunaires, mais les tendances indiquent une dégradation progressive des marges, renforcée par des arbitrages clients en défaveur des produits premium lorsque les budgets d’investissement se resserrent. L’ouverture de la procédure fin février 2025 a permis de figer le passif antérieur et de rééchelonner l’urgence, sans résoudre à elle seule la question du modèle économique à moyen terme.

Métriques Valeur Évolution
Chiffre d’affaires consolidé 2023 27 M€ non communiqué
Effectif estimé groupe environ 60 stable
Déclaration de cessation des paiements 6 novembre 2024 événement déclencheur
Jugement d’ouverture du redressement fin février 2025 période d’observation
Investissement industriel 2016 2 M€ capacités renforcées

Lecture financière: ce que disent les 27 M€ de 2023

Sur un segment B2B exigeant, un chiffre d’affaires de 27 M€ positionne Velum dans le milieu de gamme du marché des fabricants-distributeurs. La masse critique est suffisante pour industrialiser des gammes LED et maintenir un bureau d’études.

Elle est en revanche insuffisante pour absorber, sans ajustements, un choc durable sur les prix des composants électroniques ou des métaux. Le pilotage du besoin en fonds de roulement devient alors la priorité.

Gouvernance et projet de reprise interne

Faute de repreneurs externes identifiés dans les premières semaines de la procédure, la direction emmenée par Anne Vetter-Tifrit a déposé une offre de reprise interne. Cette option vise à préserver l’emploi, la marque et le savoir-faire local, tout en réorganisant l’outil industriel. Elle s’inscrit dans la pratique de nombreuses juridictions commerciales qui, face à des PME familiales, privilégient des solutions de continuité portées par les dirigeants en place lorsque l’activité reste viable.

Les contours détaillés de l’offre n’ont pas été rendus publics. Les éléments probables d’un plan de ce type incluent: une revue des gammes pour concentrer les ressources sur les lignes les plus contributives, une rationalisation des achats avec renégociation des contrats et un calendrier d’investissement ciblé sur les produits à forte marge. Un calendrier de désendettement adossé à un plan de trésorerie réaliste est généralement attendu par le tribunal.

Les publications locales ont pointé l’absence initiale de candidats externes crédibles, ce qui a motivé l’équipe en place à se positionner directement. La prochaine audience de septembre à Saverne doit arbitrer la recevabilité de cette offre et sa capacité à sécuriser la poursuite d’activité au-delà de la période d’observation (DNA, 19 août 2025).

Pistes opérationnelles d’un plan crédible

Pour convaincre, la gouvernance devra articuler une trajectoire claire sur 18 à 36 mois, en ciblant trois leviers: la sélection des canaux de vente les plus rentables, l’optimisation de la supply chain pour réduire les délais et stocks, et l’innovation focalisée sur les usages professionnels à valeur ajoutée. L’adossement partiel à des dispositifs de financement public d’investissement peut constituer un complément de sécurisation.

La période d’observation autorise des ajustements rapides: restructuration des dettes, arrêt de lignes de produits déficitaires, renégociation de baux ou contrats logistiques. C’est aussi un temps utile pour reconfigurer les cycles de production et tester une nouvelle politique commerciale. L’essentiel est de transformer ce sursis en trajectoire mesurable avec des indicateurs d’activité et de marge, présentés au juge-commissaire et au mandataire.

Le marché alsacien de l’électrique en turbulence

Velum évolue dans un écosystème régional bouleversé par des chocs successifs: inflation des intrants, normalisation post-pandémique des chaînes d’approvisionnement, et arbitrages budgétaires des donneurs d’ordre publics et privés. La pression concurrentielle s’intensifie sur le segment des luminaires professionnels, où l’accès au prix devient plus déterminant lorsque l’investissement productif ralentit.

Exemple avec electis

L’actualité régionale a enregistré au printemps 2025 une liquidation judiciaire d’un distributeur de matériel électrique à Wittenheim, Electis, révélant la difficulté des acteurs intermédiaires à répercuter les hausses de coûts dans un contexte de demande erratique. Ce cas illustre la vulnérabilité des marges sur la chaîne de valeur, du fabricant au distributeur, lorsque la conjoncture se tend.

Pour Velum, ce signal rappelle qu’une stratégie produit centrée sur la performance et la personnalisation peut offrir une alternative aux batailles de prix. Le savoir-faire industriel, notamment via le thermolaquage intégré, fait partie des actifs différenciants. Reste à en convertir la valeur en prix acceptés par le marché.

Points de vigilance contractuels en redressement

Pour les partenaires de Velum, trois réflexes: vérifier les clauses de réserve de propriété, se coordonner avec le mandataire avant toute action de recouvrement, et encadrer les nouvelles livraisons par des conditions de paiement sécurisées. Les contrats en cours se poursuivent, mais leurs modalités peuvent être adaptées avec l’accord de l’administrateur. Des avenants clairs protègent les deux parties pendant l’observation.

Septembre au tribunal de saverne: options sur la table

L’audience annoncée début septembre revêt une importance décisive. Trois scénarios sont classiquement envisagés par les tribunaux dans des cas similaires: un plan de continuation porté par l’équipe dirigeante, une cession à un tiers si une offre crédible émerge in extremis, ou une liquidation lorsque la viabilité n’est pas démontrée. La direction de Velum a déposé une offre interne, ce qui clarifie au moins l’option de base examinée.

La recevabilité du plan dépendra de sa capacité à rétablir des marges positives et à financer le besoin en fonds de roulement. Les juges s’intéresseront à la structure de coûts, à la robustesse du carnet de commandes, aux engagements fermes de clients et aux conditions de financement des investissements critiques. Des soutiens publics, par exemple via des dotations d’équipement pour des projets ciblés sur la performance énergétique, peuvent jouer un rôle d’effet de levier s’ils sont éligibles et bien calibrés.

Au-delà du volet financier, la dimension sociale pèsera dans l’arbitrage. La préservation d’une soixantaine d’emplois dans un bassin industriel est un argument constant des juridictions commerciales lorsque l’activité démontre des atouts industriels tangibles. L’expertise bâtie depuis 1975 et l’outil de thermolaquage inauguré en 2016 figurent parmi ces atouts, à condition qu’ils soutiennent un plan d’affaires crédible.

Quels critères scrutés par le tribunal

Les juridictions évaluent en priorité: la rentabilité unitaire des lignes de produits, la soutenabilité du plan de trésorerie, la crédibilité des hypothèses de ventes, et la capacité de l’équipe à exécuter. Les engagements de gouvernance, la transparence des reporting et la réactivité sur les premiers mois post-plan sont déterminants pour emporter la décision.

Des dispositifs locaux et nationaux soutiennent des projets d’efficacité énergétique, d’automatisation ou de modernisation d’outil. Leur activation suppose des projets mûrs et des cofinancements identifiés. Pour une PME industrielle, l’intérêt est d’alléger l’effort initial et d’augmenter le TRI des projets qui améliorent la marge. Ces aides complètent, sans s’y substituer, la discipline d’exécution commerciale et industrielle.

Analyse sectorielle: la filière de l’éclairage professionnel se transforme. Les appels d’offres se recentrent sur le coût global d’usage, intégrant la consommation électrique, la maintenance et la durée de vie.

Les acteurs qui maîtrisent la conception LED, la gestion thermique et la connectivité peuvent se démarquer. Pour Velum, l’équation passe par une gamme resserrée, un sourcing robuste et une proposition de valeur explicite pour les exploitants.

(Données de référence: ouverture du redressement fin février 2025 et préparation d’audience début septembre 2025, avec offre interne de reprise mentionnée par la presse économique régionale, DNA, 19 août 2025.)