À Ternay, au sud de Lyon, deux ETI familiales lyonnaises franchissent un cap. Plattard et Firalp inaugurent une seconde plateforme de recyclage des déchets de chantiers, adossée à une logistique fluviale rare dans le secteur. Avec 3,5 millions d'euros investis et un site de plus de 25 000 m², l'ambition est claire : industrialiser la valorisation locale des matériaux du BTP tout en abaissant l'empreinte carbone des flux.

Un pôle industriel qui réorganise les flux du btp au sud de lyon

Le nouveau site implanté à Ternay vise à capter les gisements de déblais et de matériaux issus des chantiers de la métropole et de la vallée du Rhône. Surface utile supérieure à 25 000 m², quai privatif et ligne de traitement multi-matières : la plateforme concentre les fonctions essentielles pour réceptionner, trier, traiter puis réinjecter des matériaux recyclés dans les chantiers.

Ce dispositif complète le premier maillon situé à Anse, au nord de Lyon. Les deux sites, distants d'une cinquantaine de kilomètres, ont été pensés comme un binôme logistique. Anse s'appuie sur une carrière intégrée, utile à la réincorporation des matériaux, tandis que Ternay mise sur le fleuve pour massifier les flux.

L'investissement, 3,5 millions d'euros, est porté à parts égales par Plattard et Firalp. Les deux groupes consolident ainsi un outil industriel au service d'une économie circulaire de proximité, capable de réduire les distances, les coûts logistiques et les émissions liées aux transports.

Chiffres clés du nouveau site de Ternay

Investissement, périmètre et impacts opérationnels à retenir.

  • 3,5 millions d'euros investis pour la mise en service et l'outillage.
  • Plus de 25 000 m² de surface pour réception, tri et traitement.
  • Quai privatif pour chargements fluviaux vers la carrière des Rives du Beaujolais.
  • Deux bateaux dédiés aux flux déchets et granulats, capacité unitaire jusqu'à 2 000 tonnes.
  • Complémentarité avec Anse, qui intègre une carrière pour la réincorporation des matériaux.

Équilibre capitalistique et logique industrielle des partenaires

Plattard et Firalp portent le projet à égalité. Le choix est cohérent avec leurs positions respectives dans la chaîne de valeur.

Plattard, 615 salariés pour 273 millions d'euros de chiffre d'affaires, est historiquement positionné sur les matériaux et leur recyclage. Firalp, 3 000 salariés pour 450 millions d'euros de chiffre d'affaires, opère dans les travaux publics et réseaux, au contact direct des chantiers et des déchets générés.

Leur premier partenariat industriel à Anse a servi de catalyseur. En dix ans, la plateforme a traité 2,5 millions de tonnes. Surtout, le marché local s'est densifié : la clientèle a doublé en cinq ans, un signal fort de solvabilisation de la demande pour des solutions de traitement et d'approvisionnement en granulats recyclés.

Ce nouvel équipement cible le sud de l'aire lyonnaise. L'argument économique est double. D'une part, réduire les coûts logistiques par des trajets plus courts et l'usage du fluvial. D'autre part, sécuriser l'offre de matières premières secondaires pour les entreprises du BTP, alors que la disponibilité de granulats naturels se tend et que les exigences environnementales se renforcent.

Métriques Valeur Évolution
Investissement Ternay 3,5 M€ Mise en service 2025
Surface du site > 25 000 m² Nouvelle capacité
Tonnages traités à Anse (10 ans) 2,5 Mt Clientèle x2 sur 5 ans
Capacité fluviale par bateau jusqu'à 2 000 t Massification des flux
Réduction d'émissions vs route x4 à x5 Selon scénarios de charge
Certif. NF Granulats Recyclés (Plattard) Villefranche-sur-Saône Obtenue 03/2025

Ancycla : bilan d'une décennie

Lancé il y a douze ans à Anse, Ancycla a servi de laboratoire grandeur nature. Le site cumule 2,5 millions de tonnes traitées sur dix ans, avec une montée en puissance commerciale nette sur la dernière période. Ce retour d'expérience a guidé les choix techniques de Ternay et conforté le principe d'une copropriété industrielle à 50-50 entre Plattard et Firalp.

Quelles matières et quels débouchés pour ternay

La ligne de Ternay reproduit la polyvalence éprouvée à Anse, avec une focalisation sur les déchets inertes et l'accueil de fractions dites non inertes courantes sur chantier.

Côté inertes, les flux typiques sont le béton concassé, la ferraille issue de la déconstruction, les briques, tuiles, céramiques et déblais sableux. Côté non inertes, la plateforme prend en charge le bois de construction, la laine minérale et le plâtre, avec des filières de valorisation dédiées selon les caractéristiques des gisements.

Les productions résultantes couvrent un éventail de matériaux réutilisables : granulats recyclés calibrés, terres végétales et sables recyclés. Ces produits sont destinés à l'empierrement, aux couches de forme, aux remblais et à des usages paysagers, avec des contrôles qualité structurés pour garantir la constance des spécifications.

La marque NF Granulats Recyclés atteste la conformité des granulats issus de déchets de construction à des exigences de performance et de traçabilité. Elle sécurise :

  • La qualité granulométrique et la propreté des matériaux, selon les classes d'usage.
  • La maîtrise des polluants et le respect des seuils réglementaires.
  • La régularité des lots, grâce à des contrôles internes et audits tierce partie.

Plattard a obtenu cette certification en mars 2025 pour ses productions à Villefranche-sur-Saône, un atout pour la diffusion des matériaux recyclés sur chantiers exigeants.

En matière de qualité, le levier n'est pas seulement normatif. Les deux partenaires ont bâti un écosystème de débouchés proche des chantiers urbains, où la réactivité logistique, l'homogénéité des livraisons et la compétitivité prix sont déterminantes pour convaincre maîtres d'oeuvre et entreprises générales.

Le pari fluvial : massifier, décarboner et fluidifier le trafic

Ternay dispose d'un quai privatif pour transférer les matériaux vers le nord par voie d'eau. Les terres de terrassement rejoignent ainsi la carrière des Rives du Beaujolais, où elles sont valorisées. Plattard déploie deux bateaux dédiés assurant un service régulier pour les déchets et pour les granulats recyclés en retour.

La massification est sensible : jusqu'à 2 000 tonnes par voyage, soit l'équivalent de plusieurs centaines de trajets poids lourd évités sur la rocade lyonnaise quand un convoi part à pleine charge. Selon les partenaires, l'impact carbone est réduit d'au moins un facteur quatre par rapport au routier, avec des gains pouvant atteindre un facteur cinq selon le taux de chargement et les parcours.

Au-delà des émissions, le fluvial diminue la congestion routière et les nuisances sonores. Dans une métropole soumise à des contraintes de circulation croissantes, ce paramètre pèse désormais dans l'équation économique des opérations de chantier, notamment pour les volumes lourds et peu compressibles.

Fleuve vs route : les gains logistiques en pratique

Effets tangibles de la bascule vers le fluvial autour de Ternay.

  • Coûts unitaires comprimés sur les trajectoires à forte répétitivité et gros tonnages.
  • Sécurité d'approvisionnement accrue face aux aléas routiers et limitations de circulation.
  • Traces carbone abattues sur des flux longs, un argument clé pour les appels d'offres intégrant des critères RSE.
  • Moins de nuisances locales dans les zones urbaines et périurbaines denses.

Le recours au fluvial suppose une planification fine des séquences chantier et de la logistique de quai. Les points d'attention :

  • Synchronisation entre cadence de dépose au quai et rotations de barges.
  • Qualité du tri en amont pour éviter des refus de chargement et préserver les performances environnementales.
  • Trajets de rabattement courts entre chantiers et terminal fluvial pour conserver l'avantage carbone.

Un marché français du déchet en mutation, favorable aux solutions locales

Les données récentes soulignent une baisse de la production de déchets et une progression du recyclage en France. En 2018, la répartition moyenne était de 27 % en enfouissement, 7 % en incinération avec ou sans récupération d'énergie et 66 % en recyclage (données officielles publiées en 2025).

Le BTP porte une part prépondérante des tonnages, autour de plusieurs centaines de millions de tonnes annuelles, dont une large majorité de déchets inertes. La trajectoire publique cible une hausse des taux de valorisation et la structuration de filières de réemploi, de réutilisation et de recyclage, s'appuyant sur des sites proches des gisements.

L'essor de dispositifs dédiés, comme la responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment mise en place depuis 2023, soutient cette orientation. Les éco-organismes organisent les points de reprise, incitent au tri à la source et facilitent l'orientation vers des plateformes de traitement locales, à l'image de Ternay.

Repères réglementaires utiles en 2025

Cadre et incitations qui structurent la filière BTP.

  • Objectif public de montée en puissance du recyclage des déchets du BTP, avec un cap de 70 % évoqué pour les déchets inertes à l'horizon 2030.
  • Responsabilité élargie du producteur Bâtiment opérationnelle depuis 2023, visant tri et reprise des flux diffus.
  • Critères environnementaux dans les appels d'offres travaux et maîtrise d'ouvrage, intégrant émissions de transport et part de matériaux recyclés.

Au plan macro, les décideurs locaux et les maîtres d'ouvrage publics ou privés intègrent désormais une variable carbone explicite dans les arbitrages. Le coût complet d'une solution, incluant transport, valorisation et conformité, structure davantage les choix que le seul prix de dépose. Ternay s'insère dans cette logique économico-environnementale.

Rse, gouvernance et trajectoire industrielle des deux eti

L'ouverture de Ternay s'aligne avec le cap RSE revendiqué par Plattard, qui a renouvelé sa gouvernance en janvier 2022 et déployé une feuille de route environnementale structurée. La logistique fluviale en est un axe visible, avec un effet mesurable sur les émissions liées aux transports. Cette dynamique a été mise en avant dans la presse professionnelle à l'été 2025.

La certification NF Granulats Recyclés obtenue en mars 2025 par Plattard sur son site de Villefranche-sur-Saône renforce la crédibilité de la filière technique. Pour les maîtres d'ouvrage, c'est un signal qualité précieux, notamment quand des clauses imposent des taux d'incorporation de matériaux recyclés.

De son côté, Firalp capitalise sur son réseau de chantiers et sa connaissance fine des flux sur les territoires. La combinaison des expertises, matériaux pour l'un, travaux et réseaux pour l'autre, constitue un avantage compétitif dans une filière où la proximité, la réactivité et la maîtrise des contraintes réglementaires sont déterminantes.

Plattard : stratégie et résultats

Entreprise familiale créée il y a plus de 140 ans, Plattard est présente sur les matériaux, le négoce et les solutions de recyclage. Avec 615 salariés et un chiffre d'affaires de 273 millions d'euros, le groupe structure son offre autour de produits certifiés et de circuits d'approvisionnement multicanaux, incluant désormais des boucles fluviales pour la métropole lyonnaise.

Son axe de différenciation repose sur l'intégration verticale. Entre carrière, production de granulats, traitement des déchets et distribution, Plattard aligne des activités complémentaires. Le site de Ternay lui offre un levier additionnel de volumes et une visibilité renforcée sur les marchés urbains du sud lyonnais.

Firalp : stratégie et résultats

Firalp, spécialiste des travaux publics et des réseaux, s'appuie sur 3 000 salariés et un chiffre d'affaires d'environ 450 millions d'euros. L'entreprise apporte au partenariat un ancrage fort sur les lots techniques qui génèrent des flux de déchets hétérogènes, ainsi qu'une expertise logistique terrain précieuse pour la montée en cadence des plateformes de recyclage.

Avec Ternay, Firalp sécurise des exutoires et des approvisionnements, réduisant les aléas de planning liés aux contraintes de dépôt ou de reprise. La plateforme devient un outil d'optimisation opérationnelle au service de chantiers à forte contrainte de délai et de pénalité.

Efficacité environnementale : où se logent les gains réels

Dans l'inventaire français des émissions par secteur, l'industrie manufacturière, incluant le BTP, figure parmi les contributeurs majeurs. Les initiatives comme Ternay répondent à un double objectif : améliorer le taux de valorisation des matériaux et abaisser l'intensité carbone des transports. Les gains attendus tiennent pour une large part à la substitution du routier par le fluvial et à la réduction de la demande en granulats vierges.

Sur le volet transports, le facteur d'économie carbone avancé par les entreprises, réduction d'au moins 4 fois par tonne transportée, est cohérent avec des trajectoires de charge massifiées sur fleuve, particulièrement lorsque les retours sont chargés en granulats recyclés. La boucle logistique refermée limite les voyages à vide, point critique de performance.

Côté matériaux, chaque tonne de granulats recyclés substituée à un granulat naturel évite des extractions en carrière et les transports associés. À échelle locale, cela contribue à préserver les gisements naturels, à contenir les impacts de poussières et de bruit, et à réduire les coûts externes non comptabilisés par les seules factures de matériaux.

Les données publiques confirment un mouvement structurel : moins de déchets produits et plus de recyclage dans le mix de traitement, avec pour l'année 2018 un partage 27 % décharge, 7 % incinération et 66 % recyclage, publié en 2025 par l'administration (notre-environnement).

Le BTP concentre des volumes inertes élevés, au sein desquels les plateformes comme Ternay constituent un levier opérationnel proche des gisements. La montée en puissance de ces plateformes conditionne la réalisation des objectifs sectoriels.

Pourquoi ternay arrive au bon moment sur le marché lyonnais

La métropole et son agglomération connaissent une activité soutenue en voirie, réseau, rénovation énergétique et logements. Cela génère des flux de déchets volumineux et une demande croissante en granulats recyclés. Avec un maillage désormais nord et sud, les partenaires simplifient les allers-retours logistiques et réduisent les distances d'accès aux exutoires.

Le calendrier dénote aussi une exécution conforme aux annonces publiques. Des informations publiées à l'automne 2023 signalaient une ouverture visée en 2025. L'inauguration en fin d'été 2025 acte la tenue du plan industriel, facteur de confiance pour les maîtres d'ouvrage et les entreprises de travaux.

Pour les opérateurs économiques, l'effet d'offre est concret : disponibilité accrue de matériaux certifiés, réduction du risque opérationnel lié au dépôt des déchets, et intégration coût carbone dans des devis plus lisibles. Le message adressé au marché est clair : la filière peut livrer à la fois du volume, de la constance et de la conformité.

Ce qu'il faut surveiller côté entreprises

Trois points d'attention pour intégrer Ternay dans les plans d'approvisionnement et d'évacuation.

  1. Planifier les flux pour maximiser les chargements fluviaux et réduire les retours à vide.
  2. Uniformiser le tri sur chantier afin de minimiser les coûts de refus et de reprise.
  3. Anticiper les clauses bas carbone des marchés, en valorisant la part de recyclés et les émissions évitées.

Effets d'entraînement sur l'écosystème régional

Au-delà des flux traités, l'ouverture de Ternay structure une demande aval pour des produits recyclés sur un rayon élargi. Les distributeurs et négoces de matériaux peuvent inscrire ces références au catalogue, les prescripteurs techniques peuvent calibrer leurs cahiers des charges avec des matériaux certifiés et des données de performance régulières, et les entreprises de travaux disposent d'un double point d'appui sur l'axe Anse–Ternay.

Le projet soutient aussi la professionnalisation du tri sur les chantiers, en imposant des exigences de qualité d'entrée. À terme, l'effet peut rejaillir sur les coûts unitaires, à mesure que le taux de refus recule et que les flux gagnent en homogénéité.

Enfin, l'articulation entre carrière et plateforme de recyclage, renforcée par la voie d'eau, densifie un circuit court industriel sur le bassin lyonnais. Cela réinterroge la logique d'implantation des chantiers lourds, qui peuvent tirer parti d'une chaîne d'approvisionnement et d'évacuation moins carbonée sans sacrifier les délais.

Ce que cela change dès maintenant pour les chantiers au sud de lyon

La mise en service de Ternay s'illustre par des gains opérationnels immédiats. Les entreprises disposent d'un point de dépôt et d'une source d'approvisionnement en matériaux recyclés au plus près de l'aire sud. Les trajets se raccourcissent, les créneaux de dépose s'élargissent avec l'appui du quai, et la capacité de massification par barge fluidifie les séquences de travaux.

Pour les donneurs d'ordre, les marchés comportant des critères de performance environnementale retrouvent une faisabilité concrète sur la partie matériaux et logistique. La présence d'un site certifiant ses granulats, l'existence de deux plateformes sur l'aire métropolitaine, et l'effet multiplicateur du fluvial créent un environnement propice à des engagements mesurables en matière de décarbonation.

La dynamique s'inscrit, plus largement, dans la trajectoire nationale d'amélioration de la gestion des déchets et de l'empreinte carbone du BTP, avec des données publiques qui confirment la progression du recyclage et l'importance d'outils industriels territorialisés (publication officielle 2025 sur la gestion des déchets).

Avec Ternay, Plattard et Firalp combinent masse critique, logistique fluviale et qualité certifiée, posant un jalon concret pour industrialiser l'économie circulaire des chantiers lyonnais tout en abaissant le coût carbone de la construction.