Les petites valeurs européennes viennent de reprendre la main, et pas timidement. Portées par un cocktail de facteurs macroéconomiques favorables et des catalyseurs boursiers très identifiés, elles ont rattrapé une partie de plusieurs années de retard. En France, la séquence de juillet a remis les small caps au centre de la carte, avec des effets domino sur les fonds spécialisés, l’allocation sectorielle et la microstructure des indices.

Juillet 2025 : le retour en tête des petites capitalisations

Après une longue traversée du désert, les petites et moyennes capitalisations ont signé une performance supérieure à celle des grandes valeurs en juillet. Les investisseurs ont privilégié les dossiers domestiques et cycliques légers à la faveur d’une reprise progressive des services en zone euro, soutenue par le crédit, et de publications semestrielles jugées correctes.

Le marché français s’est distingué : l’indice CAC Small a accéléré, sa progression annuelle passant d’environ +30% à environ +55% en YTD sur fond d’appétit spéculatif. Les secteurs de la défense, des crypto-monnaies et des biotechs ont mené la danse.

En toile de fond, l’indice Next Biotech a bondi de 34% sur le mois. Plus largement, le MSCI Emu Micro a gagné 6,8% quand le Stoxx 600 n’ajoutait que 0,9% et le MSCI Emu Small 1,1%.

Métriques Valeur Évolution
CAC Small YTD (avant juillet → fin juillet) +30% → +55% +25 pts
Next Biotech sur le mois de juillet +34% N/A
MSCI Emu Micro (juillet) +6,8% Surperformance
Stoxx 600 (juillet) +0,9% Sous-performance
MSCI Emu Small (juillet) +1,1% Sous-performance

(Zonebourse, 18 août 2025)

Ce rebond n’est pas seulement une rotation de style. Il traduit l’idée que la prime de risque des petites valeurs se normalise quand la visibilité s’améliore, même modestement, sur la croissance européenne. Les investisseurs reconstituent les lignes délaissées, tandis que la collecte revient sur les fonds spécialisés.

Lecture rapide des chiffres de juillet

Points clés : accélération marquée du CAC Small en YTD, envolée du Next Biotech, écart de performance avec les grands indices généralistes. Ce décrochage positif valide un retour des flux vers la cote moyenne et petite, avec une composante spéculative assumée.

La notion de small cap n’est pas figée. Elle décrit des sociétés dont la capitalisation est généralement contenue dans une fourchette de quelques centaines de millions à quelques milliards d’euros. Ce périmètre varie selon les indices et les gérants. L’essentiel : une base actionnariale plus étroite, des volumes parfois réduits et des sensibilités accrues aux catalyseurs (résultats, M&A, essais cliniques, contrats).

Le 23 juillet, catalyseur extrême et effet d’indice

La bascule a pris un visage spectaculaire le 23 juillet, quand une biotech française a vu son cours multiplié par plus de six sur la séance. Cette envolée de +510% a eu un effet mécanique massif sur l’indice des petites capitalisations, propulsant le CAC Small de +13% en une journée. C’est un cas d’école de la concentration des indices non plafonnés.

Abivax : un déclencheur qui redessine l’année

L’embrasement a été déclenché par la publication de résultats positifs de phase III par Abivax. La valorisation a changé d’échelle et l’émetteur a pesé instantanément dans la performance du segment. Cette séance a rendu le benchmark très difficile à dépasser pour les gérants qui n’étaient pas suffisamment exposés à la valeur.

Conséquence directe : les fonds avec un biais santé ou une approche opportuniste ont bénéficié d’une alpha immédiate. D’autres acteurs spécialisés ont, eux, subi un écart temporaire s’ils avaient limité le risque idiosyncratique lié aux biotechs.

Onde de choc sur les valeurs santé

La séance n’a pas profité à Abivax seule. Le mouvement s’est propagé à d’autres mid et small caps de la santé et des biotechnologies, dont Cellectis, Adocia, Nanobiotix et Valneva. Les opérateurs ont cherché le prochain catalyseur, selon une logique d’arbitrages tactiques sur les portefeuilles les plus volatils.

Pondération non plafonnée : un accélérateur de tendance

Plus une valeur s’apprécie rapidement, plus son poids augmente dans un indice qui ne plafonne pas ses composantes. Résultat : la performance d’indice devient dépendante de quelques dossiers, ce qui durcit le défi pour les fonds actifs et renforce la volatilité de l’ensemble.

En biotechnologie, la phase III est la dernière étape avant la demande d’autorisation de mise sur le marché. Un succès réduit significativement le risque scientifique et revalorise le potentiel économique du traitement. L’effet sur le cours peut être viral dans les small caps : couverture accrue des analystes, liquidité qui s’améliore, nouvelles classes d’investisseurs qui s’ouvrent.

Des fonds spécialisés dopés par la rotation vers les petites valeurs

Les reportings mensuels des sociétés de gestion révèlent une photographie claire : l’ensemble des fonds small caps suivis enregistre en moyenne +22,7% en 2025 à fin juillet. Deux véhicules sortent du lot avec des progressions très marquées : Indépendance Europe Small autour de +37% et Tailor Actions Entrepreneurs autour de +44% sur la période.

La sélection de titres opère à plein dans un marché où la dispersion des performances reste élevée. Les poches défense, ingénierie et construction ont particulièrement contribué, tandis que les services numériques ont retrouvé des flux. Le tout, sans sacrifier la qualité des bilans, critère redevenu central après la période de taux élevés.

Claresco pme : journée record et année transformée

Parmi les fonds observés, Claresco PME a vécu une séance mémorable le 23 juillet, avec une progression de +13,6%. Sa performance annuelle s’est hissée à +54% YTD. Investi à plus de 75% en PME européennes, il a profité de son positionnement sur Abivax et plus largement sur les secteurs moteurs de la rotation.

Cette dynamique montre qu’une allocation concentrée et lisible peut capter de fortes primes en cas de catalyseur, au prix d’une volatilité assumée. La discipline de renforcement ou d’allègement devient alors la clé de la durabilité de la surperformance.

Indépendance europe small et tailor actions entrepreneurs : deux biais payants

La progression d’Indépendance Europe Small reflète un biais vers des industries exposées à la demande d’équipement et des chaînes de valeur visibles. Chez Tailor Actions Entrepreneurs, l’ADN entrepreneur a joué à plein sur des valeurs de croissance raisonnable, avec un accent mis sur l’exécution opérationnelle.

Dans les portefeuilles suivis, on retrouve fréquemment des noms comme GTT, Wavestone, Aubay, Exail, Exosens, Neurones, Robertet, Elis, Thermador, Trigano, Voyageurs du Monde, Guillin, Reway, Technip Energies, Tecnicas Reunidas, Maire Tecnimont, SAF-Holland, Clinica Baviera, Theon International et Vusion Group. Ce panorama souligne la diversité sectorielle de la cote mid et small européenne.

Les reportings publiés par les sociétés de gestion et agrégés sur des plateformes spécialisées offrent un instantané d’allocation : achats, ventes, convictions fortes, thématiques de portefeuille. L’intérêt pour l’investisseur professionnel : mesurer la cohérence des mouvements avec le discours, détecter les biais récurrents et cartographier les positions communes qui peuvent amplifier les mouvements de marché en cas de choc.

Arbitrages récents des gérants : le fil rouge de la sélectivité

Dans les portefeuilles, la séquence de juillet a servi de révélateur. Les gérants les plus actifs ont joué simultanément la montée en puissance des catalyseurs et la gestion des risques de concentration. Les arbitrages publiés sont instructifs.

Lazard investissement microcaps : rotation contrôlée sur valorisation et liquidité

Le fonds a pris des bénéfices sur Jensen-Group, allégé Envipco et Cembre, puis déployé du capital dans des profils de croissance rentable et de niche : Powersoft, Bilendi, B&C Speakers, Ringmetall, Nurminen Logistics et Magis. Cette dernière, spécialisée dans les rubans adhésifs en Italie, affiche une valorisation jugée attractive avec un ROCE de 37% selon le gérant, un niveau rare pour une industrie de process.

La logique à l’œuvre vise à recycler des gains vers des dossiers dont la couverture reste modeste, avec un profil de rentabilité élevé. C’est une manière de protéger l’alpha quand la spéculation se concentre sur quelques titres très médiatisés.

Indépendance europe small et indépendance france small & mid : dosages sectoriels

Indépendance Europe Small a allégé The Navigator et soldé Indel B, tout en renforçant Mota Engil et CIE Automotive. Indépendance France Small & Mid a initié une position Var Energi et allégé Rheinmetall. L’idée directrice : capter le levier sur la chaîne énergie-mobilité tout en sécurisant des gains sur la défense après un parcours spectaculaire.

Hmg découvertes : pari domestique et micro-cap value

HMG Découvertes PME C a renforcé Aramis, Fnac-Darty, Imerys, Mersen, Lisi, Virbac, Neurones, Pierre & Vacances, Compagnie du Cambodge et Esso. Il a aussi initié Peugeot Invest avec une décote de 55% sur actifs citée par le gérant, et Hexaom valorisée à moins de 5 fois son résultat d’exploitation selon les éléments publiés.

HMG Découvertes C a pris le contre-pied sur l’immobilier et l’amélioration de l’habitat via Mr Bricolage, Thermador et Hexaom, tout en participant à l’IPO de Semco Technologies. Des cessions ont touché GL Events, Figeac Aero et Solocal, illustrant une gestion active de la liquidité et des risques bilantiels.

Décote holding : le cas Peugeot Invest

Les holdings familiales cotées s’échangent souvent avec une décote sur la valeur de leurs actifs. Cette décote rémunère le manque de liquidité perçue, les coûts de structure et le risque de gouvernance. Quand elle dépasse un certain seuil, elle devient un levier d’appréciation si la rotation des actifs ou la distribution aux actionnaires s’améliore.

Cartographie sectorielle : qui tire la cote et pourquoi

La reprise de juillet s’est appuyée sur un faisceau de secteurs. La défense a prolongé sa trajectoire sur fond de carnet robuste et de budgets publics soutenus. Les services numériques et l’ingénierie ont profité d’appels d’offres européens et d’un repositionnement des entreprises vers l’optimisation de coûts. La santé a été l’épicentre du choc de performance.

Les valeurs industrielles exposées à la transition énergétique, au maritime et aux infrastructures ont gardé la faveur des sélectionneurs de titres. Dans les portefeuilles cités, certains cas illustrent bien les thématiques gagnantes.

Vusion group : digitalisation de la distribution

Vusion Group s’est imposé comme un acteur clé de l’étiquetage électronique et des solutions digitales pour le retail. La réouverture des budgets d’investissement dans la distribution soutient un cycle d’équipement qui irrigue les revenus récurrents. Pour les gérants small caps, c’est un profil de croissance rentable internationalisée qui coche plusieurs cases fondamentales.

Thermador : l’écosystème de la rénovation au cœur

Thermador se nourrit des tendances de construction et de rénovation, avec des catalogues techniques positionnés sur la distribution spécialisée. Dans un environnement où les ménages et les entreprises recherchent l’efficacité énergétique, le groupe apparaît comme un baromètre de la demande en équipements de gestion des fluides.

Technip energies et la chaîne de projets

Sur la file des projets industriels, Technip Energies et des pairs européens comme Tecnicas Reunidas et Maire Tecnimont captent la capex de transition. La visibilité des backlogs et la montée des projets bas carbone donnent aux gérants un plancher de revenus plus lisible, tout en gardant un levier opérationnel si l’exécution suit.

Exail, gtt et la mer comme vecteur de croissance

Le maritime tire aussi son épingle du jeu. GTT demeure une pierre angulaire des chaînes de GNL, tandis qu’Exail s’affirme sur les technologies navales et robotiques. Ces dossiers combinent barrières à l’entrée et une exposition à des cycles d’investissement longs, caractéristiques appréciées dans les poches small et mid caps.

PER : le multiple cours sur bénéfice mesure le prix payé pour un euro de résultat. Bas n’est pas toujours synonyme d’aubaine si la qualité est faible. ROCE : le retour sur capitaux employés évalue la rentabilité économique. Un ROCE élevé et durable suggère une création de valeur qui mérite un multiple supérieur.

Ce que change le rallye pour le financement des pme cotées

Un marché des small caps qui se réanime a des implications concrètes pour le tissu entrepreneurial. La liquidité augmente, le coût des fonds propres se détend, et la fenêtre pour des opérations de marché s’entrebâille. C’est un cercle vertueux tant que la discipline de capital reste au rendez-vous et que les publications confirment les trajectoires annoncées.

L’IPO de Semco Technologies, souscrite par au moins un fonds spécialisé, est un signal : une fenêtre existe pour des introductions ciblées sur des niches technologiques ou industrielles, à condition de respecter des étiquettes de prix raisonnables. Les refinancements et augmentations de capital pourraient en bénéficier si la séquence ne s’interrompt pas.

Semco technologies : fenêtre d’introduction rouverte avec prudence

La participation à l’introduction souligne la volonté de gérants de repeupler la cote en profils de croissance industrielle. La prudence demeure, avec une exigence sur la qualité des commandes, la visibilité de marges et la gouvernance. Ces paramètres font désormais office de passeport pour attirer des capitaux pérennes.

PEA-PME : un canal domestique pour soutenir la cote

Le cadre PEA-PME favorise l’investissement dans les petites et moyennes capitalisations européennes via un régime fiscal dédié. Pour les émetteurs français, c’est un levier d’élargissement de la base d’actionnaires. Sa montée en puissance coïncide souvent avec les périodes de retour de performance des small caps.

Valorisations et discipline d’achat : la boussole des mois à venir

La question n’est plus de savoir si les small caps ont rebondi, mais jusqu’où la normalisation peut aller. Plusieurs signaux invitent à la sobriété : un indice CAC Small imprégné d’une forte contribution d’un nombre limité de titres, une composante spéculative visible dans certaines poches, et une dispersion encore béante entre dossiers profitables et dossiers d’optionnalité.

Pour les gérants, la grille de lecture repose sur trois axes : la qualité des cash-flows, la capacité d’autofinancement des plans de croissance et l’ancrage sectoriel à des tendances structurelles. C’est la condition pour éviter les pièges de valeur et capter la prime de taille sans s’exposer aux faux départs.

Exemple de décote apparente avec catalyseur : hoegh autoliners

Dans les idées évoquées par certains gérants, Hoegh Autoliners a été citée avec un PER 2025 estimé à 3,8x. Le dossier est emblématique des valeurs cycliques où la visibilité de cycle et la discipline d’allocation du capital conditionnent la pertinence d’un multiple bas. Le marché arbitre très vite si l’on sort du cadre de rentabilité promis.

Le CAC Small regroupe des valeurs de taille plus modeste de la place de Paris. Sans plafonnement strict des poids, un titre qui s’envole peut exercer une influence disproportionnée sur la performance. Pour les gérants actifs, cela implique une gestion dynamique du tracking-error : accepter de s’écarter de l’indice quand la qualité le justifie, tout en maîtrisant le risque de sous-performance lors des chocs idiosyncratiques.

Ce que montrent les portefeuilles gagnants en 2025

Les lignes communes des fonds qui surperforment en 2025 sont lisibles. D’abord, une sélection axée sur la rentabilité plutôt que sur des promesses lointaines. Ensuite, une préférence pour des modèles d’affaires où la visibilité commerciale s’améliore : logiciels B2B, ingénierie, équipements liés à l’énergie, santé avec catalyseurs cliniques ou réglementaires.

Enfin, une rotation milimétrée : prise de profits sur les valeurs qui ont fait le job, renforcement de mid caps industrielles en rattrapage, et quelques prises de risque ciblées sur des microcaps avec asymétrie positive. Les arbitrages recensés dessinent une gestion pragmatique des cycles, loin des postures de style rigides.

  • Renforcement opportuniste : Mota Engil, CIE Automotive, Aramis, Mersen.
  • Allègements disciplinés : Jensen-Group, Envipco, Cembre, The Navigator.
  • Nouvelles convictions : Powersoft, Bilendi, B&C Speakers, Ringmetall, Nurminen Logistics, Magis.
  • Sorties de risque : GL Events, Figeac Aero, Solocal.

Cette mécanique rappelle que la surperformance naît fréquemment de la friction entre catalyseurs spécifiques et gestion du risque. Les gérants n’achètent pas une classe d’actifs, ils achètent des trajectoires.

Sur dix ans, un signal d’encouragement mais un chemin sinueux

En regardant au-delà de la séquence du mois, les indices de petites capitalisations affichent, dividendes réinvestis, une évolution positive au 15 août 2025. Ce constat nourrit l’idée qu’une exposition raisonnée aux small caps crée de la valeur sur longue période quand elle est pilotée activement.

Pour autant, la construction de performance est rarement linéaire. Elle se gagne lors de quelques séances clés, comme ce 23 juillet propulsé par Abivax, et se préserve par des arbitrages rapides quand la volatilité se contracte ou que les volumes se tarissent. La promesse des petites valeurs reste intacte, à condition d’en accepter la cinématique heurtée et d’outiller la sélection.

Juillet a rappelé que l’alpha des petites valeurs se construit au croisement des catalyseurs d’entreprise, des flux de marché et de la discipline de gestion : un triptyque exigeant, mais fécond quand il est tenu sur la durée.