Lafab, pépite varoise de la e-santé, accélère sa mue technologique. Forte d’une base clients fidèle et d’un logiciel métier déjà ancré dans les laboratoires d’anatomopathologie, la TPE mise sur l’intelligence artificielle pour passer un cap en productivité et en chiffre d’affaires. Avec des certifications clés obtenues en 2024 et un soutien financier dédié, la trajectoire se précise.

Cap croissance pour lafab avec des fondations de conformité déjà en place

Fondée à Saint-Raphaël, Lafab conçoit des logiciels dédiés aux laboratoires d’anatomie et cytologie pathologiques. L’entreprise a sécurisé en 2024 deux jalons décisifs pour opérer sur des données médicales sensibles : la certification ISO 27001 pour le management de la sécurité de l’information et l’agrément Hébergeur de données de santé (HDS).

Ces garanties de sécurité lui ouvrent l’accès aux projets structurants des laboratoires publics et privés, où la protection des flux médico-techniques est un prérequis absolu. Elles renforcent aussi la crédibilité de la société sur des sujets critiques comme l’identitovigilance, la traçabilité des accès ou la journalisation des événements de sécurité.

Sur l’exercice récent, Lafab a réalisé un chiffre d’affaires supérieur à 520 000 euros, avec une équipe de six collaborateurs dédiée au développement, à l’intégration et au support. La direction ambitionne de doublier le chiffre d’affaires en trois ans, en capitalisant sur un portefeuille de modules interconnectés et sur l’activation de cas d’usage IA à valeur immédiate pour les pathologistes.

Ce que garantissent ISO 27001 et HDS pour un éditeur santé

La combinaison ISO 27001 et HDS ancre des pratiques de sécurité vérifiables :

  • Gouvernance des risques : cartographie, plans de traitement, indicateurs de pilotage.
  • Architecture et opérations : cloisonnement des environnements, sauvegardes, PRA, supervision.
  • Conformité : procédures d’accès, gestion des habilitations, auditabilité des actions.
  • Réassurance clients : accélération des comités de sécurité et des phases de due diligence.

Le positionnement de Lafab reste clair : livrer des solutions qui fluidifient les circuits de la pathologie, du prélèvement tissulaire jusqu’à la diffusion des résultats, tout en respectant l’environnement réglementaire français. Cette logique d’éditeur sectoriel s’est forgée sur le temps long, avec une spécialisation initiée dès 2015.

Dans les consultations hospitalières et des grands acteurs privés, les exigences de sécurité sont scorées. Être HDS et ISO 27001 permet de franchir des seuils d’éligibilité sans dérogation et de réduire la durée des audits fournisseurs. En pratique, ces labels rendent plus fluides les intégrations techniques, les échanges avec les DPO et RSSI, et abaissent le coût d’acquisition client.

Métriques Valeur Évolution
Chiffre d’affaires > 520 000 € Objectif x2 d’ici 3 ans
Effectif 6 personnes Renforts ciblés R&D/produit
Soutien Bpifrance 200 000 € Accélération IA et modules
Certifications ISO 27001, HDS (2024) Effet levier dans les AO
Base installée Une vingtaine de laboratoires Présence métropole et DROM
Cible marchés France + pays francophones Export en préparation

Feuille de route produits : mylabtools s’enrichit d’ia et de services connectés

Lafab a déployé des modules récents dans plusieurs laboratoires, avec une logique de valeur immédiate : une plateforme de demandes d’examens en biologie moléculaire, la digitalisation des notes d’honoraires et des workflows de répartition des examens.

Prochaine étape : un assistant intelligent intégré à MyLabTools, l’outil phare de l’éditeur. L’objectif est d’apporter des recommandations contextuelles au fil des étapes du dossier, limiter les ressaisies et sécuriser les étapes sensibles, comme l’association prélèvement-patient ou la cohérence de prescriptions complémentaires.

D’ici 2026, deux jalons sont annoncés : la digitalisation des bons d’examen pour les prescripteurs et un serveur de résultats accessible aux médecins comme aux patients, afin de fluidifier la restitution et le suivi des résultats, avec une traçabilité complète des accès.

  • Modules disponibles : demandes de biologie moléculaire, notes d’honoraires, algorithme de répartition des examens.
  • Fonctions à venir : assistant IA contextuel, bons d’examen dématérialisés, portail de résultats.
  • Intégrations prévues : interopérabilités HL7/FHIR avec SIH et LIMS selon les sites clients.

Les goulots récurrents portent sur la gestion des demandes, la cohérence des actes associés et la rédaction des comptes rendus. Un assistant IA peut :

  • Pré-remplir des sections de compte rendu avec des modèles validés.
  • Signaler des incohérences entre lésion, topographie et actes demandés.
  • Suggérer des examens complémentaires en fonction de règles locales.
  • Classer et prioriser les dossiers en fonction de l’urgence et du contexte clinique.

Un gain annoncé jusqu’à 40 % du temps des pathologistes sur la documentation est plausible lorsque l’outil s’intègre au flux de travail sans rupture et respecte les référentiels internes.

À terme, l’éditeur envisage que l’IA prenne en charge une part de la rédaction des comptes rendus médicaux, sous supervision du pathologiste. Cette automatisation vise moins à remplacer qu’à fiabiliser et uniformiser, avec des templates validés par les équipes médicales.

MyLabTools : logique modulaire

Le produit agrège plus de 20 modules qui s’articulent autour de trois blocs :

  1. Demande et admission : ordonnances, bons d’examen, identitovigilance.
  2. Production : répartition des examens, biologie moléculaire, gestion des flux d’échantillons.
  3. Rendu et facturation : comptes rendus, serveur de résultats, notes d’honoraires.

Cette granularité permet des déploiements par étapes et des facturations à l’usage.

Le marché français de l’anatomopathologie : contraintes opérationnelles et opportunités d’ia

Le tissu hexagonal compte environ une centaine de laboratoires privés et 825 pathologistes. La spécialité fait face à un volume croissant d’actes, une tension démographique et une complexification du diagnostic, notamment avec la montée de la biologie moléculaire et de la pathologie numérique.

Sur ce terrain, l’IA est perçue comme un levier pour gagner du temps, élever la qualité et limiter l’hétérogénéité des pratiques. Les enjeux portent sur l’automatisation des tâches répétitives, la rationalisation des demandes d’examens complémentaires et la mise en cohérence des informations cliniques et morphologiques.

Lafab s’insère dans une dynamique nationale où l’État a présenté en 2025 une stratégie IA et données de santé pour accélérer la recherche et les usages concrets en pratique clinique (Ministère de la Santé, 2025). De plus, un guide éthique publié par l’Agence du Numérique en Santé en 2025 balise les conditions d’une implémentation responsable dans les établissements.

Anatomopathologie : discipline qui analyse les tissus et cellules prélevés pour établir un diagnostic. Elle s’appuie sur la morphologie, les colorations et l’immunohistochimie.

Biologie moléculaire : ensemble des examens détectant des altérations génétiques ou moléculaires. Elle complète l’analyse morphologique et guide les thérapeutiques ciblées.

L’articulation des deux disciplines impose des flux d’information synchronisés et des contrôles de cohérence rigoureux, que le logiciel doit orchestrer.

Bon à savoir : pathologie numérique et IA, deux trajectoires complémentaires

La numérisation des lames et l’IA n’avancent pas au même rythme :

  • La pathologie numérique repose sur des scanners de lames, des viewers et de l’archivage.
  • L’IA s’insère ensuite pour des tâches de pré-segmentation, scoring ou triage.
  • Sans standard d’interopérabilité, le déploiement ralentit : l’éditeur doit maîtriser DICOM, FHIR et les API des scanners.

Les gains de productivité les plus rapides proviennent souvent d’abord de la dématérialisation des demandes et de la fluidification des comptes rendus.

Une enquête de la Société française de pathologie publiée fin 2024 fait état d’un intérêt croissant pour les usages IA en diagnostic et traitement. Cela conforte les choix produits de Lafab : cibler des cas d’usage concrets et valorisables, sans attendre la généralisation de lames full digitisées dans tous les établissements.

Références et gouvernance : un ancrage métier assumé

Lafab a effectué en 2015 un pivot stratégique. L’agence web généraliste a laissé la place à un éditeur vertical, focalisé sur l’anatomie et cytologie pathologiques. Cette spécialisation a bâti une proposition de valeur différenciante : parler le langage des pathologistes, comprendre les cycles de validation et intégrer les particularités des organisations locales.

La confiance du marché s’est installée par étapes. Médipath fut le premier client et demeure utilisateur, aux côtés d’une vingtaine de laboratoires dont Ouest Pathologie, X-Path, Savoie Mont Blanc Pathologie, Laboratoire Cap et Centre de pathologie 68. L’éditeur affirme équiper trois des cinq plus grands acteurs en France, avec des déploiements en métropole, en Guadeloupe et à La Réunion.

Médipath : relation de long terme et co-construction

Le partenariat avec Médipath illustre la stratégie de Lafab : consolider la base installée, co-concevoir des modules avec les équipes opérationnelles et livrer des évolutions incrémentales qui s’alignent sur les processus existants. Cette proximité favorise l’adoption et réduit les frictions au changement.

Ouest pathologie : standardiser sans rigidifier

Sur des groupes multi-sites, l’enjeu consiste à homogénéiser les workflows tout en laissant la main aux équipes locales pour paramétrer des règles spécifiques. Les modules de demandes et de répartition s’y prêtent, avec un socle commun et des variantes au niveau établissement.

Savoie mont blanc pathologie : visibilité sur la chaîne d’examens

Le suivi des examens, de la réception du prélèvement à l’émission du compte rendu, exige des indicateurs temps réel. L’éditeur met en avant des tableaux de bord qui pondèrent l’urgence, l’ancienneté des dossiers et les dépendances inter-étapes.

Sur le plan managérial, Yonel Becerra, directeur technique et R&D, s’associe progressivement depuis 2019. Denis Wavrant, président-fondateur, insiste sur la fidélité des clients comme catalyseur de croissance. Cette stabilité actionnariale facilite la continuité produit et l’arbitrage d’investissements R&D au long cours.

Conformité et marquage : le passage obligé des modules ia de santé

Dès qu’un module logicel revendique une finalité médicale susceptible d’appuyer un diagnostic ou d’influencer une décision de traitement, le cadre européen s’applique. Le logiciel devient un dispositif médical au sens du règlement MDR et requiert un marquage CE selon la règle 11.

Pour un assistant IA en anatomopathologie, la classe de risque est souvent IIa, voire IIb selon l’impact potentiel sur la prise de décision. L’éditeur doit alors démontrer la performance clinique, la gestion des risques, la cybersécurité et la surveillance post-commercialisation, en plus des obligations HDS et RGPD.

  • Documentation technique : architecture, exigences, couverture de tests, gestion des non-conformités.
  • Évaluation clinique : littérature, données de performance, protocole de validation sur cas réels.
  • Cybersécurité : menaces, mises à jour, traçabilité, gestion des vulnérabilités.
  • Data governance : anonymisation, minimisation, contrôle d’accès et traçabilité des usages.

Un module de planification ou de facturation relève du logiciel de gestion. S’il se met à « recommander » un acte ou à pré-interpréter une image avec impact clinique, il bascule dans le champ dispositif médical. Le pilotage produit doit verrouiller ces frontières pour éviter des obligations réglementaires non anticipées.

Rappel RGPD pour l’IA en santé

Points d’attention juridiques pour un éditeur IA :

  • Base légale : soins, intérêt public ou consentement selon les contextes.
  • Finalités déterminées : pas d’usage secondaire sans évaluation spécifique ni accord requis.
  • Droits patients : information claire, accès, rectification, limitation.
  • Éthique : documentation de la non-discrimination, transparence des modèles et supervision humaine.

Le balisage national s’est renforcé en 2025 avec la publication d’un guide éthique sur l’IA en santé par l’Agence du Numérique en Santé, et des concertations dédiées à l’implémentation responsable. Ces repères favoriseront les déploiements dans les laboratoires et sécuriseront les comités d’éthique internes.

Financement bpifrance et modèle économique : quelle équation pour 2026

Un financement de 200 000 euros octroyé par Bpifrance vient soutenir l’accélération produit et IA. Pour une TPE en phase de scaling, ce financement joue l’effet levier nécessaire pour constituer des briques réutilisables, renforcer la sécurité applicative et industrialiser le déploiement multi-sites.

Le modèle d’affaires de Lafab repose sur une approche SaaS modulaire, avec des revenus récurrents et des prestations d’intégration. La progression du panier moyen dépendra de la montée en valeur des modules IA et des services connectés, mais aussi du taux d’équipement des prescripteurs et de l’accessibilité patient au futur serveur de résultats.

  • Facteurs de croissance : extension du nombre de modules actifs par client, activation des intégrations HL7/FHIR, offres packagées.
  • Accélérateurs : templates de déploiement, connecteurs standard, automatisation de la recette.
  • Risques : cycles de décision longs, disparités d’infrastructures, exigences réglementaires supplémentaires pour les fonctions IA.

À l’horizon 2026, la digitalisation des bons d’examen et l’ouverture du serveur de résultats peuvent générer un triple effet : reducer les délais de traitement, diminuer les coûts administratifs et améliorer l’expérience des prescripteurs. La valeur sera d’autant plus tangible que l’éditeur parviendra à prouver des gains mesurables en temps et en qualité.

Un scénario prudent considère : 40 % de gain de temps sur la rédaction pour 825 pathologistes, mais avec un taux d’adoption progressif. En partant de 10 minutes économisées par dossier et 15 dossiers par jour sur 40 % des praticiens équipés, le gisement annuel atteint des milliers d’heures. La soutenabilité du ROI dépend de la réduction de non-qualité et des gains sur la file active.

À l’international, Lafab cible les pays francophones où les besoins sont comparables et où l’expérience acquise en France fait office de référence. Les fondamentaux d’interopérabilité, de sécurité et de conformité offriront un socle exportable, sous réserve d’adapter la couche réglementaire locale et les nomenclatures.

L’histoire de lafab : d’une agence web à un éditeur sectoriel

Le virage pris en 2015 a fait basculer Lafab d’un métier de service généraliste vers une logique d’éditeur vertical. Ce repositionnement a permis d’aligner la R&D sur un seul secteur, de capitaliser les acquis projets en modules produits et d’augmenter la part de revenus récurrents.

Cette trajectoire s’est matérialisée par la constitution d’une suite logicielle cohérente, MyLabTools, qui fédère des micro-fonctionnalités autour d’un socle commun. L’entreprise a orienté ses investissements vers la robustesse de la sécurité, la scalabilité et l’interopérabilité, plutôt que d’étendre trop vite le périmètre fonctionnel.

Le capital de confiance se lit dans la fidélité des clients historiques et dans l’accès aux grands comptes, où l’éditeur dit équiper trois des cinq principaux acteurs privés du marché. La présence en Outre-mer valide par ailleurs la capacité à gérer des contextes d’infrastructures variés et des besoins d’accès déconnectés ou intermittents.

Ce modèle d’éditeur « proche du terrain » repose sur une écoute des pathologistes et cadres de laboratoires, et sur une roadmap produit qui privilégie les cas d’usage concrets, testables et à impact rapide sur les flux.

Un virage technologique à confirmer chez lafab

Lafab avance avec des atouts tangibles : certifications de sécurité, financement fléché, base installée fidèle, feuille de route IA pragmatique. L’équation de la croissance passera par la preuve d’un gain opérationnel mesurable, la maîtrise des exigences MDR si les fonctionnalités d’aide à la décision s’étoffent, et une industrialisation des déploiements multi-sites.

Dans un marché où les besoins dépassent l’offre de ressources médicales, l’éditeur varois se positionne pour devenir un partenaire de productivité des laboratoires. Si les jalons produits annoncés pour 2026 sont au rendez-vous et si la conformité reste exemplaire, la trajectoire vers un doublement du chiffre d’affaires apparaît crédible.

Lafab illustre une stratégie de spécialisation assumée : sécuriser, automatiser, prouver la valeur, puis étendre. C’est sur cette capacité à allier conformité, performance et adoption clinique que se jouera la prochaine phase de croissance.