Le Jouet Simple change d’échelle sans renoncer à sa ligne: des jouets 100 % recyclables et consignés, pensés pour durer. Entre virage de marque, montée en puissance du e-commerce et premier ancrage export sous la bannière Simple, la jeune pousse s’installe dans le paysage industriel français avec une stratégie assumée, sobre et efficace.

Cap industriel et identité de marque: le tournant 2024-2025

Quatre ans après sa création, la start-up pilotée par Pierre Véron et Nicolas Chassin De Kergommeaux aborde une nouvelle étape. Nouveau logo, packagings épurés, site web refondu: l’entreprise clarifie son identité, tout en consolidant sa base industrielle française.

Fondée en avril 2021 au Bourget-du-Lac en Savoie, la société revendique aujourd’hui un ancrage opérationnel en Mayenne et dans l’Ain, entre Entrammes pour l’assemblage et Oyonnax pour la production des pièces plastiques. Ce binôme industriel trace une trajectoire lisible: proximité des savoir-faire, flexibilité d’assemblage et contrôle qualité serré.

Le repositionnement de la marque accompagne un calendrier d’innovation commerciale. La société a lancé au printemps une signature export, Simple, pensée pour la lisibilité internationale, puis accéléré fin d’été avec une collection sous licence Petit Ours Brun pour célébrer les 50 ans du personnage. L’ensemble vise un même objectif: élargir l’audience tout en gardant la promesse d’écoconception.

Repères clés sur la fondation et l’équipe

Création: avril 2021, au Bourget-du-Lac en Savoie.

Codirigeants: Pierre Véron et Nicolas Chassin De Kergommeaux.

Effectif: une équipe cœur d’environ 4 personnes, mobilisant au total une trentaine de professionnels au fil de la chaîne de valeur.

Âge et parcours: Pierre Véron, originaire de Quelaines-Saint-Gault en Mayenne, a démarré l’aventure à 29 ans, fort d’une expérience dans l’industrie du jeu et des licences.

Petit ours brun: un levier de lissage des ventes

Le partenariat de licence autour de Petit Ours Brun n’a rien d’un simple coup marketing. Il formalise une stratégie de gestion de la saisonnalité, en ciblant des sorties étalées hors du pic de Noël où 65 % du chiffre d’affaires est traditionnellement concentré.

Le plan prévoit une première série de 20 000 pièces, avec possibilité d’extension à d’autres licences dites intemporelles. Ce mouvement offre de la visibilité, soutient le référencement en magasin et dynamise le trafic digital sur la boutique en ligne.

Sur le plan industriel, l’intégration d’une licence exige un travail précis sur les couleurs, la sécurité et la conformité. Le Jouet Simple s’appuie pour cela sur sa maîtrise d’outillage et sur la souplesse de son assemblage en Mayenne, gage de réactivité sans surcoût logistique.

Distribution sélective et e-commerce: arbitrages commerciaux assumés

La société a fait un choix net: pas de grande distribution. La marque privilégie environ 200 à 250 points de vente en France, principalement des concept stores et des enseignes spécialisées en puériculture. Ce maillage se combine avec un e-commerce en forte progression, moteur de marge et de connaissance client.

Ce positionnement permet d’éviter la pression promotionnelle des hypermarchés, de maintenir des prix cohérents avec la valeur environnementale du produit et d’offrir une expérience d’achat contextualisée. Les réseaux spécialisés sont aussi plus réceptifs au dispositif de consigne qui structure la proposition de valeur.

Pourquoi éviter la grande distribution quand on vend des jouets écoconçus

  • Marge et valeur: un canal sélectif protège la valeur perçue d’un produit durable, sans guerre des prix.
  • Récit de marque: en boutique spécialisée, le vendeur explique la consigne, la réparabilité et les matériaux.
  • Saisonnalité: hors GMS, la marque évite l’effet yo-yo des volumes et garde la main sur les cadences.
  • Qualité d’exécution: moins de ruptures, packaging préservé, retours mieux gérés.

Côté digital, la croissance de l’e-commerce conforte la dynamique 2024. Elle facilite des offres packagées, des précommandes et la mise en avant de séries limitées sous licence. Sur un produit léger et durable, la vente directe limite aussi le coût relatif du transport par unité, surtout lorsque la logistique inverse de consigne est intégrée dès la conception.

Export accéléré: la bannière simple pour franchir les frontières

Pour traverser les marchés européens et nord-américains, la société a lancé en juin une signature internationale: Simple. Le choix linguistique est délibéré: un mot universel, immédiatement compréhensible, là où “Le Jouet Simple” souffrait d’une désignation française peu claire hors Hexagone. Le rebranding export s’accompagne d’une adaptation fine des packagings et des notices, tout en conservant l’ADN de durabilité.

L’export pèse désormais un quart de l’activité, avec des volumes concentrés en Italie, Benelux et Espagne. Les États-Unis s’ouvrent via un distributeur proactif, une première tête de pont prometteuse. La logique: tester, observer, recalibrer l’offre par gamme, en commençant par les produits iconiques de la marque.

Simple: stratégie et résultats à l’export

Le premier indicateur est la cohérence produit. Des jouets sans piles, robustes, adaptés à la tranche 0 à 4 ans, servent de langue commune. L’atout différenciant tient dans le matériau: un PEHD recyclé de grade uniforme, certifié contact enfant, qui garantit une qualité constante.

Le second levier est l’évidence visuelle du packaging. La marque a modernisé ses codes graphiques pour clarifier la consigne et l’origine des pièces. L’objectif: accélérer la compréhension en linéaire et en ligne, réduire le temps de décision, et soutenir les taux de conversion sur les marketplaces partenaires locales.

Nom: passer de “Le Jouet Simple” à “Simple” lève une barrière linguistique immédiate, notamment dans les pays non francophones.

Conformité: adaptation des pictogrammes, langues et mentions obligatoires selon les pays, pour fluidifier les opérations douanières.

Marketing: storytelling recentré sur la durabilité et la consigne, avec des visuels universels évitant les références culturelles trop locales.

Retail: meilleure lisibilité en rayon, moins de confusion de marque, et prise de parole cohérente sur des réseaux multinationaux.

Cette orchestration export s’appuie sur des flux industriels stables. La production à Oyonnax, capitale française de la plasturgie, apporte une répétabilité essentielle, tandis que l’assemblage à Entrammes autorise des séries courtes pour tester les marchés sans immobiliser de stock.

Fabrication circulaire et chaîne de valeur française

La promesse de la marque repose sur une écoconception rigoureuse: pièces en PEHD recyclé, absence de colle et de vis, démontabilité totale. Réparer, réutiliser, recycler est donc possible sur l’ensemble du cycle de vie, avec un dispositif de consigne qui structure la relation client.

Les éléments sont moulés à Oyonnax puis assemblés pour l’essentiel à Entrammes, dans un atelier-entrepôt aménagé dans des bâtiments familiaux. En cas de surcroît d’activité, un ESAT lyonnais vient renforcer la capacité d’assemblage. L’approvisionnement en PEHD recyclé est sécurisé auprès d’un industriel normand, un choix qui fiabilise la qualité matière et limite l’empreinte transport.

La consigne appliquée aux jouets: mode d’emploi

  1. Achat: le client paie le jouet, consigne incluse si prévue par la gamme ou l’offre en cours.
  2. Usage: l’enfant joue; le produit résiste grâce à une conception sans fragilités d’assemblage.
  3. Retour: à la fin de l’usage, une étiquette prépayée est générée depuis le site. Les frais de port sont pris en charge par l’entreprise.
  4. Seconde vie: tri, reconditionnement ou recyclage des pièces pour de nouveaux cycles matière.

Cette boucle réduit l’empreinte environnementale et fidélise la clientèle par une proposition de valeur tangible.

Les jouets commercialisés dans l’Union européenne doivent respecter les exigences de la directive Jouets, les normes EN 71 et le marquage CE. Ces exigences couvrent notamment la sécurité mécanique et chimique, l’inflammabilité et l’étiquetage.

Le choix d’un PEHD recyclé, sous contrôle de qualité, s’inscrit dans ce cadre. La démontabilité sans vis ni colle facilite les tests de sécurité et le contrôle des tolérances d’assemblage.

Le modèle circulaire n’est pas qu’un argument de communication. Il influe sur l’économie de production: moins d’éléments d’assemblage, une production locale avec cycles courts, un SAV simplifié. Surtout, il crée une relation d’après-vente active via le retour consigné, rare dans l’univers du jouet et génératrice de données utiles à l’amélioration des produits.

La reconnaissance de ce positionnement a été documentée par la presse régionale, qui souligne l’essor industriel à Oyonnax et l’assemblage à Entrammes, ainsi que l’ouverture internationale de l’entreprise, à la fois sur l’Europe et les États-Unis (Le Progrès, novembre 2024; Ouest-France, vidéo de juin 2025).

Gouvernance, capital et levées de fonds: une stratégie d’amorçage renforcée

L’entreprise a bouclé fin 2023 un premier tour de table de 400 000 euros, mobilisant quatre business angels. Ce financement a permis d’acquérir des moules d’injection, de lancer sept premiers modèles et de structurer les fonctions commerciales et industrielles.

Une deuxième levée, d’un montant supérieur à la première, a depuis été finalisée. Elle associe les mêmes investisseurs, signe d’une gouvernance cohérente et d’une thèse de développement validée.

Le capital compte également Julien Chaudeurge, inventeur des poussettes Yoyo chez Babyzen, et ses associés à hauteur de 25 %. Leur apport se traduit par un savoir-faire en industrialisation et une ouverture de réseaux à l’international.

Cette architecture capitalistique offre un atout dans un secteur où la performance se joue autant sur la maîtrise des coûts que sur la finesse de distribution. Les outillages, coûteux au démarrage, exigent un volume minimal pour s’amortir correctement. En parallèle, l’interdépendance aux cycles de commandes B2B et à la saison des fêtes impose une discipline stricte sur les stocks et le BFR.

Saisonnalité et BFR: trois risques à surveiller

  • Concentration des ventes: 65 % du CA en novembre et décembre crée des pics de trésorerie et d’industrialisation.
  • Niveaux de stocks: arbitrer entre disponibilité en rayon et risque d’invendus post-fêtes.
  • Délais de paiement: concilier conditions retail et distribution export avec les cycles d’achats de matière et d’outillage.

L’ouverture maîtrisée de l’export, le renforcement de l’e-commerce et l’apport de la licence Petit Ours Brun visent précisément à lisser ces effets, à la fois par l’étalement du calendrier commercial et par la diversification des canaux.

Indicateurs d’activité et saisonnalité: ce que disent les chiffres

Le millésime 2024 constitue une étape: plus de 50 000 jouets vendus, soit cinq fois le niveau d’il y a deux ans. L’export représente environ 25 % de l’activité, principalement en Europe. La marque aligne une quinzaine de modèles: bateaux, camions, barques gigognes, déclinés en plusieurs coloris, destinés aux 0 à 4 ans sans piles ni assemblages complexes.

La distribution s’appuie sur 200 à 250 points de vente, combinés à un e-commerce en forte progression. S’agissant de la saisonnalité, 65 % du chiffre d’affaires se concentre en novembre et décembre. D’où l’intérêt du partenariat Petit Ours Brun et d’un flux constant de nouveautés pour étaler la demande et fiabiliser la planification industrielle.

Métriques Valeur Évolution
Unités vendues en 2024 50 000+ x5 vs 2022
Part de l’export dans l’activité 25 % En hausse avec la marque Simple
Réseau de distribution 200 à 250 points de vente Structuration sélective
Saisonnalité 65 % du CA en nov.-déc. Volatilité à lisser
Gamme ≈ 15 modèles Nouveautés sous licence
Actionnariat notable 25 % par Julien Chaudeurge et associés Soutien à l’international

Ce socle chiffré révèle une réussie d’amorçage: cap industriel stabilisé, perception de marque renforcée, export en cours de structuration. Il met aussi en lumière le défi classique du jouet: tenir la marge malgré la saisonnalité, sans compromis sur la qualité.

Produits d’extérieur: bateaux et camions pour l’eau et le sable, à forte visibilité en saison printemps-été.

Jeux d’éveil: barques gigognes et empilables, adaptés aux crèches et aux cadeaux de naissance.

Licences intemporelles: collections thématiques pour ancrer la marque dans l’imaginaire des parents et des enfants.

Trajectoire à consolider sur un marché en mutation

Le Jouet Simple coche plusieurs cases du moment: matériaux recyclés, chaîne courte, consigne, distribution sélective. Mais son avance se jouera dans l’exécution: capacité à lisser la saisonnalité, à industrialiser des volumes export sans altérer la qualité, et à garder une identité lisible alors que le marché multiplie les green claims.

Les reportages récents confirment la dynamique: fabrication à Oyonnax, assemblage à Entrammes, et un intérêt croissant hors de France, jusqu’aux États-Unis (Le Progrès, novembre 2024; Ouest-France, juin 2025). La clé des prochains mois sera de transformer ces signaux en volumes réguliers, portés par la marque Simple et par un pipeline produits nourri de licences choisies avec parcimonie.

En misant sur une écoconception traçable, des outils industriels français et une distribution disciplinée, Le Jouet Simple dessine un modèle rare dans le jouet: durable par conception, rentable par méthode, et lisible à l’export par une marque qui dit exactement ce qu’elle fait.