Indy accélère sa mue vers la facturation électronique. La fintech lyonnaise annonce le rachat de Lycha, l’outil de facturation conçu par Coover, et se positionne plus fermement sur un marché en pleine mutation, porté par l’entrée en vigueur progressive des obligations de e-facturation à partir du 1er septembre 2026. Cette opération, à la fois technologique et commerciale, cible directement les besoins des indépendants.

Indy se renforce sur la facture électronique avec le rachat de lycha

La société lyonnaise Indy, qui développe des logiciels de comptabilité et de facturation, a finalisé l’acquisition de Lycha, la solution éditée par l’insurtech Coover. Avec ce rapprochement, Indy récupère aussi les outils complémentaires de Coover, notamment Coover Factu et Coover Devis, et consolide ainsi son offre pour les professionnels indépendants.

Le montant de l’opération n’est pas rendu public. En revanche, l’enjeu stratégique est net. Indy anticipe une hausse forte de la demande autour des flux de facturation électronique à partir de 2026 et cherche à capter des bases d’utilisateurs déjà actives, pour accélérer l’adoption et la conversion sur ses services de conformité.

Qui est indy ?

Fondée en 2016, Indy emploie environ 300 salariés et revendique un chiffre d’affaires de l’ordre de 45 millions d’euros. L’entreprise construit sa proposition de valeur autour d’un logiciel intégré, qui couple tenue comptable, facturation et obligations déclaratives pour les indépendants. Sa clientèle historique se compose de professions libérales, freelances, micro-entrepreneurs et TPE.

Avec l’essor de la e-facturation, Indy a fait évoluer son produit vers des modules de conformité et de connexion aux plateformes habilitées, avec une promesse d’interface simple et de support renforcé sur les étapes réglementaires clés.

Lycha et l’écosystème coover

Coover, installée à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, a développé Lycha comme un outil de facturation destiné aux indépendants et petites structures. Autour de Lycha, Coover a également lancé Coover Factu et Coover Devis, des briques logicielles qui, ensemble, rassemblent plus de 60 000 utilisateurs selon la communication de l’entreprise.

Ce portefeuille vient s’agréger à celui d’Indy, qui revendique déjà plus de 150 000 indépendants accompagnés. La base consolidée doit permettre des effets d’échelle sur l’onboarding à la facture électronique, en capitalisant sur des parcours utilisateurs connus et des attentes relativement homogènes.

Chiffres clés annoncés autour de l’opération

Indy agrège les briques logicielles de Coover dans une optique d’industrialisation de la e-facturation pour les indépendants. Les données financières et opérationnelles partagées permettent d’apprécier l’ampleur de l’initiative.

  • 300 salariés environ pour Indy, avec un CA proche de 45 M€.
  • 60 000 utilisateurs pour Lycha et les outils Coover associés.
  • 150 000+ indépendants suivis par Indy avant intégration de Lycha.
  • 86 M€ levés au total par Indy auprès d’investisseurs spécialisés.
Métriques Valeur Évolution
Effectifs Indy ≈ 300 N.A.
Chiffre d’affaires Indy ≈ 45 M€ N.A.
Utilisateurs Coover (Lycha, Factu, Devis) 60 000+ Base transférée
Clients Indy avant l’opération 150 000+ N.A.
Base adressable élargie (estimation arithmétique) ≈ 210 000 + 40 % vs. 150 000
Financements cumulés Indy 86 M€ Capacité d’investissement accrue
Recrutements annoncés à Lyon d’ici fin 2025 60+ Plan en cours
Objectif d’embauches d’ici fin 2026 80 à 100 Extension de l’équipe

Réglementation 2026 et exigences techniques de la e-facturation

La réforme française de la facturation électronique poursuit trois objectifs majeurs. D’abord le contrôle de la fraude à la TVA. Ensuite la traçabilité des transactions interentreprises. Enfin la simplification des déclarations par l’automatisation des données nécessaires aux administrations.

Le déploiement doit démarrer au 1er septembre 2026 avec la réception obligatoire des factures électroniques pour toutes les entreprises assujetties à la TVA. L’émission sera progressive selon la taille des entreprises, avec un accompagnement par des plateformes certifiées.

Calendrier et architecture cible

Les entreprises devront passer par des Plateformes de Dématérialisation Partenaires immatriculées ou par le portail public dans un cadre interopérable. La liste des PDP immatriculées est tenue par l’administration et évolue au fil des validations.

Le formatage des données et les canaux d’échange sont standardisés pour permettre la transmission fluide des factures et des e-reportings, avec un contrôle qualité en amont. Le but est d’éviter des ruptures de flux et des retours massifs en erreur lors de la montée en charge.

Une Plateforme de Dématérialisation Partenaire est immatriculée par l’administration fiscale. Elle doit assurer la conformité des factures, l’intégrité des données, la continuité de service, l’interopérabilité avec le portail public et la remontée des e-reportings. Elle est tenue à des exigences accrues en sécurité et en contrôle interne, sous peine de retrait d’immatriculation.

Formats de données et interopérabilité

Les échanges s’appuieront sur des formats reconnus comme Factur-X et des réseaux d’interopérabilité tels que PEPPOL, afin de garantir la lisibilité humaine et le transport machine-to-machine. Ces choix facilitent le rapprochement comptable et l’automatisation des déclarations.

La doctrine technique publiée par l’administration, enrichie par des travaux de normalisation, encadre la qualité des données et les modalités d’acheminement. Les éditeurs sont déjà engagés dans des chantiers d’adaptation pour être prêts dès l’ouverture du calendrier.

Points de conformité prioritaires à sécuriser

La bascule vers la e-facturation n’est pas qu’un enjeu d’interface. Plusieurs garde-fous juridiques et opérationnels doivent être intégrés en amont du go-live.

  1. Qualité des données et validation des champs obligatoires pour éviter les rejets.
  2. Traçabilité des statuts de facture du dépôt à l’acceptation par le client.
  3. Archivage probant avec politique de rétention conforme aux durées légales.
  4. Interopérabilité vérifiée entre PDP, portail public et ERP des clients.

Motivations stratégiques et bénéfices attendus de l’adossement

Pour Indy, cette acquisition a une double portée. D’un côté, elle accélère l’agrégation d’une base d’utilisateurs apte à migrer rapidement vers la e-facturation. De l’autre, elle apporte des briques fonctionnelles pour densifier l’offre produit sans repartir de zéro sur certaines fonctionnalités déjà éprouvées.

Cette stratégie permet aussi de renforcer la proposition de valeur prix. Indy met en avant une solution simple et conforme destinée aux indépendants, avec l’objectif d’abaisser le coût d’accès à la conformité et de simplifier le quotidien administratif, considéré comme un poste de charge caché pour beaucoup de TPE.

Bénéfices concrets côté utilisateurs

Du devis au paiement, l’expérience unifiée limite les ruptures. Génération de factures à la norme, suivi des statuts, relances, pilotage de trésorerie et intégration comptable créent un continuum apprécié par les travailleurs non-salariés.

La promesse de parcours guidés, de tutoriels contextuels et d’un support en français vise à réduire la courbe d’apprentissage sur la e-facturation, notamment pour les micro-entreprises et les professions libérales isolées.

L’e-invoicing vise l’échange et la validation d’une facture structurée entre fournisseurs et clients, via des plateformes reconnues. L’e-reporting correspond à la transmission de données de transaction à l’administration pour les opérations non couvertes par l’e-invoicing. Les deux volets sont complémentaires et conditionnent la conformité TVA.

Pourquoi la facture électronique séduit les indépendants

Outre l’obligation réglementaire, plusieurs gains sont identifiés par les professionnels.

  • Réduction des délais de paiement grâce au suivi des statuts.
  • Automatisation comptable qui libère du temps facturable.
  • Diminution des coûts administratifs par la suppression des ressaisies.
  • Meilleure visibilité de trésorerie via des tableaux de bord à jour.

Coover se recentre sur l’assurance et arbitre ses investissements

Coover, fondée en 2018, est spécialisée dans l’assurance professionnelle destinée aux indépendants et PME. En cédant Lycha et ses outils de facturation à Indy, l’insurtech choisit de concentrer ses ressources sur son métier coeur. Ce repositionnement s’inscrit dans un marché de l’assurance en croissance, avec une dynamique annuelle estimée autour de 5 % en France, selon les analyses de l’autorité prudentielle.

La trajectoire est cohérente avec les arbitrages budgétaires qu’impose la e-facturation. La mise à niveau d’un logiciel de facturation pour la conformité à 2026 requiert des investissements techniques soutenus, qui peuvent détourner l’attention des enjeux assurantiels à plus forte valeur pour l’entreprise.

Coûts évités et allocation de capital

Adapter une solution de facturation aux exigences PDP implique des développements lourds, la mise en place d’une supervision de production, des tests d’interopérabilité et un support utilisateur renforcé. Coover évite ainsi un cycle d’investissement qui n’est pas central pour son positionnement.

Les fonds ainsi économisés peuvent se redéployer sur de nouvelles garanties, des parcours de souscription fluides ou l’amélioration de la gestion des sinistres, au bénéfice de la satisfaction client et du ratio combiné.

Au-delà du développement, les éditeurs supportent des charges récurrentes : support de niveau 2 et 3, supervision 24 h sur 24 en période de bascule, mises à jour réglementaires fréquentes, certifications, documentation et formation des partenaires. Dans un contexte de volumétrie croissante, la résilience technique est critique et pèse sur le compte de résultat.

Capacité d’exécution d’indy : financements, embauches et feuille de route

Indy a accumulé 86 millions d’euros de financements auprès d’investisseurs spécialisés. Ce capital lui permet d’absorber des intégrations technologiques, de moderniser son socle et de renforcer son infrastructure de conformité.

Sur le plan RH, la société a annoncé plus de 60 recrutements à Lyon d’ici fin 2025, avec un objectif de 80 à 100 embauches d’ici fin 2026. Les profils ciblés couvrent le développement logiciel, le support client et la conformité, trois piliers indispensables pour réussir la montée en charge liée à la réforme.

Traction du marché et dynamique d’investissement

Le marché français des fintechs a pesé plusieurs milliards d’euros d’investissements en 2024, avec un segment conformité en hausse. La transition vers la e-facturation soutient une croissance à deux chiffres pour les solutions spécialisées, portée par la nécessité d’industrialiser les flux B2B sur des rails standardisés.

Pour Indy, l’allocation de ressources vers des équipes de fiabilité produit et des parcours d’onboarding vise à garantir une mise en production maîtrisée lors de l’ouverture du calendrier 2026, tout en limitant les risques opérationnels.

Repères du marché logiciel de conformité en France

Les solutions d’e-facturation et d’e-reporting bénéficient d’un environnement porteur.

  • Montée en obligations réglementaires à partir de 2026.
  • Accélération de l’investissement dans l’ERP et l’API-first côté PME.
  • Consolidation des éditeurs autour d’offres interopérables et certifiées.

Impacts pour les clients lycha et feuille de route d’intégration

Les utilisateurs de Lycha et des outils Coover seront progressivement intégrés dans l’environnement Indy, avec une attention particulière portée à la continuité de service. L’objectif est de préserver la lisibilité des workflows tout en injectant les fonctionnalités de conformité nécessaires à la e-facturation.

Indy indique avoir obtenu une immatriculation en tant que PDP, ce qui l’inscrit parmi les acteurs habilités à traiter des factures électroniques dans l’écosystème officiel. Selon l’entreprise, cette étape doit garantir un passage fluide pour les clients.

Migration technique et accompagnement

La stratégie d’Indy s’appuie sur un parcours de migration balisé et documenté. Les utilisateurs bénéficieront d’un mix d’auto-apprentissage et d’assistance humaine afin de fiabiliser la préparation au calendrier réglementaire.

  • Transfert des données et paramétrage initial sous supervision.
  • Tutoriels contextualisés sur la création de factures conformes.
  • Support dédié pendant les premières semaines d’usage.
  • Tests d’interopérabilité en conditions réelles avec des clients pilotes.

La tarification reste un sujet sensible pour les indépendants. Indy met en avant une approche coût-efficace, avec la volonté d’éliminer les obstacles à l’adoption. L’argument est autant économique que pratique, dans un contexte où une part significative des freelances s’inquiète des surcoûts d’adaptation.

Points de vigilance juridiques et opérationnels pour les dirigeants

Au-delà des promesses éditeurs, les dirigeants doivent appréhender les exigences attachées à la transmission électronique probante. Le choix d’un prestataire ne dispense pas de gouverner la donnée, ni de s’assurer de la bonne exécution des obligations vis-à-vis de l’administration.

Trois sujets méritent une attention prioritaire. La qualité des données, qui conditionne le taux d’acceptation des factures. La robustesse des contrôles internes, pour prévenir les anomalies et reconstituer les chaînes de preuve. Et la politique d’archivage, afin de prévenir les risques en cas de contrôle a posteriori.

Gérer le risque opérationnel dès la phase projet

Les entreprises devront aligner leurs processus internes avec les capacités techniques de leur PDP ou de leur ERP. Un cadrage clair des responsabilités entre le fournisseur, l’éditeur et l’entreprise utilisatrice limite les angles morts, notamment lors d’incidents de transport ou d’interopérabilité.

La formation des équipes administratives et comptables reste déterminante. Elle réduit le volume de tickets au support, favorise la résolution en autonomie et sécurise les clôtures de TVA, périodes sensibles pour toute structure.

Un archivage probant repose sur l’intégrité, la lisibilité et la disponibilité des documents pendant la durée légale. Il suppose des dispositifs techniques et organisationnels traçables, des contrôles de cohérence, des sauvegardes et une politique d’accès maîtrisée. L’articulation avec la plateforme de dématérialisation doit être pensée dès la conception.

Lecture économique de l’opération et dynamique concurrentielle

Le rapprochement Indy Lycha illustre une tendance de consolidation autour d’acteurs capables d’investir dans l’industrialisation de la conformité. Les barrières à l’entrée techniques et réglementaires augmentent, favorisant les groupes disposant de capitaux et d’une base clients suffisante pour amortir les coûts fixes.

Ce mouvement devrait s’intensifier à l’approche de 2026. Les éditeurs spécialisés en facturation ou en ERP qui n’atteignent pas la masse critique auront intérêt à nouer des partenariats avec des PDP ou à se positionner sur des niches fonctionnelles.

Positionnement d’indy face au marché

Indy part avec deux atouts structurels. Une connaissance fine des indépendants et des métiers libéraux, qui se traduit par un produit pensé pour leurs cas d’usage. Et une capacité d’exécution renforcée par ses financements et son plan d’embauches.

En intégrant Lycha, l’entreprise réduit son coût d’acquisition clients et abaisse son temps de mise sur le marché pour des modules clés. Elle élargit son top-of-funnel tout en améliorant la rétention à moyen terme dans l’écosystème Indy.

Ce que devront surveiller les décideurs jusqu’à la bascule de 2026

La période qui s’ouvre est celle des arbitrages. Les dirigeants doivent confirmer leur trajectoire logicielle, tester les flux de bout en bout et organiser l’appropriation en interne pour éviter la précipitation de dernière minute. L’anticipation fera la différence entre une transition maîtrisée et une course contre la montre.

Sur ce terrain, l’acquisition de Lycha par Indy envoie un signal clair. Les acteurs capables d’aligner produit, conformité et accompagnement utilisateur prendront l’avantage au moment où la réforme entrera en vigueur. Les indépendants et TPE, eux, chercheront des parcours simples, fiables et sans friction, à la hauteur de l’enjeu.

En consolidant outils et bases d’utilisateurs autour de la e-facturation, Indy et Coover traduisent l’accélération d’un marché où la conformité devient un levier de compétitivité aussi décisif que la technologie elle-même.