Comment les imprimeries de Caen se réinventent-elles ?
Découvrez la transformation des Imprimeries de Caen, un modèle de mutualisation et d'innovation au service de la filière graphique.

Quatre ateliers historiques réunis, une marque unique en devenir, et une feuille de route assumée pour moderniser une activité chahutée. À Caen et sa périphérie, la transformation engagée par Morgane Marti-Leray et Benoît Levassort confirme une tendance lourde de la filière graphique en France : la consolidation comme levier de compétitivité et de résilience.
Unification de quatre imprimeries normandes sous la bannière les imprimeries de caen
Engagé depuis juillet 2023, le regroupement a rassemblé Caen Repro Imprimerie, Dauphin Com. Imprim', Imprimerie LeBrun et Caen Repro Color au sein d’une plateforme unique à Saint-Contest, dans le Calvados. L’objectif est clair : mutualiser les moyens et fluidifier la production tout en conservant la proximité avec une clientèle majoritairement régionale.
La stratégie retenue repose sur une centralisation progressive des équipes, des stocks et des flux de commandes. À mesure que les plannings convergent sur un même site, les dirigeants dessinent un périmètre cohérent : une production continue, des délais maîtrisés, une offre élargie et une communication homogène sous la marque chapeau Les Imprimeries de Caen.
Au-delà des effets d’échelle, cette unification offre un avantage intangible : un interlocuteur unique pour les donneurs d’ordre, capable de traiter papeterie, flyers, brochures et signalétique jusqu’aux séries courtes en print-on-demand, sans rupture de charge. Cette cohérence opérationnelle facilite aussi l’implémentation d’outils numériques communs et d’un pilotage qualité unifié.
Repères chronologiques du regroupement à Saint-Contest
Juillet 2023 : lancement du regroupement opérationnel.
2024 : montée en charge du site unique avec production continue.
Mai 2025 : trois entités déjà installées à Saint-Contest, Caen Repro Color attendue au second semestre 2025.
À moyen terme : passage à une marque unique Les Imprimeries de Caen et simplification juridique.
Le pari initial, éviter la dispersion d’ateliers fragilisés par la crise sanitaire et la flambée des intrants, se confirme. L’intégration apporte une réponse concrète à la baisse structurelle des volumes d’impression en harmonisant les plannings et en réallouant les parcs machines autour des besoins réels.
Effets mesurables sur l’emploi et l’appareil productif en 2025
Au cœur du projet, la sauvegarde des compétences locales. La reprise a permis de préserver 38 emplois et d’installer les équipes dans un bâtiment de 1 800 m² à Saint-Contest, organisé autour d’un flux industriel compact, de réceptions papier rationalisées et d’un atelier de finition proche des zones d’expédition.
À l’échelle d’une PME régionale, les volumes restent significatifs : environ 7 600 commandes par an, un volume annuel de 800 tonnes de papier imprimées, et un chiffre d’affaires qui oscille entre 4,1 et 4,5 millions d’euros. La clientèle demeure à 95 % normande, gage de réactivité logistique et de fidélité relationnelle.
Les choix organisationnels consolident cette base. Une semaine de quatre jours pour une partie des salariés et de quatre jours et demi pour d’autres étend les plages de production, augmente les possibilités de créneaux express et favorise la formation croisée. La montée en polyvalence en atelier soutient la qualité et la continuité d’activité.
Regrouper prépresse, impression et finition sur un même site diminue les temps de transfert, limite la redondance des contrôles et évite des ruptures de planning. Les gains s’observent sur la mise à la couleur, la préparation des plaques en offset et l’ordonnancement des passages machines, surtout pour des séries courtes en numérique où les changements de formats sont fréquents.
Organisation du travail : ce qui change concrètement
Pour lisser la charge, l’entreprise a mis en place :
- Une semaine de 4 jours pour une partie des ateliers afin d’étendre les plages de production sans alourdir les coûts fixes.
- Des cycles de 4,5 jours pour les chaînes critiques, avec relais sur la finition et la logistique.
- Des formations croisées au façonnage, à la couleur et à la maintenance de premier niveau pour sécuriser les remplacements.
Ces ajustements soutiennent une promesse clé sur le marché B2B régional : la capacité à absorber des commandes éclair et à maintenir des délais serrés sur des catalogues, notices ou séries promotionnelles.
Gouvernance, financement et cadre juridique de l’opération
Avant la reprise, les quatre imprimeries étaient détenues par Jean-Yves Jore au sein d’une holding. La succession capitalistique s’est doublée d’un impératif industriel : amortir la hausse des coûts de papier et d’énergie, tout en gardant un maillage local. À l’approche du départ à la retraite du propriétaire, Morgane Marti-Leray et Benoît Levassort ont structuré la reprise et pris le contrôle à parts égales via une société de tête.
Le financement combine emprunts bancaires et subvention de l’État au titre du programme Industrie du Futur, dispositif public qui soutient la modernisation des PME et leur transformation numérique. Ce montage vise la sobriété capitalistique, sans dilution extérieure, et ancre la gouvernance dans un binôme opérationnel : administratif, communication et RH pour Morgane Marti-Leray, fabrication et relation clients pour Benoît Levassort.
Sur le plan juridique, le regroupement a d’abord pris la forme d’une centralisation opérationnelle et d’un pilotage commun. Les dirigeants planifient désormais le passage à une marque unique avec simplification comptable et administrative. Ce chantier réduit les coûts de conformité multi-entités et facilite le contrôle interne, notamment sur les achats papier, les stocks d’encres et la facturation.
Regroupement opérationnel : transferts d’équipes, de machines et de flux vers un site, avec maintien temporaire de plusieurs sociétés juridiques. Avantages : rapidité de mise en place, flexibilité, moindre coût de transaction à court terme.
Fusion juridique : disparition d’une ou plusieurs sociétés au profit d’une entité absorbante ou nouvelle, avec transfert universel du patrimoine. Intérêts : simplification des comptes, gains de conformité, image de marque unifiée. Nécessite un travail préparatoire sur les contrats, les conventions intragroupe et les autorisations bancaires.
Gouvernance et partage du capital
La holding de reprise est détenue 50-50 par les deux dirigeants, un équilibre qui sécurise les arbitrages industriels. Le duo a fixé un cap : stabilité des emplois, croissance par efficience davantage que par volume, et création d’une force commerciale cohérente pour adresser les marchés professionnels normands. La constitution d’une équipe dédiée à trois personnes figure dans les priorités pour accompagner l’ouverture de nouveaux comptes.
Cette gouvernance resserrée se traduit par une exécution rapide : vendre une presse offset redondante, investir dans les imprimantes numériques utiles aux petites et moyennes séries, standardiser les papiers et formats porteurs. Un arbitrage de court terme qui vise la robustesse de trésorerie et la régularité de l’activité.
Virage technologique et modèle économique ajusté
Depuis la reprise, l’enveloppe d’investissements atteint environ 600 000 €. Elle cible l’automatisation de certaines étapes, la réduction des temps de calage et l’augmentation de la productivité sur les tirages courts. En parallèle, une presse offset jugée redondante a été cédée pour limiter les coûts fixes et maximiser l’usage des machines à meilleure rotation.
Ce choix s’inscrit dans un marché où le tirage moyen recule et où les entreprises privilégient des séries plus fréquentes mais plus courtes, adaptées aux stocks tendus et aux campagnes marketing segmentées. En misant sur un parc numérique performant et une finition intégrée, l’imprimeur vise des délais resserrés avec une qualité stable.
Les imprimeries de caen : stratégie et résultats
La plateforme unique de Saint-Contest aligne prépresse, impression et façonnage, soutenue par une mutualisation des achats. L’entreprise a élargi son portefeuille autour de produits récurrents à valeur ajoutée : papeterie personnalisée, brochures dos carré collé, notices avec contraintes réglementaires, affiches et signalétique pour événements et retail, packaging léger. Cette diversification sécurise la charge et limite l’exposition à un seul segment.
Les premiers effets sont tangibles : un flux de commandes stabilisé, une attractivité commerciale renforcée auprès des donneurs d’ordre normands et des délais mieux tenus. Les évolutions sont présentées par la presse locale comme une réponse crédible à la contraction des volumes d’impression et à la concurrence intensifiée en 2023-2025 (Ouest-France, mai 2025).
Offset : rentable au-delà d’un certain volume grâce à l’effet d’échelle, mais calages plus longs et coûts fixes incompressibles.
Numérique : idéal pour petites et moyennes séries, délais courts, personnalisation possible. Les coûts unitaires peuvent être plus élevés sur très gros tirages, mais le coût total de campagne baisse souvent grâce à la réduction des invendus et à la rapidité de mise sur le marché.
Sur la chaîne de valeur, la bascule vers le numérique ne signifie pas l’abandon de l’offset. Elle implique un pilotage fin du mix machines et un ordonnancement capable d’arbitrer à la commande : qualité d’aplat, tirage, rendu colorimétrique, papier choisi, urgence. C’est la force d’une plateforme intégrée : chaque dossier trouve son chemin optimal.
Trajectoire environnementale et choix matières
L’enjeu écologique n’est pas cosmétique : il conditionne la relation avec les donneurs d’ordre publics et privés. Le site normand travaille avec des encres végétales et privilégie des papiers d’origine française ou européenne. Tous les déchets papiers sont triés et recyclés en circuit dédié via la société manchoise EnCoRe, qui les valorise en produits d’hygiène du quotidien.
L’atelier est certifié Imprim’Vert, une référence de la filière graphique sur la réduction des produits dangereux, la gestion des déchets et la sensibilisation environnementale. L’obtention de la certification Print Ethic est en cours et formaliserait des pratiques déjà déployées : sobriété énergétique, choix matières responsables, démarche sociale et éthique.
Ce repositionnement répond à une attente de marché croissante. En Normandie, la mutation verte de l’imprimerie s’accélère avec une hausse mesurée des entreprises ayant adopté des pratiques durables entre 2023 et 2024. Les donneurs d’ordre intègrent désormais ces critères dans leurs appels d’offres, au même titre que le prix et le délai.
Labels environnementaux : ce que regardent les acheteurs
- Imprim’Vert : limitation des substances à risque, gestion rigoureuse des déchets, traçabilité.
- Print Ethic : structuration d’une démarche RSE globale incluant social, éthique et environnement.
- Origine des papiers : documents conformes, labels PEFC ou FSC, fournisseurs européens privilégiés.
Ces éléments pèsent dans l’attribution des marchés, en particulier auprès des collectivités et des grands comptes.
Approvisionnement papier : leviers de souveraineté et de coût
La consolidation facilite la négociation avec les papetiers et distributeurs. En standardisant les grammages, formats et références les plus demandés, l’imprimeur limite les aléas d’approvisionnement, améliore ses conditions d’achat et sécurise la cohérence colorimétrique sur les séries récurrentes. Ces choix techniques ont un effet direct sur la facture et la tenue des délais.
Imprim’Vert témoigne de la maîtrise des déchets dangereux, de la sécurisation des stockages et de la sensibilisation des équipes. La démarche Print Ethic englobe les volets RSE : management, achats responsables, sécurité, inclusion. Pour un acheteur, ces labels réduisent le risque extra-financier et facilitent l’évaluation fournisseur.
Calendrier de consolidation et ambitions commerciales
À court terme, la priorité reste la finalisation de l’installation de Caen Repro Color au second semestre 2025 et la stabilisation des flux sur le site unique. À moyen terme, l’objectif est de regrouper les quatre entités sous une structure comptable et administrative simplifiée et une identité unique : Les Imprimeries de Caen. Ce passage supprimera les redondances de gestion et améliorera la lisibilité de l’offre.
La montée en puissance commerciale passera par une équipe de trois personnes dédiée au développement, avec un ciblage renforcé des PME industrielles, des acteurs du retail, des régies événementielles et des collectivités territoriales. En parallèle, l’atelier enrichit son catalogue de produits pour capter plus de valeur par commande.
- Papeterie et documents administratifs : têtes de lettre, enveloppes, blocs, carnets.
- Supports marketing : flyers, dépliants, brochures, catalogues, PLV légère.
- Signalétique : affiches, posters, panneaux souples et rigides pour événements et points de vente.
- Notices techniques : contraintes de lisibilité, formats spécifiques et pliages complexes.
- Packaging léger : petites séries, cartons pliants, étuis, étiquettes.
Cette extension de gamme capitalise sur une force intrinsèque des sites de proximité : la capacité à accompagner le client sur le conseil matière, le bon format et le degré de finition le plus pertinent pour chaque gamme. Elle renforce la fidélisation et réduit la sensibilité au seul levier prix.
Au-delà du prix, trois critères pèsent dans la performance globale :
- Lead time garanti sur les pics de charge, grâce à un atelier intégré et des stocks matières sécurisés.
- Conformité environnementale vérifiable : labels, origine des papiers, gestion des déchets.
- Qualité répétable d’une série à l’autre : maîtrise colorimétrique, standardisation des références.
Les Imprimeries de Caen se positionnent précisément sur ces trois leviers, en s’appuyant sur la centralisation et des investissements ciblés.
Le rôle de la presse locale dans la trajectoire du regroupement
La couverture de la presse régionale a accompagné les grandes étapes du projet : annonce du regroupement à Saint-Contest, mise en avant des investissements, rappel des emplois sauvegardés et des fondamentaux économiques de l’activité. En mai 2025, plusieurs titres soulignent une trajectoire jugée crédible face à la concurrence et la contraction des volumes, avec une stabilisation des indicateurs d’activité et une poursuite des gains de productivité (Actu.fr, mai 2025).
Si le marché reste exigeant, l’entreprise a acquis une visibilité opérationnelle supérieure : un site, un pilotage resserré, des arbitrages clairs entre offset et numérique, et une montée en standards environnementaux attendue par les acheteurs.
L’histoire récente : d’un conglomérat local à un dispositif intégré
Le point de départ tient à une configuration actionnariale classique dans l’imprimerie régionale : plusieurs sociétés détenues par un même propriétaire, chacune avec ses spécialités, partageant parfois des services sans convergence totale. Le choc Covid, suivi de la hausse des coûts du papier et de l’énergie, a bousculé l’équilibre. La perspective d’une cession ou d’une fermeture a rendu nécessaire une solution de continuité industrielle.
En interne, le duo de repreneurs possédait déjà les leviers : Marti-Leray aux finances et aux RH depuis 2019, Levassort à la fabrication depuis 2015. Ils disposaient d’une connaissance fine des machines, des plannings, des clients récurrents et des marges par famille de produits. Cet ancrage opérationnel a réduit les coûts d’apprentissage de la reprise et accéléré la transition.
Le pari de conserver les équipes, de raccourcir les circuits et de clarifier l’offre était exigeant. Il a été rendu possible par un montage financier équilibré et des choix industriels rapides, illustrés par la vente d’un actif offset sous-utilisé et l’accélération sur le numérique.
Capacité commerciale et maintien de la valeur ajoutée locale
La construction d’une équipe commerciale de trois personnes s’inscrit dans la logique de site unique : un discours clair, une grille de services élargie, et une promesse client axée sur la réactivité et la fiabilité. La proximité géographique permet de proposer des épreuves, des visites d’atelier et des ajustements rapides, particulièrement précieux pour les industriels et organisateurs d’événements.
En filigrane, la consolidation défend une valeur ajoutée locale : des commandes qui restent en Normandie, des délais de transport réduits, un savoir-faire qui se transmet. Une orientation compatible avec les politiques d’achats responsables des acteurs publics et des grands comptes régionaux.
Indicateurs financiers et cap industriel : ce que disent les chiffres
La fourchette de 4,1 à 4,5 M€ de chiffre d’affaires se lit comme une stabilisation à l’issue d’un cycle de perturbations. Les ≈ 7 600 commandes annuelles confirment une activité soutenue en petites et moyennes séries. Le volume de ≈ 800 tonnes de papier signale une taille critique atteinte pour optimiser achats et ordonnancement.
L’investissement d’environ 600 000 € depuis la reprise concentre les efforts sur la productivité de séries courtes et l’automatisation des tâches répétitives. Cette orientation répond à la contraction des tirages moyens observée sur le marché, tout en sécurisant la marge unitaire par la réduction des temps morts et des gâches.
Au plan RH, la préservation des 38 emplois soutient le maintien de compétences rares. L’industrie graphique dépend d’opérateurs expérimentés capables de piloter presse, façonnage et colorimétrie avec exigence. Les gains de performance passent autant par la montée en polyvalence que par l’investissement machine.
Chiffres structurants pour 2025
- 38 collaborateurs conservés dans la reprise et le regroupement.
- ≈ 7 600 commandes/an traitées sur la plateforme de Saint-Contest.
- ≈ 800 t de papier/an pour une offre large, du flyer à la signalétique.
- 4,1 à 4,5 M€ de chiffre d’affaires, fourchette confirmée par la direction.
- ≈ 600 000 € investis, dont une part significative en impression numérique.
Ces indicateurs traduisent un modèle recentré sur la productivité, la polyvalence et la proximité client.
Lecture sectorielle : tendance à la consolidation et à la décarbonation
Au niveau régional, les imprimeries qui réussissent stabilisent leurs comptes par des regroupements susceptibles de lisser la charge, d’améliorer la couverture horaire et d’investir dans des outils commune mesure avec la demande. La dimension écoresponsable progresse également, avec un nombre croissant d’ateliers certifiés ou en cours de certification, répondant aux attentes des appels d’offres publics et parapublics.
Pour Les Imprimeries de Caen, cette double tendance se traduit par un positionnement clair : site unique, labels, mix technologique pragmatique et portefeuille de produits ajusté au marché régional. Une posture qui parle aux donneurs d’ordres en quête de partenaires fiables, réactifs et responsables.
Ce que signifie cette consolidation pour la filière imprimerie en normandie
La centralisation à Saint-Contest n’est pas qu’un changement d’adresse. Elle cristallise un modèle de fabrication intégrée et de gouvernance rapprochée qui rend l’atelier plus lisible pour les marchés publics et privés. Elle installe aussi une discipline de coûts et de délais indispensable pour préserver la marge sur des tirages courts.
En misant sur la modernisation, l’éco-responsabilité et la stabilité des équipes, Les Imprimeries de Caen donnent un signal au tissu économique local : l’imprimé reste un outil de communication et de conformité utile, à condition d’être produit vite, proprement et au bon coût. Le regroupement opéré depuis 2023 apparaît ainsi comme une trajectoire de résilience et d’ancrage territorial, confirmée par les indicateurs rendus publics en mai 2025.
Au-delà des chiffres, l’alignement entre gouvernance, investissement et labels fait de ce regroupement un cas d’école : une PME normande qui gagne en vitesse, en visibilité et en sobriété pour réaffirmer la place de l’imprimé dans l’économie régionale.