Qu'est-ce qui rend HeritageBike unique sur le marché ?
Découvrez comment HeritageBike révolutionne le secteur des motos électriques avec une fabrication majoritairement française.

Ateliers HeritageBike, jeune pousse annécienne, livre ses premières motos électriques avec une promesse rare dans la filière: une fabrication en grande partie française et un design néo-rétro assumé. Derrière le style, une stratégie industrielle et financière précise, pensée pour un marché du deux-roues en net repli. Cap sur un pari haut de gamme, local et mesurable.
Ateliers heritagebike mise sur une production localisée
La start-up installe sa proposition de valeur sur deux piliers: une motorisation électrique à l’usage polyvalent, et une industrialisation qui réactive des compétences dispersées sur le territoire. Selon la société, 70 % de la valeur du véhicule provient de composants français. Une promesse qui ne se limite pas au storytelling: le cadre est fabriqué dans la Sarthe, la selle vient d’Aix-les-Bains, le « réservoir » est issu de la Creuse, les jantes sont produites en France, la batterie est assemblée par Forsee Power à Poitiers, et l’assemblage final est réalisé au Mans chez Chastagner.
Ce maillage local s’enracine dans une trajectoire entrepreneuriale entamée dès 2020 avec des vélos électriques. En 2025, la société annonce 280 vélos vendus pour 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires, soutenue par une équipe d’une dizaine de collaborateurs et environ 70 actionnaires, entrepreneurs et dirigeants, majoritairement passionnés de moto. L’entreprise revendique ainsi un capital patient, en phase avec une montée en cadence progressive.
Ateliers heritagebike : chaîne de valeur localisée
Sur le plan industriel, le pari est clair: réduire la dépendance aux importations en privilégiant des composants sourcés dans l’Hexagone quand c’est possible, et en Europe pour le reste. L’organisation de la supply chain, pensée autour d’équipements structurants comme la batterie ou le cadre, vise à sécuriser les flux critiques, tout en assumant un surcoût par rapport à des achats en Asie.
Cette orientation s’accompagne d’une recherche identitaire: un design inspiré des années 1980, des choix de matériaux visibles et une finition soignée. L’objectif est de s’adresser à un public connaisseur, attaché à la qualité perçue et à la capacité de maintenance locale, souvent négligée sur l’électrique.
Repères industriels et fournisseurs
Les lieux de production cités par Ateliers HeritageBike permettent de reconstituer une cartographie industrielle utile pour l’emploi et la résilience des chaînes d’approvisionnement.
- Cadre: Sarthe.
- Selle: Aix-les-Bains.
- « Réservoir »: Creuse.
- Jantes: production française.
- Batterie: Forsee Power, Poitiers.
- Assemblage final: Chastagner, Le Mans.
Point clé: cette configuration augmente le coût unitaire mais réduit l’exposition aux risques de transport, de change et de disponibilité.
L’heritage spirit scrambler : fiche industrielle et usage
Le modèle de lancement, baptisé Heritage Spirit Scrambler, joue une partition premium. L’engin est homologué en équivalent 125 cc, limité à 99 km/h, avec une autonomie annoncée de 110 km. Cela le rend accessible à un public élargi, bien au-delà des seuls titulaires du permis A.
Sur le plan juridique, l’équivalent 125 cc permet de rouler avec un permis B, sous réserve de la formation obligatoire spécifique de 7 heures, sauf expérience antérieure éligible. Une précision essentielle pour comprendre le cœur de cible: des conducteurs expérimentés, souvent urbains ou périurbains, qui souhaitent alterner trajets quotidiens et escapades courtes, sans franchir le cap du gros cube thermique.
Côté positionnement prix, le ticket d’entrée est fixé à 25 000 euros. Ce montant dépasse la moyenne du segment 125 électrique, mais s’explique par l’empreinte industrielle revendiquée. L’entreprise indique que le coût de certains composants, notamment le cadre, est de deux à trois fois supérieur à un sourcing asiatique.
La catégorie « équivalent 125 cc » correspond à des motos électriques dont la puissance et l’usage se comparent aux 125 thermiques. En France, leur conduite est autorisée avec un permis B et une formation de 7 heures, sauf cas d’exemption précis. La vitesse maximale annoncée de 99 km/h et l’autonomie d’environ 110 km ciblent une utilisation urbaine et périurbaine, cohérente avec les formats de recharge domestique.
Le style fait partie du package. L’entreprise revendique un design rétro inspiré des années 1980, et une fabrication locale visible dans les détails.
Le parti-pris est clair: créer une moto qui coche la case émotionnelle tout en s’alignant avec des attentes environnementales croissantes chez les motards, souvent caricaturés à tort par leur appétence pour le bruit et la puissance. La marque insiste: les sensations ne disparaissent pas avec l’électrique, elles se transforment.
Cap commercial 2025-2027 et équation économique
L’entreprise adopte une montée en charge graduelle. Objectif 2025: 30 ventes. En 2026, le palier visé est 100 unités. Le choix du rythme s’explique par la nécessité de fiabiliser les flux industriels, d’affiner la maintenance et le SAV, et d’installer la marque chez des clients prescripteurs. La commercialisation se fera en achat ou en leasing.
Ateliers heritagebike : stratégie et résultats
La direction assume un positionnement au-dessus du marché sur les prix, et une logique d’amortissement longue. À ce stade, plus de 1 million d’euros ont été engagés en R et D sur deux ans et demi, pour industrialiser les premiers exemplaires.
Une levée de fonds de 4 millions d’euros est en finalisation afin de financer à la fois la R et D continue et l’expansion commerciale sur les vélos et les motos. La rentabilité est visée en 2027, soit un horizon qui suppose un mix commercial équilibré et des coûts de production stabilisés.
Le cœur de cible s’esquisse nettement: des clients de plus de 40 ans, sensibles au design iconique et à l’empreinte industrielle nationale, prêts à payer un surcoût pour un produit à forte valeur d’image et de durabilité. Cette clientèle peut être moins affectée par le durcissement de l’accès au crédit que d’autres segments, un point non négligeable dans le contexte actuel.
Points à surveiller dans l’équation économique
La trajectoire financière repose sur quelques paramètres clés, à suivre trimestre après trimestre.
- Coûts industriels: le choix du made in France augmente la facture des composants critiques. La stabilisation des volumes conditionnera la marge.
- Mix commercial: la contribution des vélos (280 unités en 2025) amortit partiellement la saisonnalité des motos.
- Financement: la levée de 4 M€ doit sécuriser le capital de travail et la R et D, en évitant une dilution excessive.
- Leasing: indispensable pour élargir la cible, sous réserve d’un taux et d’une valeur résiduelle compatibles avec le premium.
Le leasing permet d’absorber un prix public élevé via des loyers maîtrisés. Les variables clés: taux d’intérêt, durée, apport, subventions locales éventuelles, et valeur résiduelle. Sur un actif électrique premium, la perception de durabilité du pack batterie et la qualité du SAV sont déterminantes pour fixer une valeur résiduelle attractive et préserver le coût total de possession.
Marché français du deux-roues en repli: effets mesurés
Le contexte sectoriel n’a rien de confortable. Selon des analyses reprises par la profession, le marché français des deux-roues neufs a reculé au premier semestre 2025, avec une baisse autour de 8 % pour l’ensemble du parc et de 8,4 % pour l’électrique, scooters et motos confondus. Des décalages de normes et de réglementation pèsent sur la demande.
Plusieurs publications convergent: Moto-Net fait état d’un marché moto et scooter en contraction sur le premier semestre 2025, impacté par l’entrée en vigueur d’Euro 5 plus et par le renforcement du contrôle technique. Le Repaire des Motards qualifie la chute du premier trimestre 2025 de « plongeon », évoquant une baisse de l’ordre de 21 %. L’Automobile Magazine précise le 9 juillet 2025 un recul de 12 % à mi-année, dont 18 % pour les véhicules neufs et 25 % pour les cyclomoteurs, avec des segments électrique et petites cylindrées particulièrement touchés (Automobile Magazine, 9 juillet 2025).
En toile de fond, 2024 s’est déjà terminée en retrait pour l’électrique 125 cc et plus, avec 9 113 immatriculations, soit 5,4 % de moins qu’en 2023, y compris chez le leader BMW Motorrad qui a enregistré 2 259 immatriculations. La suppression du bonus écologique pour les deux-roues, fin 2024, a supprimé un amortisseur clé pour l’adoption.
Euro 5 plus: ce durcissement des normes antipollution affecte la gamme thermique en fin de vie et complexifie la transition des catalogues. Contrôle technique: son déploiement progressif pousse certains propriétaires à différer l’achat neuf en attendant une meilleure lisibilité des obligations. Pour l’électrique, la fin du bonus fin 2024 a temporairement cassé l’élan, surtout sur les petites cylindrées où la sensibilité prix est forte.
Dans ce paysage, un positionnement premium peut paradoxalement s’avérer plus résilient. Les motos dites « plaisir » résistent mieux, selon plusieurs analyses sectorielles, car leur clientèle n’achète pas uniquement « pour se déplacer » mais pour un usage passion. C’est précisément le segment que cible HeritageBike via un argument design et industriel, complémentaire à l’argument écologique.
Mobilité et climat: deux jalons à garder à l’esprit
Les travaux publics sur la mobilité indiquent que la réduction des émissions passe par une massification des mobilités actives et électrifiées. Un éclairage utile pour interpréter les chiffres de marché.
- Les pratiques vélo progressent en France, attestant d’un intérêt pour la mobilité durable.
- Les voitures particulières représentent plus de la moitié des émissions de GES du transport, d’où l’intérêt de diversifier les modes vers des alternatives moins carbonées.
Ces constats structurent l’arène concurrentielle des motos électriques premium, en offrant un socle d’acceptabilité sociétale à long terme.
Concurrents tricolores et recomposition de l’offre
Ateliers HeritageBike n’est pas seul à occuper ce créneau de l’électrique premium fabriqué en France. D’autres acteurs émergent et renforcent l’écosystème, contribuant à crédibiliser une filière nationale sur des séries encore modestes.
Dab motors : stratégie et résultats
Installée au Pays basque et rachetée en 2023 par Peugeot Motocycles, DAB Motors incarne une voie similaire: design travaillé, production localisée et mise en marché progressive. L’intégration à un groupe industriel offre des leviers de distribution et de normalisation des processus, tout en imposant une discipline prix et des cadences sous contrainte. Elle participe à la densification d’une offre premium française, utile pour faire émerger une culture des composants et du SAV locaux.
Motowatt : stratégie et résultats
Motowatt, avec une usine à Figeac dans le Lot, illustre une autre forme d’ancrage territorial, centrée sur l’industrialisation et la maîtrise des coûts de production en région. L’arrivée de ses premiers modèles électrique contribue à élargir le spectre d’options « made in France ». Cette proximité géographique avec un tissu aéronautique et de mécatronique peut créer des synergies de compétences.
Sur la scène électrique globale, les leaders historiques du thermique adaptent leurs stratégies. BMW Motorrad a conservé une position de tête sur l’électrique en 2024, mais la baisse générale des immatriculations souligne l’élasticité prix du segment. Pour les marques françaises émergentes, la bataille se joue davantage sur la valeur d’usage et la fidélisation que sur la conquête de volumes massifs à court terme.
Ce repositionnement pourrait favoriser des stratégies à la « Paul Ricard » de l’industrie: moins de masse, plus de marge et de services. Fabrication locale, circuits courts, personnalisation et suivi après-vente deviennent des différenciateurs tangibles, particulièrement pour des clients qui désirent voir et toucher leur moto en atelier, et qui apprécient la traçabilité des pièces.
Outre l’argument écologique, la fabrication locale rassure sur la réparabilité et la disponibilité des pièces. Les délais de SAV s’en trouvent souvent réduits. Pour les gammes premium, un atelier accessible, un interlocuteur direct et la possibilité d’ajustements finaux sur la moto jouent autant que la fiche technique.
Sécurité et conformité: l’angle mort à ne pas négliger
Le site gouvernemental des rappels de produits, régulièrement mis à jour, répertorie les avis concernant les automobiles et moyens de déplacement, y compris deux-roues. Une mise à jour notable a été publiée le 7 août 2025. Cette vigilance publique renforce la nécessité d’une traçabilité rigoureuse des composants et d’un suivi SAV irréprochable, surtout lors des phases de lancement de nouveaux modèles.
Un pari premium qui teste l’appétit pour le made in france
Ateliers HeritageBike joue à contre-cycle: lancement dans un marché baissier, ticket d’entrée élevé, et montée en cadence graduelle. La pièce manquante est la courbe d’apprentissage opérationnelle, qui doit compresser les coûts sans renier la promesse. Si l’intégration locale tient ses promesses, la marque peut s’ancrer dans une niche solide où l’utilisateur rémunère la qualité perçue, la traçabilité et le service.
À plus large échelle, le mouvement ouvre un débat utile sur la valeur d’un produit fabriqué en France dans la transition de la mobilité. Les publications publiques sur l’équipement vélo et la nécessité d’accélérer la transition motorisée confirment une lame de fond, même si le court terme reste chahuté par les normes et le pouvoir d’achat (notre-environnement). Dans ce contexte, la stratégie d’HeritageBike cherche moins à sur-accélérer qu’à s’installer durablement dans un segment d’initiés prêts à parier sur un objet désirable et réparable localement.
Dans un marché en repli, HeritageBike tente une voie rare: industrialiser localement un produit premium, assumer un surcoût pour gagner en valeur d’usage, et s’appuyer sur des clients prêts à financer la qualité et la proximité.