Filmer mieux, plus vite et plus sobrement. C’est le pari que Cliple, studio basé à Wasquehal, est en train de concrétiser avec une plateforme maison dopée à l’intelligence artificielle. L’entreprise, qui orchestre des tournages dans le monde entier via un réseau de 1 000 réalisateurs freelances, veut faire du numérique un levier d’efficacité mais aussi de frugalité.

Cliple met en service son hub pour industrialiser la vidéo d’entreprise

Fondée il y a 15 ans par Maxime Thieffry, Cliple s’est imposée sur le marché de la vidéo B2B en s’appuyant sur un modèle hybride. Une équipe de 20 salariés à Wasquehal pilote la relation client, le cadrage éditorial et la post-production, tandis qu’un réseau international de réalisateurs assure les tournages au plus près des sites.

Pour gagner en maîtrise opérationnelle, la direction a lancé un outil propriétaire baptisé le Hub. Montant engagé, environ 100 000 euros. Objectif, centraliser le brief, les documents de production, le suivi des tournages et la livraison, pour les équipes internes, les freelances et les clients.

Qui est cliple et où se situent ses points forts

L’entreprise réalise un chiffre d’affaires d’environ 2 millions d’euros et adresse principalement de grands groupes à l’international. Sa force de frappe tient à la standardisation des process et à la mobilisation rapide de réalisateurs locaux compétents.

Ce maillage évite d’importants déplacements d’équipes, réduit les délais, et permet une adaptation immédiate aux contraintes réglementaires locales, notamment les autorisations de tournage et la conformité sécurité sur site.

Le hub, colonne vertébrale du pilotage de projets

Le Hub agit comme un guichet unique. Il rassemble les briefs détaillés, les plans de tournage, les fichiers techniques, la messagerie et la validation client. Le brief structuré devient la pièce maîtresse qui conditionne la qualité du tournage et la fluidité de la post-production.

La direction marketing, portée par Amandine Foulon-Valentin, insiste sur l’effet de levier. Le brief représente 80 % du succès d’un tournage, rappelle-t-elle. En consolidant la préparation, Cliple sécurise la transmission d’informations aux réalisateurs locaux, qu’ils soient en Inde ou au Brésil, et réduit les erreurs sur site.

Chiffres structurants pour comprendre Cliple

Cliple combine une équipe interne et un réseau international pour industrialiser la production audiovisuelle d’entreprise, avec une stratégie d’outillage propriétaire.

  • Effectif 20 salariés basés à Wasquehal, Nord.
  • Chiffre d’affaires environ 2 millions d’euros.
  • Réseau 1 000 réalisateurs freelances dans le monde.
  • Investissement numérique 100 000 euros pour développer le Hub.
  • Positionnement production décentralisée, standardisée, orientée grands comptes.

Ia opérationnelle, des rushes au sous-titrage, la chaîne de valeur accélérée

Cliple ne s’est pas contentée d’un espace projet. Le Hub embarque des briques d’IA pour classer, indexer et retrouver les rushes, générer des sous-titres synchronisés et proposer des traductions multi-langues. Le tout avec une logique de bibliothèque vivante pour enrichir le capital vidéo des clients dans le temps.

Sur la partie post-production, les temps morts s’érodent. Le tri automatique et le tagging facilitent la recherche par lieu, séquence, intervenant, type de plan. Les monteurs gagnent en vitesse et en précision, ce qui limite les allers-retours avec le client et fluidifie la validation.

Autre levier, l’IA supporte la production de formats courts pensés pour les réseaux sociaux. Un même tournage peut, en quelques itérations, alimenter une capsule RH, un teaser produit et une pastille institutionnelle, avec adaptation multi-territoires via sous-titrage localisé.

Upcycling vidéo, qualité constante, impact carbone contenu

La stratégie de Cliple s’inscrit dans une démarche que son PDG résume ainsi. Toute notre approche tend vers la frugalité, souligne Maxime Thieffry. L’idée est d’augmenter la valeur tirée d’un tournage unique, plutôt que de multiplier les déplacements.

Amandine Foulon-Valentin confirme l’appétence des clients pour cet upcycling. Produire plusieurs contenus à partir d’une même journée de tournage devient une pratique attendue, en particulier pour les directions marketing qui doivent alimenter plusieurs canaux sans explosion des budgets.

L’upcycling vidéo consiste à réutiliser, réorganiser et prolonger la durée de vie d’un tournage en générant des formats dérivés adaptés à des usages variés. Concrètement, un film institutionnel peut donner lieu à des versions verticales pour réseaux sociaux, des capsules thématiques par métier, des extraits pour l’onboarding ou la formation interne.

Le Hub facilite cette logique en indexant finement les rushes, ce qui accélère l’assemblage de séquences. L’IA intervient sur la recherche d’images, la transcription, la synchronisation et la traduction, sans remplacer l’œil du monteur sur le rythme, le son et l’étalonnage.

Générative vidéo, veo3 en renfort ciblé sans supplanter les tournages

Cliple a ouvert son Hub à des capacités d’IA générative, notamment Veo3 de Google, pour créer des séquences illustratives à partir de prompts textuels. L’entreprise encadre ces usages et pose une frontière nette. Les images authentiques restent indispensables, insiste Amandine Foulon-Valentin. La communauté de réalisateurs et la qualité des monteurs ne sont pas substituables.

Les cas d’usage privilégiés concernent l’illustration d’un service difficile à filmer, la mise en scène d’un processus industriel inaccessible, ou la projection d’un produit dans un environnement virtuel. Cette approche, complémentaire des tournages, évite certains déplacements lourds tout en conservant la cohérence éditoriale.

Maxime Thieffry assume une logique coût-qualité-impact. C’est l’opportunité de proposer plus à nos clients, avec une approche plus frugale. Le bilan carbone des IA génératives est critiqué, mais il demeure inférieur à celui d’un envoi d’équipe à l’étranger pour quelques plans spécifiques.

Cliple, limites d’usage et garde-fous opérationnels

Pour éviter la confusion entre images captées sur site et séquences générées, Cliple cadre ses livrables et maintient un contrôle éditorial fort. La traçabilité des médias est assurée dans le Hub, volet par volet. Les inserts génératifs restent identifiables pour les équipes internes et pour le client, afin de sécuriser les droits et la communication.

La question de la concurrence entre méthodes traditionnelles et IA générative est adressée par la notion de complémentarité. Le tournage apporte authenticité et crédibilité. La génération permet l’illustration rapide de concepts abstraits. L’arbitrage se fait sur le terrain de la valeur ajoutée, pas sur la substitution systématique.

Repères juridiques autour des images générées

En France, plusieurs enjeux se cumulent lorsque des contenus génératifs sont intégrés à un film d’entreprise.

  • Droit d’auteur vérification des licences applicables aux sorties d’outils génératifs et respect des droits des éléments tiers éventuellement incorporés.
  • Droit à l’image prudence sur la représentation de personnes reconnaissables générées ou synthétisées, pour éviter toute atteinte à la vie privée.
  • Propriété intellectuelle client clarification contractuelle de l’assignation des droits d’exploitation des livrables finaux, y compris séquences générées.
  • Marquage et traçabilité maintien d’un inventaire des contenus générés pour répondre aux demandes internes, juridiques ou réglementaires.

Adoption de l’ia dans les pme, un rattrapage en cours mais contrasté

Cliple se positionne dans un paysage français encore hétérogène. En 2024, 10 % des entreprises installées en France utilisaient au moins une technologie d’IA, soit une hausse de 4 points sur un an, selon l’Insee (Insee Première 2061). La progression est réelle, mais l’écart avec d’autres pays européens persiste.

Chez les PME, les indicateurs varient selon les panels. Une étude relayée à l’été 2025 fait état d’environ 32 % des PME engagées dans l’IA au quotidien, quand d’autres sources estiment que deux PME sur trois utiliseraient déjà des briques IA, surtout pour des tâches simples. Le message commun reste le même. Les usages se diffusent, mais la maturité est inégale, par taille, âge ou secteur.

Le gouvernement tente d’amplifier le mouvement avec le plan Osez l’IA, lancé en juillet 2025 par Bercy, qui propose accompagnement, diagnostics et kits prêts à l’emploi pour les TPE et PME, afin d’opérationnaliser des cas d’usage concrets et mesurables.

Métriques Valeur Évolution
Entreprises en France utilisant au moins une IA en 2024 10 % +4 points vs 2023
PME françaises intégrant l’IA au quotidien en 2025 32 % Hausse attendue
PME françaises utilisant des briques IA en 2025 2 sur 3 Usage surtout basique
Cliple, réseau de réalisateurs freelances 1 000 Actif mondial
Cliple, investissement dans le Hub 100 000 € Mise en service récente
Cliple, chiffre d’affaires 2 M€ Modèle stabilisé

Le plan cible la diffusion de cas d’usage concrets plutôt que la technologie pour la technologie. On y trouve des diagnostics, du cofinancement de parcours d’adoption, des ressources de formation et des espaces d’échanges pour les directions. Ambition affichée, rendre l’IA accessible à toutes les tailles d’entreprise et à tous les secteurs, y compris ceux peu digitalisés (plan présenté par le Ministère de l’Économie, juillet 2025).

Pour une entreprise comme Cliple, ces dispositifs peuvent soutenir l’extension du Hub, la montée en compétences et la formalisation de la gouvernance IA.

Gouvernance, compétences et cadre légal, la condition d’une ia utile

L’IA n’a de valeur que bien intégrée. Cliple a nommé un référent IA chargé de la veille, de la formation interne et du contrôle qualité des prompts et des workflows. Ce rôle hybride, à la croisée des métiers techniques et éditoriaux, évite la dispersion et le temps perdu sur des essais non productifs.

Amandine Foulon-Valentin pointe une limite structurelle. L’offre de formation disponible n’est pas encore au niveau d’expertise souhaité. Sur le terrain, il faut assembler des compétences de cadrage, de narration, d’étalonnage et de data pour transformer des suggestions d’IA en images exploitables rapidement.

Organisation interne chez cliple, lignes directrices opérationnelles

Cliple structure sa démarche autour de quelques principes simples et mesurables. L’IA doit accélérer, sécuriser et alléger l’empreinte, sans dégrader la qualité perçue.

  • Gouvernance des données centralisation des rushes, horodatage, tagging normalisé, droits d’accès par profil.
  • Qualité éditoriale révisions humaines systématiques sur le dérushage, les sous-titres et les exports finaux.
  • Traçabilité journalisation des actions IA et des séquences générées, pour audit et conformité.
  • Standardisation modèles de brief, checklists de tournage, nomenclatures multilingues pour uniformiser la production mondiale.

Ce cadre limite les risques et maximise la réutilisation des séquences au fil des projets. L’alignement avec la réglementation se traduit par une politique RGPD, une contractualisation des droits d’exploitation et une vigilance sur les contenus synthétiques.

Bon à savoir, RGPD et post-production vidéo

Les workflows IA appliqués à la vidéo impliquent le traitement de données personnelles, notamment la voix et l’image des collaborateurs filmés.

  1. Base légale définir la finalité, l’intérêt légitime et informer les personnes filmées via des mentions adaptées.
  2. Durées encadrer les temps de conservation des rushes et des projets exportés.
  3. Sous-traitance vérifier les clauses de protection des données avec les freelances et les fournisseurs d’IA.
  4. Transferts maîtriser les flux hors UE en cas d’outils cloud ou d’inférence externalisée.

Impact économique et climatique, la frugalité comme boussole

La direction de Cliple revendique une approche frugale. Mieux organiser, mieux réutiliser, moins se déplacer. Cette équation se traduit à la fois en efficacité opérationnelle et en réduction d’empreinte carbone. Un tournage optimisé et upcyclé délivre plus de valeur sans multiplier les jours de plateau.

Sur le plan financier, l’investissement de 100 000 euros dans le Hub vise un triple effet. D’abord, baisse des temps non productifs sur le dérushage, la recherche d’images et la coordination. Ensuite, augmentation du panier moyen par la vente de déclinaisons multi-formats et multi-marchés. Enfin, différenciation concurrentielle par la vitesse d’exécution et la qualité de service.

Points d’attention économiques pour les directions financières

Une intégration IA réussie ne se résume pas à l’automatisation. La valeur vient de la capacité à industrialiser la réutilisation sans altérer la qualité.

  • Structure de coûts économies sur post-production répétitive, mais maintien de l’expertise de montage haut de gamme.
  • Risques de cannibalisation limiter l’effet prix en repositionnant l’offre sur des packs multi-usage plutôt que sur l’unitaire.
  • Capacité de délivrance l’outillage permet d’absorber plus de projets sans massifier l’effectif, donc effet de levier sur la marge.
  • Qualité client gains de délai et de cohérence entre supports, indicateurs clés pour fidéliser les comptes internationaux.

Les directions financières peuvent structurer un ROI simple autour de trois agrégats.

  1. Temps gagnés mesurer l’avant et l’après sur dérushage, sous-titrage, synchronisation et reformatage. Valoriser les heures économisées au coût interne.
  2. Revenus additionnels quantifier les ventes de déclinaisons multi-formats et multi-langues rendues possibles par l’outillage.
  3. Coûts évités estimer les déplacements non réalisés grâce à des séquences génératives d’illustration et à la mobilisation de réalisateurs locaux.

Le ROI se calcule alors en rapprochant ces gains de l’investissement initial et des coûts récurrents d’outillage, licences et hébergement.

Lecture nationale, entre accélération mesurée et impératif de compétences

Le cas Cliple illustre un mouvement plus large. Les PME françaises avancent, mais avec des rythmes différents selon les secteurs et la profondeur d’intégration. L’Insee relève une progression et le plan public Osez l’IA pousse les entreprises à industrialiser des cas utiles plutôt qu’à multiplier les pilotes symboliques.

Pour Cliple, l’ambition ne se résume pas à la technologie. Le Hub est un instrument d’orchestration, et l’IA un moteur d’accélération. La valeur se matérialise quand l’ensemble du cycle de production est repensé, du brief à la diffusion, en passant par la gouvernance des données et la traçabilité des médias.

La mise en garde est claire. Sans compétences, l’IA ralentit plus qu’elle n’accélère. En nommant un référent IA, en formalisant les standards et en articulant le travail des réalisateurs avec les assistants algorithmiques, Cliple transforme sa chaîne de valeur sans renoncer à l’exigence éditoriale.

Au passage, la réduction des déplacements internationaux apaise la tension entre impératifs marketing, contraintes budgétaires et responsabilité environnementale. Les outils génératifs, employés à bon escient, constituent un amortisseur carbone pertinent à l’échelle d’une production, tout en maintenant un niveau de qualité conforme aux attentes des grands comptes.

Cap sur un modèle audiovisuel plus sobre et mieux outillé

En industrialisant son Hub et en activant des briques d’IA ciblées, Cliple cherche un équilibre entre productivité, qualité et frugalité. Le cadre mis en place, de la gouvernance des données au contrôle éditorial, crée les conditions d’un déploiement sûr et utile, sans opposer l’humain à la machine.

La trajectoire de l’entreprise laisse entrevoir une vague d’adoption pragmatique dans les PME. Le cœur de l’histoire tient dans l’exécution, la montée en compétences et la capacité à prouver, chiffres à l’appui, que le numérique bien conçu améliore la performance tout en allégeant l’empreinte. Dans ce mouvement, Cliple illustre une voie praticable pour les PME, où l’IA renforce la maîtrise opérationnelle et ouvre des marges de manœuvre économiques et environnementales.