Quelles évolutions pour l'autopartage Citiz à Strasbourg ?
Découvrez comment Citiz adapte son service à Strasbourg après l'arrêt du Yea! et ce que cela signifie pour les usagers.

Citiz tourne une page à Strasbourg. La coopérative d’autopartage met fin à son service de dépose-libre Yea! et renforce ses stations fixes, réorientant ses investissements vers des offres plus utilisées et plus rentables. L’enjeu est clair: préserver la croissance tout en consolidant un modèle économique compatible avec la réglementation locale et les attentes des usagers urbains.
Fin du service yea! à strasbourg: calendrier, périmètre et signal envoyé
Le service de dépose-libre Yea! cessera ses opérations le 31 août 2025. À Strasbourg, cette offre se matérialisait par une dizaine de Smart rouges circulant dans des zones prédéfinies de trois communes de l’Eurométropole. Le principe était simple: prise et restitution libres, sans station attitrée, à l’intérieur d’un périmètre autorisé.
Ce retrait marque l’arrêt d’un format qui, malgré sa souplesse, n’a pas trouvé son équilibre financier. Les véhicules en libre dépose exigent en effet des frais de repositionnement et de supervision importants, avec une volatilité de la demande qui complique la planification opérationnelle.
Ce qui change pour les usagers dès fin août 2025
Les abonnés ne verront plus les petites voitures rouges sur leur application ni en voirie. Les trajets à la volée laissent place à une utilisation en stations fixes, baptisées les Vertes chez Citiz, avec réservation obligatoire et emplacement garanti au départ comme au retour.
Le basculement est gradué: les véhicules restants de Yea! sont progressivement réaffectés au parc en station, afin d’assurer une continuité de service pour les abonnés qui circulaient auparavant en free-floating.
Repères clés sur Yea! à Strasbourg
Date d’arrêt: 31 août 2025.
Format: dépose-libre dans des zones dédiées, sans station fixe.
Flotte visible: environ 10 Smart rouges sur 3 communes de l’Eurométropole.
Motif principal: absence de rentabilité structurelle malgré un socle d’utilisateurs fidèles.
Rentabilité en berne et arbitrages d’offre: les raisons du retrait
Derrière cette décision, un diagnostic chiffré. Sur 12 000 abonnés, seulement 150 utilisateurs réguliers recouraient à Yea!. La tendance baissière des réservations s’observe depuis mi-2023, sans redressement durable.
Plusieurs facteurs s’additionnent. Les utilisateurs privilégient l’autopartage en station, jugé plus fiable pour planifier leurs trajets. En parallèle, l’essor des vélos en libre-service et l’attractivité des transports en commun ont absorbé des trajets courts, cœur de cible du free-floating. Dans l’Eurométropole, le déploiement de la ZFE structure aussi les choix modaux vers des solutions plus intégrées.
Un modèle opérationnel structurellement coûteux
Le free-floating impose un niveau de pilotage élevé: relocalisation des véhicules, contrôle de l’état de la flotte, couverture de zones larges, gestion des aléas de stationnement. La densité d’usage doit être très forte pour couvrir ces coûts. Or, à Strasbourg, la volumétrie n’a pas permis d’atteindre la masse critique recherchée.
- Dispersion de la demande sur des micromarchés de quartier
- Coûts de repositionnement et de contrôle qualité élevés
- Concurrence de proximité des offres cyclables et des bus-tram
- Préférence utilisateur pour la prévisibilité des stations fixes
Dans un service en dépose-libre, l’équilibre financier dépend d’un triptyque délicat: rotation élevée des véhicules dans une zone restreinte, coûts unitaires de repositionnement maîtrisés, et taux de disponibilité perçu élevé. Si l’un des trois se dégrade, le taux d’utilisation marginal chute et la rentabilité décroche.
La multiplication des événements de repositionnement, la gestion des règles locales de stationnement et le suivi des petits sinistres génèrent des coûts variables difficiles à lisser. Face à cela, le modèle en station internalise la contrainte de stationnement et stabilise la rotation.
Réallocation des actifs et montée en puissance des stations citiz
Citiz convertit l’arrêt de Yea! en opportunité de densification de son réseau en station. Les véhicules libérés rejoignent le parc des Vertes, avec un renforcement d’environ 20 unités à l’automne 2025. L’objectif affiché: rapprocher l’offre des points de vie et de transport pour déverrouiller les trajets du quotidien.
Le calendrier d’intégration des véhicules
La bascule s’effectue en plusieurs lots, afin de ne pas perturber l’accès aux véhicules dans les quartiers les plus équipés. Citiz privilégie les stations à proximité des pôles d’échange et des zones à forte demande diurne comme nocturne.
Ce redéploiement vise un effet immédiat: augmenter la probabilité de trouver un véhicule disponible à moins de dix minutes à pied, tout en améliorant la qualité de service via une maintenance plus centralisée.
Extension du réseau en 2024 et 2025
L’année 2024 a été marquée par 35 nouvelles stations ouvertes dans l’agglomération strasbourgeoise, incluant une implantation à la gare de Bischheim. La trajectoire se poursuit en 2025 avec 25 stations supplémentaires prévues, pour un parc qui dépasse désormais 400 véhicules dans le Grand Est.
Cette progression traduit une stratégie claire: maximiser la proximité et lisser la demande entre quartiers, un levier central pour relever le nombre de réservations par véhicule et par jour.
Les Vertes en trois points
- Stations identifiées: point de départ et de retour garantis, sans aléa de stationnement.
- Prévisibilité: planification d’usage facilitée pour les trajets réguliers et professionnels.
- Coûts stabilisés: exploitation plus robuste, mutualisation de la maintenance et de la logistique.
Indicateurs financiers et dynamique de marché
Au premier semestre 2024, Citiz a enregistré un chiffre d’affaires de 11,1 millions d’euros, en progression de 13,4 % sur un an. Cette performance s’inscrit dans un environnement macroéconomique ralenti, avec une croissance du PIB de 1,2 % en 2024 en France, selon l’Insee (Insee Première n°2053).
Le débrayage de Yea! ne contredit pas cette dynamique. Il la confirme même: l’allocation du capital se concentre sur les lignes profitables et sur les zones d’usage où l’élasticité prix-service favorise la demande. La coopérative, organisée en SCIC, peut arbitrer avec une logique d’impact durable, sans renoncer à la discipline économique.
Une croissance de chiffre d’affaires supérieure à la progression du PIB reflète un arbitrage budgétaire des ménages et des entreprises vers des mobilités plus frugales en possession. L’autopartage bénéficie de cet effet substitution, notamment sur les seconds véhicules et les usages intermittents.
Le retrait du free-floating au profit des stations maximise l’efficacité capitalistique: moins de kilomètres à vide, plus de réservations par véhicule, et donc une meilleure conversion des coûts fixes en revenus. La discipline de réseau devient un levier de marge.
Lecture rapide du signal financier
Message principal: réallouer vers les stations, plus rentables, pour soutenir la croissance.
Conséquence opérationnelle: maillage plus dense et disponibilité accrue, notamment près des hubs CTS.
Environnement: PIB 2024 à +1,2 % en France, la mobilité partagée surperforme en valeur (Insee Première n°2053).
Réglementation locale et usage: la zfe comme catalyseur d’intermodalité
L’Eurométropole de Strasbourg renforce sa Zone à Faibles Émissions, où l’accès des véhicules les plus polluants est restreint selon des critères Crit’Air. Ce cadre incite les ménages et les entreprises à réduire le nombre de véhicules thermiques en propriété et à recourir davantage aux offres partagées, dont l’autopartage.
Dans ce contexte, les stations Citiz deviennent des ancrages de l’intermodalité. Leur positionnement à proximité des arrêts de tram et des pôles bus facilite l’enchaînement des modes: un trajet principal en transport collectif, puis un complément en autopartage pour les déplacements de dernier kilomètre, les courses ou les rendez-vous hors axe.
Zone réglementée et comportements de mobilité
La présence d’une zone réglementée façonne les préférences d’usage. Elle renforce la valeur de la garantie d’accès offerte par les stations en cœur de périmètre, accessibles avec des véhicules compatibles ZFE. Le caractère prévisible et conforme aux règles locales devient un avantage concurrentiel.
Interopérabilité avec le réseau cts
Sans être fusionné au système de billettique, l’autopartage peut se brancher fonctionnellement aux lignes structurantes. Les stations placées à proximité des lignes A, B, C ou à côté des parkings relais amplifient l’intérêt économique d’un abonnement combiné transports et autopartage.
- Moins de contraintes pour les usagers dans la ZFE
- Optimisation des correspondances aux pôles multimodaux
- Rationalisation des coûts via une utilisation ciblée des véhicules partagés
Le périmètre ZFE et ses évolutions temporelles obligent à anticiper la composition de flotte et son renouvellement. Les opérateurs d’autopartage doivent calibrer la part de véhicules électriques et hybrides, adapter le réseau de recharge et veiller au respect des critères de circulation au fil des durcissements réglementaires.
Pour l’usager, la lisibilité des règles et des zones autorisées est un élément clé de confiance. Le positionnement des stations, leur signalétique et l’information temps réel participent au respect de la ZFE et à l’adoption du service.
Gouvernance coopérative et promesse de durabilité
Citiz opère sous statut de société coopérative d’intérêt collectif. Ce modèle multi-parties prenantes aligne collectivités, salariés et usagers autour d’objectifs d’utilité sociale, de résilience et d’innovation. Dans la mobilité, cela se traduit par des stratégies d’investissement davantage indexées sur le service rendu que sur l’hyper-croissance.
La réorientation vers l’autopartage en station illustre cette logique: une croissance maîtrisée, appuyée sur des actifs tangibles et une qualité de service mesurable. Elle répond à la demande d’une mobilité sobre et accessible, en cohérence avec les ambitions environnementales locales.
Le concept de scic appliqué à la mobilité partagée
Dans une SCIC, la valeur créée ne se résume pas au résultat comptable. Elle inclut la réduction de la congestion, l’optimisation du stationnement et la baisse des émissions. Les arbitrages d’offre peuvent ainsi privilégier ce qui est économiquement soutenable et socialement utile, plutôt que ce qui est spectaculaire mais fragile.
Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large: la montée des secteurs innovants et services urbains qui contribuent à la transformation des usages, un mouvement souligné par des publications publiques récentes sur l’économie des services et de la culture, au sens large, dans l’économie française.
Points d’attention pour les collectivités partenaires
- Maillage territorial: prioriser les stations près des pôles d’échange et des zones résidentielles denses.
- Complémentarité modale: intégrer l’autopartage aux plans de mobilité, avec signalétique commune et accès simplifié.
- Qualité de l’espace public: réserver des emplacements visibles et conformes à la ZFE, pour éviter les conflits d’usage.
- Suivi d’impact: mesurer la substitution à la voiture individuelle et la baisse des kilomètres à vide.
Regards croisés: arbitrage stratégique et attentes marché
Mettre fin à un service est un choix sensible. Ici, le signal est maîtrisé: Yea! s’éteint, mais le cœur de l’offre s’étoffe. Les indicateurs commerciaux indiquent une traction solide des stations fixes, plébiscitées par les abonnés pour la fiabilité, la disponibilité et le coût complet maîtrisé.
Pour les entreprises et indépendants, l’autopartage en station présente un intérêt budgétaire: pas de capital immobilisé, pas de gestion de flotte, une tarification prévisible et des véhicules compatibles ZFE. Cette combinaison pèse dans la balance, alors que les lignes budgétaires dédiées à la mobilité sont scrutées au plus près.
Effets attendus de la densification des stations
Le renforcement du réseau doit se traduire par une hausse du taux d’utilisation par véhicule et par une dispersion plus fine des stations dans la métropole. Cela réduit le temps de marche, augmente la satisfaction et stabilise l’exploitation.
- Accessibilité accrue: davantage de stations à 5-10 minutes à pied
- Expérience meilleure: moins de renoncement à la location faute de disponibilité
- Performance économique: flux plus denses sur un nombre stabilisé de véhicules
Les données d’usage sont sans appel: 150 utilisateurs réguliers pour 12 000 abonnés. La niche de marché subsistait, mais trop étroite pour justifier les coûts d’un dispositif libre. Le report de la demande vers les offres cyclables et la qualité du réseau CTS ont aussi contraint l’espace de marché du free-floating.
Dans ce contexte, prioriser l’ancrage stationnaire permet de mieux convertir la demande globale d’autopartage, avec des actifs mieux utilisés et des indicateurs de satisfaction plus stables.
Trajectoire 2025: recentrage assumé sur l’autopartage en station
Le second semestre 2025 doit acter la fin de Yea! et l’intégration des derniers véhicules au réseau stationnaire. À la clé, une offre plus lisible, des coûts d’exploitation contenus et des taux d’utilisation ciblés à la hausse.
Dans une métropole qui consolide sa ZFE, cette stratégie a de la cohérence: l’autopartage en station, connecté aux hubs de transport, devient une colonne vertébrale de la mobilité quotidienne. La trajectoire est pragmatique, lisible et alignée avec les attentes d’efficacité des usagers et des entreprises.
Ce qu’il faut retenir pour la suite
Citiz met fin à Yea! le 31 août 2025, renforce ses stations, sécurise sa trajectoire financière et s’aligne sur la ZFE pour offrir une mobilité partagée plus prévisible, plus proche et plus durable.