Comment les biosolutions transforment l'agriculture en Europe ?
Découvrez comment une alliance entre Agri Sud-Ouest Innovation et Innov'Alliance booste les biosolutions en agriculture.

Trois pôles d’innovation, deux pays moteurs et une ambition européenne: accélérer l’essor des biosolutions pour transformer l’agriculture. En s’alliant, Agri Sud-Ouest Innovation, Innov’Alliance et Wagralim posent les bases d’un réseau transfrontalier qui veut concilier performance économique, exigence environnementale et souveraineté alimentaire. Un signal fort envoyé aux filières, aux investisseurs et aux pouvoirs publics.
Une alliance transfrontalière pour accélérer les biosolutions
Agri Sud-Ouest Innovation, basé à Toulouse, et Innov’Alliance, ancré à Avignon, unissent leurs forces avec Wagralim, leur homologue belge, afin de structurer un réseau européen dédié aux biosolutions. Ce dispositif, validé dans le cadre des Stratégies de spécialisation intelligente de l’Union européenne, vise à fédérer une dizaine de clusters d’innovation issus de sept pays.
Le projet affiche des objectifs opérationnels clairs: accélérer l’industrialisation et le déploiement de biopesticides, biofertilisants et solutions de biocontrôle, tout en renforçant l’appui aux PME et aux ETI de l’amont agricole à l’agroalimentaire. La feuille de route porte notamment sur l’émergence de projets collaboratifs, la mise en réseau des plateformes d’essais et la circulation des compétences.
Les deux pôles français mobilisent des communautés importantes: environ 400 membres pour Agri Sud-Ouest Innovation en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, près de 450 pour Innov’Alliance sur l’arc méditerranéen et la vallée du Rhône. Wagralim, structuré autour de l’innovation agroalimentaire en Belgique, apporte une connaissance fine des besoins industriels et des marchés à l’export.
Biosolutions: périmètre et impact
Les biosolutions regroupent des produits et procédés issus de mécanismes naturels: micro-organismes, extraits végétaux, médiateurs chimiques, macrobiodiversité utile, mais aussi technologies de précision qui réduisent l’usage de synthèse.
Leur intérêt économique tient à plusieurs leviers:
- Réduction de dépendance aux intrants de synthèse et aux importations.
- Résilience agronomique face au stress hydrique et aux bioagresseurs.
- Accès marché via les cahiers des charges et attentes RSE aval.
Agri sud-ouest innovation : trajectoire et résultats
Pôle créé en 2007, Agri Sud-Ouest Innovation revendique l’accompagnement de plusieurs centaines de projets d’innovation, avec un effet d’entraînement sur les investissements privés et publics. Son ancrage dans des régions agricoles majeures permet de fédérer coopératives, start-up, instituts techniques et industriels.
La dynamique de ce pôle a nourri des expérimentations structurantes autour des solutions alternatives aux produits phytosanitaires, avec une culture des projets multi-acteurs: agriculteurs pilotes, plateformes d’essais, laboratoires académiques et PME technologiques.
Innov’alliance : spécialisation et emploi
Innov’Alliance couvre un spectre articulé autour des ingrédients naturels, des arômes, de la cosmétique et de l’agroalimentaire. La montée en puissance des biosolutions y croise des enjeux de formulation, d’éco-extraction et de valorisation de coproduits.
Ces dernières années, le pôle a multiplié les projets labellisés dans les biotechnologies industrielles et le biocontrôle, contribuant à l’émergence d’emplois qualifiés dans la filière de la bioéconomie et des intrants biologiques.
Wagralim : interface agroalimentaire et marchés
Wagralim complète le triptyque avec une expertise dans l’innovation agroalimentaire orientée vers les marchés européens. Son réseau d’industriels et de centres de recherche ouvre des passerelles entre innovations de l’amont agricole et applications aval: qualité, sécurité, nutrition, formulation d’ingrédients.
Cette complémentarité franco-belge envoie un signal d’alignement stratégique aux autres clusters visés: Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas et Portugal étant cités comme partenaires pressentis pour élargir la collaboration.
La Stratégie de spécialisation intelligente actée par l’UE valorise l’alignement entre atouts régionaux et priorités européennes d’innovation. Cette validation facilite:
- La lisibilité du réseau auprès des financeurs européens.
- L’accès coordonné à des appels Horizon Europe et aux dispositifs interrégionaux.
- La mise en cohérence des plateformes d’essais et des feuilles de route technologiques.
Architecture du réseau, gouvernance et guichets européens
Le cœur du dispositif tient en trois piliers: une gouvernance agile multi-clusters, des guichets de financement identifiés et des ressources techniques partagées. La structure attendue privilégie des lots de travail concertés: cartographie des besoins, normalisation des essais, industrialisation, mise sur le marché.
Le réseau s’inscrit dans la priorité européenne de réduction de l’usage et du risque des pesticides, objectif politique fixé à 50 pour cent d’ici 2030. Il se veut un outil pour démontrer la faisabilité économique d’alternatives, au plus près des contraintes des exploitations et des filières.
Au-delà des chiffres, la valeur de la coordination réside dans des standards partagés. Les protocoles d’essais au champ, les méthodes d’évaluation agronomique et les gabarits réglementaires forment des actifs immatériels critiques. La mutualisation rend possible une accélération de l’homologation et un coût d’accès au marché réduit pour les PME.
Les appels collaboratifs européens, notamment via les clusters thématiques d’Horizon Europe, constituent des relais évidents pour financer les démonstrateurs industriels, les plateformes de phénotypage et les essais multicentriques. Le réseau se positionne comme guichet d’orchestration pour candidater en consortium international, sans disperser les moyens.
Pour un porteur de projet, quatre leviers se combinent:
- Horizon Europe: actions de recherche et d’innovation, démonstrateurs, plateformes.
- Interreg et S3: coopérations transfrontalières ciblées, valorisation régionale.
- Programmes nationaux: appels France 2030, ADEME et Bpifrance sur la bioéconomie.
- Financements privés: corporate venture d’industriels agro, fonds à impact, dette verte.
Les clusters facilitent le montage, la mise en relation et la structuration IP des projets.
Des projets régionaux qui ont servi de banc d’essai
Le réseau européen s’appuie sur des expériences concrètes. Deux initiatives structurantes ont préparé le terrain: BiosolutioNA, lancé en 2022 en Nouvelle-Aquitaine, et BiosolutionOCC, démarré en 2024 en Occitanie. Leur point commun: confronter des solutions biologiques à des itinéraires techniques réels, sur multiples cultures et contextes pédoclimatiques.
Ces projets ont joué un double rôle. D’abord, consolider un vivier de technologies prêts à l’essaimage: formulations microbiennes, extraits végétaux, outils d’aide à la décision et capteurs. Ensuite, calibrer les modèles économiques au plus près des exploitations: coût total de possession, besoins de formation, adaptations logistiques.
Ils ont également permis de mettre en place des méthodes d’évaluation partagées: critères d’efficacité, impacts sur la biodiversité fonctionnelle, performance agronomique à parcelle et à exploitation, interactions avec la pulvérisation et le matériel existant. Cette standardisation est un prérequis pour la future reconnaissance multi-pays.
Bancs d’essai: ce qui fait la différence
Trois facteurs conditionnent la réussite d’un démonstrateur:
- Réplicabilité interrégionale: mêmes protocoles, contextes distincts.
- Mesure fine des co-bénéfices: biodiversité, qualité des sols, eau.
- Intégration dans les calendriers culturaux et les contraintes de main-d’œuvre.
Des retours d’expériences étayés facilitent ensuite l’homologation et l’assurance récolte.
Le biocontrôle en France s’appuie sur des solutions:
- Micro-organismes antagonistes des pathogènes.
- Substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale.
- Phéromones et médiateurs pour confusion sexuelle et piégeage.
- Macro-organismes auxiliaires pour la lutte biologique.
Le cadre national et européen vise à accélérer l’évaluation de ces produits tout en garantissant la sécurité pour l’utilisateur et l’environnement.
L’appui public en france et le rôle structurant de l’ofb
La dynamique française s’articule autour d’un double cap: faire progresser la part de l’agriculture biologique et réduire l’usage des pesticides. Les travaux de prospective du Ministère de l’Agriculture prolongent cette trajectoire, avec des scénarios à 2040 qui insistent sur la résilience aux chocs climatiques et la place des biosolutions dans les systèmes de culture.
Les régions ont, depuis plusieurs décennies, soutenu la conversion et le maintien en bio, complétant les aides nationales par des dispositifs territorialisés. Les analyses récentes soulignent l’effet de levier de ces politiques sur la transition agroécologique, mais aussi la nécessité d’une ingénierie de projet solide pour transformer l’essai à grande échelle.
Au centre du jeu, l’Office français de la biodiversité renforce l’articulation entre agriculture et vivant. Son action met en avant les pratiques agroécologiques qui soutiennent la biodiversité fonctionnelle, un socle indispensable aux performances des solutions biologiques: habitats pour auxiliaires, infrastructures paysagères, gestion de l’eau et des sols.
L’OFB accompagne des projets de biocontrôle et des initiatives territoriales qui visent à rétablir des équilibres écologiques à la parcelle et au paysage. Cet ancrage territorial est stratégique: il conditionne l’acceptation sociale, l’appropriation par les agriculteurs et l’essaimage vers d’autres bassins de production.
Mesurer les gains environnementaux sans biais
Pour piloter la transformation, la quantification robuste des impacts est clé:
- Suivi des indices de biodiversité dans et autour des parcelles.
- Mesure de la santé des sols: carbone, structure, activité biologique.
- Qualité de l’eau: réduction des transferts de substances actives.
- Indicateurs agroéconomiques: marge brute, coûts opérationnels, risques.
Des protocoles harmonisés facilitent la comparaison intersites et le dialogue avec les financeurs.
Le cadre européen apporte une assise budgétaire avec Horizon Europe, doté de 95,5 Md€ pour 2021-2027 (Horizon Europe). À l’échelle nationale, les orientations récentes renforcent la place des biosolutions dans les trajectoires d’investissement et de formation, avec un accent mis sur les compétences de mise en œuvre sur le terrain.
Innovations et marché: de la robotique au biocontrôle
L’écosystème d’innovation autour des biosolutions se transforme rapidement. D’un côté, les biotechnologies fournissent micro-organismes, extraits naturels et médiateurs chimiques. De l’autre, la robotique agricole et le numérique assurent une application ciblée, des opérations de désherbage mécanique et une collecte de données agronomiques fine.
La combinaison des deux est décisive: elle permet d’optimiser les fenêtres d’intervention, de réduire les doses et d’intégrer les biosolutions dans des itinéraires techniques robustes. Dans les vignes, le maraîchage et les grandes cultures, la tendance est à l’association de capteurs, d’outils de pulvérisation de précision, et de solutions de protection biologique intégrée.
Naïo technologies : robotique de désherbage en support des biosolutions
En France, des acteurs comme Naïo Technologies déploient des robots dédiés au désherbage mécanique dans le maraîchage et la viticulture. Ce type d’équipement, complémentaire des biosolutions, réduit la pression herbicide tout en maintenant une efficacité opérationnelle sur des cultures à forte valeur.
Le retour d’expérience montre que la synergie robotique-biocontrole fonctionne mieux avec une formation ciblée et des plans de culture adaptés: séquences de passage, gestion des couverts, réglages selon stade phénologique.
Biocontrôle par auxiliaires : micro-guêpes et coccinelles
Le recours aux auxiliaires comme les micro-guêpes pour réguler certains ravageurs illustre l’apport d’une protection biologique intégrée dans les systèmes. Le succès repose sur un diagnostic précis: densité de ravageurs, seuils d’intervention, disponibilité d’habitats et d’alimentation dans le paysage agricole.
Cette approche est souvent combinée à des phéromones pour la confusion sexuelle, réduisant la nécessité de traitements de synthèse tout en stabilisant la pression des bioagresseurs.
Génomique et sélection variétale : accélérer la résilience
Le séquençage génomique et la sélection assistée par marqueurs soutiennent le retour de variétés plus tolérantes, en particulier sur les céréales. L’objectif est double: réduire la dépendance aux intrants curatifs et stabiliser le rendement face aux aléas climatiques.
Les semenciers et les instituts techniques travaillent ainsi à des portfolios variétaux mieux adaptés aux itinéraires intégrant des biosolutions, avec une logique de résilience système plutôt que de traitement isolé.
Passer du laboratoire au champ demande:
- Stabilité des formulations: conservation, transport, application.
- Scalabilité des procédés: fermentation, extraction, contrôle qualité.
- Compatibilité avec le matériel agricole existant et les adjuvants.
- Conformité réglementaire: dossiers, essais, traçabilité.
Un réseau multi-clusters peut mutualiser pilotes industriels, banques d’essai et retours d’usage.
Sur le plan économique, les biosolutions représentent un marché en expansion rapide en Europe. La croissance tient à la demande aval, à l’évolution réglementaire et à la pression des investisseurs sur les critères ESG. Les industriels de l’agrofourniture réorientent leurs portefeuilles, tandis que des start-up technologiques proposent des solutions ciblées par culture et par région.
Pour l’amont agricole, la bascule reste conditionnée à la preuve d’efficacité répétable et au coût total de déploiement: logistique, formation, adaptation du parc matériel. Pour l’aval agroalimentaire, ces solutions pèsent sur la différenciation et la conformité avec des cahiers des charges plus exigeants en matière d’impact.
Effets attendus pour les pme et la chaîne de valeur
Le réseau européen vise un effet d’entraînement pragmatique pour les entreprises: réduction du time-to-market, amélioration de l’accès aux financements, extension internationale accélérée. Pour un développeur de biopesticide microbien, la promesse est de sécuriser des essais multicentriques à l’échelle européenne, d’optimiser la stratégie réglementaire et d’entrer plus vite en co-déploiement avec des distributeurs régionaux.
Côté coopératives et négoces, les bénéfices tiennent à la fiabilité des itinéraires techniques et à la possibilité de bâtir des offres intégrées: conseil, matériel, biosolutions et assurance. Le triptyque démonstration, formation, financement d’équipement devient déterminant pour généraliser l’adoption.
Les instituts techniques et stations d’expérimentation se voient confier un rôle pivot: calibrer des protocoles d’essai standardisés, produire des références multi-annuelles et documenter les co-bénéfices environnementaux. Cette mécanique de preuve conditionne l’acceptation par les agriculteurs et le dialogue avec les marchés.
À plus long terme, l’alliance peut aider à structurer des filières contractuelles liant agriculteurs, industriels et distributeurs autour de critères de réduction d’intrants et de biodiversité. La traçabilité, adossée à des indicateurs partagés, peut soutenir une valorisation différenciée sur certains marchés.
Trois points de vigilance pour les dirigeants
Pour capter la valeur des biosolutions, les entreprises doivent:
- Assurer une gouvernance des données d’essai: qualité, partage, propriété intellectuelle.
- Anticiper la réglementation en Europe: préparation des dossiers, variations nationales.
- Former les équipes au conseil d’usage et à la sécurité en application.
Ces prérequis évitent des retards d’homologation et sécurisent la mise à l’échelle.
Reste la question de l’adoption. Les coûts initiaux, la reconfiguration des pratiques et la disponibilité de la main-d’œuvre peuvent freiner la bascule. Les autorités insistent sur la nécessité d’aligner incitations financières, formation et accompagnement technique pour massifier l’usage et stabiliser les performances au champ.
Dans ce contexte, le rôle des clusters est aussi de documenter, avec rigueur, le retour sur investissement pour un agriculteur et pour une coopérative: marge, volatilité du rendement, risques assurantiels, temps de travail, image commerciale. Les filières gagneront en crédibilité en publiant des références agronomiques et économiques transparentes.
Ce que cette alliance change pour l’agriculture française
Pour les entreprises françaises, l’alliance franco-belge marque un virage: les biosolutions sortent du domaine expérimental pour entrer dans une logique d’industrialisation coordonnée. En bénéficiant d’une reconnaissance S3, les pôles se dotent d’un cadre européen utile pour lever des moyens, structurer des essais et accélérer l’homologation multi-pays.
L’enjeu, désormais, est de transformer l’essai à l’échelle: accompagner des milliers d’exploitations dans des trajectoires mesurables, robustes et compatibles avec les impératifs économiques des filières. En fédérant clusters, instituts et industriels, le réseau peut réduire les frictions de passage à l’échelle et installer les biosolutions comme un levier durable de compétitivité pour l’agriculture française et européenne.
En concentrant gouvernance, expertise et financements, la nouvelle alliance des biosolutions peut faire basculer le marché vers des standards éprouvés, conciliant rentabilité, biodiversité et réduction des intrants à l’échelle européenne.