Comment Saint-Étienne tente de sauver Novasco ?
Découvrez la demande d'urgence de 10 millions d'euros pour Novasco à Saint-Étienne, visant à éviter une liquidation menaçante.

Un appel de détresse venu de Saint-Étienne bouscule l’agenda industriel national. Le maire Gaël Perdriau a remis en main propre une lettre demandant une aide d’urgence de 10 millions d’euros lors d’une visite ministérielle chez Verney-Carron, le jeudi 28 août 2025. Objectif affiché: éviter que Novasco, ex-Ascometal, ne glisse vers une liquidation qui détruirait un pan d’industrie stratégique.
Soutien public sollicité: 10 millions d’euros pour tenir la période d’observation
Au cœur de la requête municipale figure une demande de soutien exceptionnel de 10 millions d’euros, destiné à prolonger la période d’observation du redressement judiciaire de Novasco. Ce financement court terme ferait office de pont de trésorerie, afin de préserver la continuité d’activité et d’éviter un arrêt précipité des hauts-fourneaux et lignes de traitement d’aciers spéciaux.
La lettre, remise lors d’un déplacement ministériel à Saint-Étienne, pointe un double risque: l’atteinte à l’outil industriel et la rupture d’approvisionnement pour des clients sensibles, notamment dans l’automobile et le machinisme. Près de 760 emplois directs sont mentionnés, dont environ 50 salariés à Saint-Étienne sur le site du Marais. Cette alerte insiste également sur la nécessité de sécuriser l’horizon immédiat, en attendant l’issue des offres de reprise.
La mécanique est connue des praticiens des restructurations: sans oxygène financier, la période d’observation s’étiole et le tribunal peut trancher plus vite. D’où l’intérêt d’une intervention ciblée, strictement encadrée et conditionnée à une trajectoire de reprise crédible. Le montant de 10 millions d’euros s’inscrit ainsi dans la logique d’un financement relais, calibré pour tenir le calendrier juridico-industriel des prochaines semaines.
Ce que financerait concrètement l’aide demandée
Le soutien public exceptionnel recherché pourrait couvrir, de manière transitoire et sous contrôle d’un administrateur judiciaire, des postes critiques:
- Trésorerie immédiate pour salaires et charges sociales.
- Achats d’énergie et consommables indispensables à la production.
- Maintenance minimale pour éviter dégradation d’actifs.
- Frais liés au process de reprise et à l’information des salariés.
En pratique, la structure de l’aide importe: subvention, avance remboursable, prêt FDES ou cofinancement avec Bpifrance n’impliquent pas les mêmes contraintes et garanties.
Depuis la reprise de 2024: engagements non tenus et effet domino
La crise actuelle trouve son origine dans la reprise de l’ex-Ascometal par le fonds britannique Greybull Capital en juillet 2024. Le plan prévoyait une injection de 90 millions d’euros pour relancer les investissements, redresser les flux de trésorerie et moderniser les outils. Selon plusieurs publications spécialisées, ces engagements n’ont pas été honorés, ce qui a déstabilisé l’ensemble du plan d’affaires.
Le 11 août 2025, le tribunal de commerce place Novasco en redressement judiciaire. Les difficultés opérationnelles s’accumulent: retards d’investissements, tension sur les achats d’énergie, fragilité sur l’approvisionnement de certaines nuances d’aciers.
Le marché des aciers spéciaux, lui, ne pardonne pas les à-coups: une chaîne de production mal alimentée pénalise la qualité et la régularité, et les clients industriels ne peuvent se permettre des ruptures. Ce cercle vicieux alimente la défiance des donneurs d’ordres.
D’après des articles de presse du 11 août 2025, la date du 5 septembre 2025 a été fixée comme limite pour le dépôt des offres. Une audience d’examen des projets de reprise est annoncée au 25 septembre 2025.
Le calendrier est serré, ce qui justifie la demande d’un financement public transitoire pour tenir jusqu’à ces échéances. Sans respiration financière, l’option liquidation deviendrait mécaniquement plus probable.
Exemple avec british steel
Le nom de Greybull surgit régulièrement lorsqu’il s’agit d’industries lourdes en difficulté. Son passage à la tête de British Steel entre 2016 et 2019, clos par une faillite avant un repreneur, a durablement marqué les esprits au Royaume-Uni. Le parallèle ne vaut pas preuve, mais il alimente en France un débat sur la sélection des repreneurs, la conditionnalité des aides et les garanties d’exécution des engagements financiers et industriels.
Un plan de retournement industriel s’assemble comme un domino:
- Les investissements productifs améliorent les rendements et la qualité.
- La qualité stabilise la relation client et réduit les coûts de non-qualité.
- La relation client sécurise les volumes et les marges.
- Les marges financent le service de la dette et les besoins en fonds de roulement.
Si la première brique, l’investissement promis, ne se matérialise pas, c’est toute la logique du plan qui s’écroule. Les coûts énergétiques et la variabilité des prix de l’acier accentuent l’effet ciseau.
Emplois et sites exposés: cartographie du risque social
Novasco se positionne sur les aciers spéciaux, une niche de la sidérurgie française qui sert l’automobile, les transports et des industries à haute exigence technique. La société exploite plusieurs sites, notamment Hagondange en Moselle pour la Lorraine, Saint-Étienne dans la Loire et un site dans le Nord. Au total, environ 760 emplois en France sont concernés par la procédure en cours (selon des publications du 11 août 2025).
Le site du Marais à Saint-Étienne concentre une cinquantaine de salariés. Dans une ville façonnée par les métiers de l’acier, de l’armurerie et des mécaniciens, l’impact social et symbolique d’une fermeture serait majeur. L’écosystème de sous-traitants et de services s’en trouverait directement affecté, avec des effets multiplicateurs sur l’économie locale.
Novasco saint-étienne: site du marais au cœur des tensions
Les syndicats et élus ligériens redoutent un appauvrissement industriel si l’activité venait à cesser. Le maintien d’un socle de métallurgie spécialisée demeure essentiel à l’attractivité de la métropole stéphanoise, à sa formation professionnelle et à ses filières de compétences. D’où l’insistance placée sur l’urgence d’un pont financier pour éviter une dégradation irréversible de l’outil.
Le secteur sidérurgique français représente environ 35 000 emplois directs. Chaque site d’aciers spéciaux a une importance stratégique supérieure à sa taille, car il supporte des chaînes d’approvisionnement sensibles et des qualifications rares. La perte d’un acteur peut créer des ruptures qui ne se résorbent pas facilement et entraînent de la désindustrialisation locale.
Redressement judiciaire: délais, règles et options devant le tribunal
Le placement en redressement judiciaire ouvre une période d’observation durant laquelle l’entreprise poursuit son activité sous l’œil de l’administrateur judiciaire et d’un mandataire. Le juge peut autoriser des mesures pour conserver la valeur économique, éviter les ruptures et préparer un plan de cession partielle ou totale.
La procédure impose un rythme: identification des repreneurs potentiels, data room, lettres d’intention, puis offres formalisées. Vient ensuite l’audience, qui confronte projets industriels, conditions d’emploi, périmètre des actifs et garanties financières. Le tribunal privilégie en principe la meilleure offre globale pour la pérennité, pas uniquement la meilleure offre prix.
- Ouverture de la procédure: nomination des organes et gel des dettes antérieures.
- Diagnostic: continuité d’activité, besoins de trésorerie, périmètre cessible.
- Appel à repreneurs: communication aux candidats et accès à la data room.
- Offres et lettres d’engagement: dépôt avant la date limite fixée.
- Audience: comparaison des projets, arbitrage sur l’emploi et l’outil.
Sans financement d’intervalle, les étapes 3 et 4 se déroulent sous contrainte, ce qui dégrade la valeur d’option pour les salariés et les territoires.
Les élus locaux appellent à empêcher une liquidation judiciaire anticipée considérée comme "mortifère" pour l’emploi. Juridiquement, un renvoi ou une prolongation de l’observation est envisageable si des perspectives sérieuses se dessinent et si la trésorerie permet de poursuivre l’activité. L’enjeu est d’éviter une situation irrémédiable, où l’arrêt court terme détruit un outil qu’un repreneur viable aurait pu sauver.
Points-clés juridiques à retenir
- Gel du passif antérieur à l’ouverture de la procédure et paiement à l’échéance du postérieur.
- Continuité d’activité sous contrôle judiciaire pour préserver la valeur et l’emploi.
- Choix des offres par le tribunal sur des critères économiques et sociaux réunis.
- Liquidation si aucun projet crédible n’émerge ou si la trésorerie fait défaut.
La marge de manœuvre du juge dépend très concrètement de la capacité à sécuriser des financements d’étape.
Sidérurgie française: coûts énergétiques, demande automobile et aléas européens
La conjoncture défavorable n’a pas aidé Novasco. Les coûts énergétiques volatils ont comprimé les marges des industriels électro-intensifs.
Le marché européen de l’acier subit, par ailleurs, un ralentissement de la demande et une concurrence internationale aiguë. Des informations récentes font état de suspensions d’investissements chez certains grands acteurs de l’acier en France, ce qui alimente le climat d’incertitude sectorielle.
Du côté de l’automobile, cliente majeure des aciers spéciaux, la transition vers l’électrique et la rationalisation des plateformes se traduisent par des cadences plus heurtées et des cahiers des charges plus exigeants sur la qualité matière. Un fournisseur dont la permanence n’est pas garantie court le risque d’être requalifié en fournisseur non stratégique, au profit d’un concurrent mieux capitalisé.
Arcelormittal: investissements suspendus à dunkerque
Le signal envoyé par la suspension d’investissements sur un site majeur comme Dunkerque illustre la prudence actuelle des grands groupes face aux incertitudes de marché et de politique énergétique. Pour un acteur de taille intermédiaire tel que Novasco, cette prudence se traduit par un accès plus difficile aux contrats de long terme et un besoin de garanties renforcées vis-à-vis des acheteurs.
Les aciers spéciaux se caractérisent par une composition alliée contrôlée, des traitements thermiques précis et des tolérances serrées. Ils sont déterminants pour:
- La sécurité des pièces de transmission et de freinage.
- La longévité des composants soumis à fatigue.
- La performance des moteurs et des systèmes mécaniques complexes.
Importer ces nuances à l’identique n’est pas trivial. Conserver des capacités nationales assure indépendance et réactivité pour les filières critiques.
Trois réalités économiques qui expliquent la tension actuelle
- Énergie: volatilité des prix et primes de risque pour les industriels électro-intensifs.
- Demande: cycles automobiles plus incertains avec la conversion vers l’électrique.
- Concurrence: pression accrue des importations et arbitrages de grands donneurs d’ordres.
Ces facteurs s’additionnent et réduisent la tolérance des clients aux aléas opérationnels d’un fournisseur en restructuration.
Feuille de route financière: quels instruments pour sécuriser le pont de trésorerie
La question n’est pas seulement de mobiliser 10 millions d’euros, mais de choisir le bon véhicule financier pour le faire, avec une gouvernance, des sûretés et des jalons compatibles avec une procédure collective. Plusieurs instruments existent en France pour les entreprises en difficulté.
Le FDES peut octroyer des prêts à des entreprises stratégiques, sous conditions strictes. Bpifrance intervient également via des avances remboursables ou des cofinancements, souvent aux côtés d’un pool bancaire. Des aides ad hoc peuvent être notifiées et encadrées au regard du droit européen des aides d’État, selon les régimes ouverts et la nature de l’urgence industrielle.
Le montage le plus crédible consiste à associer financement public transitoire, apport des candidats repreneurs sous forme d’earn-out ou d’investissements programmés, et garanties sur engagements. Il revient ensuite au tribunal d’ordonner une cession totale ou partielle alignée avec l’intérêt supérieur de la continuité d’activité et de l’emploi.
Un pont de trésorerie réaliste doit couvrir:
- Charges fixes incompressibles sur l’horizon visé.
- Besoins variables liés au volume de production minimal.
- Provisions de risque sur incidents et retards clients.
Il s’obtient via un cash-flow prévisionnel par semaine, validé par l’administrateur judiciaire. Le montant doit maximiser la visibilité sans tomber dans l’excès, pour respecter le principe de proportionnalité des aides.
La conditionnalité est clé: elle doit lier le décaissement aux étapes de la reprise, à l’engagement effectif des investisseurs et au maintien de l’outil industriel. Les versements échelonnés, assortis de clauses résolutoires en cas de défaillance, protègent l’argent public tout en donnant à l’entreprise l’air nécessaire pour passer l’audience de fin septembre.
Novasco: exigences minimales à l’égard d’un repreneur crédible
Un candidat sérieux devra présenter un business plan détaillé, un niveau d’investissements compatible avec le redressement de la qualité et des coûts, et une capacité de financement auditable. Le tribunal examinera aussi les engagements sociaux: périmètre des emplois repris, plans de mobilité ou de reclassement, et calendrier de mise à niveau des sites.
En droit européen, les aides à la restructuration d’entreprises en difficulté sont admises si elles respectent des critères, parmi lesquels:
- Proportionnalité de l’aide au besoin identifié.
- Mesures compensatoires pour limiter les distorsions de concurrence.
- Contribution propre significative de l’entreprise ou du repreneur.
En pratique, les États structurent l’aide sous forme d’avances remboursables et de prêts subordonnés assortis d’engagements vérifiables.
L’histoire de novasco: un acteur clé des aciers spéciaux aux prises avec la transition
Née de l’ex-Ascometal, la marque Novasco visait à relancer une expertise française sur les aciers spéciaux. Son portefeuille cible des applications de haute technicité: transmissions, pièces moteur, outillages et composants soumis à forte contrainte. Ce positionnement exigeant suppose des investissements constants en métallurgie, contrôle qualité et performances énergétiques.
La reprise de 2024 devait marquer un nouveau cycle d’investissement. L’asphyxie actuelle traduit, au contraire, un retard cumulé sur la modernisation des lignes et sur l’efficience énergétique, dans un contexte où le coût du mégawattheure demeure un facteur décisif de compétitivité. Sans apport massif et rapide, l’entreprise ne peut réaligner sa qualité et ses coûts sur les standards d’un marché devenu impitoyable.
Dans leur appel, les élus mosellans et ligériens insistent sur l’effet d’entrainement d’un sauvetage réussi: sauvegarde des savoir-faire, stabilisation des bassins d’emploi, visibilité pour des clients industriels français. À l’inverse, une liquidation précipitée créerait des coûts sociaux et économiques supérieurs au montant de l’aide sollicitée, en plus d’un signal négatif pour la réindustrialisation prônée par la puissance publique.
Repères et chiffres utiles sur la filière
Quelques ordres de grandeur pour situer Novasco dans le paysage:
- ≈ 35 000 emplois directs dans la sidérurgie française en 2024.
- 760 emplois chez Novasco directement exposés à la procédure.
- Chaînes de valeur impliquant automobile, machine-outil, énergie.
Ces repères soulignent l’enjeu systémique d’un maintien des capacités en aciers spéciaux en France.
Sur le terrain, salariés et partenaires attendent des signaux rapides: la stabilité des commandes de clients historiques, un plan d’investissements crédible et une sécurisation énergétique des sites. Ce triptyque conditionne l’acceptabilité, par le marché, d’un plan de reprise et la réouverture des lignes de crédit court terme par les partenaires financiers.
Prochain cap jusqu’au 25 septembre
Jusqu’au dépôt des offres du 5 septembre et l’audience du 25 septembre, l’équation est claire: trésorerie, visibilité, stabilité. La demande d’aide publique de 10 millions d’euros vise précisément à franchir ce col étroit en évitant une dégradation brutale de l’outil et de l’emploi. La balle est désormais dans le camp des autorités et des candidats repreneurs, qui devront articuler un montage fiable et responsabilisant.
Au-delà du cas Novasco, la question posée est celle de la conditionnalité des reprises industrielles, de la qualité des investisseurs et de l’alignement entre argent public et engagements privés. Les prochaines semaines diront si la sidérurgie française peut encore s’offrir une option d’avenir à Hagondange, à Saint-Étienne et dans le Nord. Entre impératif social et réalisme économique, la décision à venir dira beaucoup de la manière dont la France entend préserver ses actifs industriels stratégiques.