Comment le plan AURA transforme la filière défense en 2025 ?
Découvrez comment la région Auvergne-Rhône-Alpes investit 200 millions d'euros pour booster l'innovation dans la défense et la sécurité.

Une région industrielle qui assume son rôle de moteur national. Auvergne-Rhône-Alpes hisse un plan massif pour ses filières de défense et de sécurité, avec un montage financier inédit et une articulation soignée avec les dispositifs nationaux. Au-delà du signal politique, l’enjeu est net: doper l’innovation duale, sécuriser la base industrielle et technologique de défense et accélérer la mise sur le marché de technologies critiques.
Cap stratégique et financier du plan régional
La Région Auvergne-Rhône-Alpes active un dispositif de 200 millions d’euros conçu pour épauler la filière défense-sécurité et consolider des chaînes de valeur stratégiques. La structure repose sur deux piliers à parts égales: un fonds d’investissement de 100 millions d’euros destiné à l’equity et un prêt d’innovation de 100 millions d’euros fléché sur la R et D de rupture.
La présentation publique a été faite lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget</strong] en juin 2025, un choix symbolique qui souligne la volonté d’adosser le plan à la dynamique aéronautique régionale. Le message est clair: favoriser la montée en gamme des PME et ETI, sécuriser les capacités critiques et accélérer le passage du laboratoire au terrain.
La communication institutionnelle précise un objectif d’ancrage territorial sans ambiguïté. Les projets devront être développés en Auvergne-Rhône-Alpes, avec une visibilité sur l’emploi, la sous-traitance locale et la consolidation de filières sensibles, notamment en électronique, mécatronique, matériaux avancés et logiciels critiques.
Chiffres essentiels du plan AURA Défense
La Région engage un levier financier calibré pour la phase d’industrialisation:
- 200 millions d’euros au total, dont 100 millions pour l’equity et 100 millions en prêts dédiés à l’innovation.
- Date butoir de candidature fixée au 8 octobre 2025 pour l’appel à projets.
- Filière défense-sécurité dense, avec plus de 300 acteurs recensés en Auvergne-Rhône-Alpes.
- Poids industriel évalué à environ 20 pour cent de la production nationale aéronautique et défense.
Ancrage national et financements complémentaires
Le plan régional n’évolue pas en vase clos. Il se branche sur la réaffirmation du financement de la base industrielle et technologique de défense, portée par l’exécutif, ainsi que sur les appels récurrents de l’Agence de l’innovation de défense qui, depuis 2022, multiplie les guichets pour accélérer le transfert technologique et la maturation de projets à usage militaire.
La cohérence se lit également dans la continuité de France 2030. Sur le champ cybersécurité, 17 projets ont été retenus pour un montant de 39 millions d’euros au printemps 2025, confirmant la priorité nationale portée à la résilience numérique et aux capacités souveraines de cyberdéfense (source officielle, 02 06 2025).
Le calibrage régional prend en compte cette architecture nationale, avec une double logique: effet de levier sur les financements déjà fléchés par l’État et réduction des frictions administratives pour accélérer la réalisation. Le rôle d’entraînement régional peut ainsi sécuriser l’amorçage, le cofinancement et l’industrialisation de briques technologiques critiques.
La base industrielle et technologique de défense regroupe les entreprises et laboratoires qui conçoivent, produisent et maintiennent les matériels, logiciels et services pour les forces armées. Elle couvre un spectre large: électronique durcie, cyber, matériaux, propulsion, optronique, spatial, renseignement, soutiens et MCO. La robustesse de la BITD garantit l’autonomie d’approvisionnement, la sécurité des chaînes de valeur et la capacité d’adaptation face aux menaces.
En matière de gouvernance, la Région entend aussi s’appuyer sur des pratiques éprouvées: jury d’experts, matrices d’évaluation incluant l’impact stratégique, le différenciateur technologique et la traction commerciale, ainsi qu’un suivi des KPI post-sélection. La volonté affichée: financer l’innovation utile, c’est-à-dire celle qui répond à des besoins opérationnels et qui crée de la valeur sur le territoire.
Technologies visées et marchés adressés
La feuille de route technologique est explicite. Les projets éligibles couvrent la protection et le soin du combattant, la guerre électronique, la cybersécurité, les solutions énergétiques avancées et les systèmes autonomes en opérations. Chacune de ces familles répond à des besoins concrets des forces françaises et s’inscrit dans des marchés dynamiques à l’export.
Protection et soin du combattant: équipements, capteurs et santé opérationnelle
Ce segment rassemble équipements de protection, textiles techniques, ergomécanique, capteurs biométriques, connectivité sécurisée et médicalisation de l’avant. Les priorités actuelles visent des solutions légères, durcies et interopérables, capables d’intégrer des communications chiffrées et des données biomédicales en temps réel.
L’avantage concurrentiel se construira autour de la robustesse et de la certification, deux attributs indispensables pour franchir les barrières réglementaires et répondre aux exigences des programmes d’armement. Les partenariats avec des laboratoires hospitaliers et des pôles universitaires renforceront la crédibilité clinique des solutions.
Guerre électronique: brouillage, détection et résilience du spectre
La sophistication des menaces impose des systèmes capables de capturer, localiser et neutraliser des émissions adverses tout en préservant la continuité des communications amies. Les axes attendus incluent l’IA embarquée pour l’analyse du spectre, l’optimisation des antennes reconfigurables et la réduction de la consommation énergétique.
Les entreprises qui réussiront dans ce domaine seront celles qui sauront prouver la valeur opérationnelle en conditions dégradées, avec des démonstrateurs sur plateformes terrestres, navales ou aériennes et une intégration rapide dans les architectures C4ISR.
Cybersécurité: souveraineté logicielle et protection des systèmes
Au regard de l’intensification des cybermenaces, les attentes portent sur la sécurité des systèmes embarqués, la détection comportementale, la résilience des chaînes logicielles et la cryptographie post-quantique. La convergence cyber-physique est au cœur des enjeux, en particulier pour les robots et drones tactiques.
La coexistence des guichets régionaux et nationaux incite à des montages financiers intelligents. Certaines briques logicielles pourraient mobiliser des cofinancements entre la Région et France 2030, accélérant le passage à l’échelle.
Énergie et systèmes autonomes: endurance et autonomie tactique
Les batteries haute densité, les supercondensateurs robustes, les sources alternatives et les solutions de gestion thermique sont prioritaires pour prolonger l’autonomie des plateformes. Sur les systèmes autonomes, l’attention se porte sur la navigation sans GNSS, la coordination multi-robots et la sécurité fonctionnelle.
L’industrialisation des sous-systèmes est un point d’attention. Les chaînes d’approvisionnement doivent se prémunir des tensions sur les matériaux critiques, tout en garantissant la traçabilité et la redundance des composants sensibles.
Critères d’éligibilité à ne pas sous-estimer
Pour maximiser leurs chances, les porteurs doivent démontrer:
- Impact stratégique mesurable sur les capacités françaises et la souveraineté technologique.
- Différenciation technologique et positionnement concurrentiel clair à l’international.
- Effet économique local en emplois, sous-traitance régionale et investissement industriel.
- Faisabilité industrielle avec jalons, TRL ciblé et plan de qualification.
Modalités d’appel à projets et critères de sélection
La Région a ouvert un appel à projets pour sélectionner les initiatives les plus prometteuses, avec une échéance de dépôt fixée au 8 octobre 2025. La priorité est donnée aux projets dont le développement, l’assemblage ou la production seront réalisés en Auvergne-Rhône-Alpes, afin de maximiser les retombées locales.
Le processus d’évaluation s’appuie sur une grille structurée qui intègre l’apport aux forces, la maturité technologique, la viabilité économique et l’ancrage local. Des auditions, un mentorat technique et un suivi des KPI peuvent être mobilisés pour sécuriser l’exécution des projets retenus.
Pondération des critères: ce que regardent les jurys
Les jurys insistent sur la preuve d’usage: engagements de clients étatiques ou industriels, essais en environnements représentatifs, feuilles de route de qualification et d’homologation. La capacité à atteindre un TRL 6 ou 7 rapidement pèse lourd, tout comme le plan d’industrialisation et la sécurisation des approvisionnements.
Sur le volet financier, la complémentarité entre fonds d’investissement et prêt d’innovation permet d’éviter l’effet ciseau: dilution excessive d’un côté, sous-capitalisation de l’autre. Les montages hybrides peuvent être défendus si la trajectoire de chiffre d’affaires et les jalons techniques sont cohérents.
Avant le dépôt, verrouillez les points suivants:
- Lettre d’intérêt d’un utilisateur final et plan d’expérimentation.
- Analyse du différenciateur technologique et cartographie des concurrents.
- Plan industriel avec jalons, TRL cible, risques et parades.
- Budget détaillé, cofinancements identifiés, besoins en fonds propres.
- Indicateurs d’impact local: emplois, sous-traitance, investissements.
Effets économiques attendus et débats encadrés
Avec un tissu de plus de 300 entreprises actives dans la défense et la sécurité et environ 50 000 emplois mobilisés sur ces métiers, Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’une base solide. Le nouveau plan agit comme un accélérateur, visant à densifier les chaînes de valeur et à élever la part de technologies duales dans les portefeuilles des entreprises régionales.
Le positionnement sur les marchés internationaux suppose néanmoins une vigilance accrue sur la conformité export et les engagements éthiques. Les discussions régionales ont mis en lumière les interrogations sur les subventions et les flux d’exportation, avec une ligne de crête: soutenir l’innovation tout en encadrant les usages et les destinations sensibles.
Exportations: points de vigilance réglementaire
Avant toute démarche commerciale hors UE, les industriels doivent intégrer la compliance export dès la conception: classification des produits, restrictions technologiques, chaînes d’approvisionnement transparentes et gestion des licences. Les projets duals nécessitent une attention particulière au périmètre des fonctionnalités et aux mises à jour logicielles, qui peuvent déclencher de nouvelles obligations.
La planification des délais réglementaires devient un facteur clé. Les calendriers d’essais et de livraison doivent intégrer le temps de traitement des autorisations afin de ne pas désorganiser l’exécution opérationnelle.
Contrôles export: l’essentiel à anticiper
Les industriels du secteur doivent anticiper:
- La classification des produits et la présence d’éléments listés à contrôle strict.
- Les licences d’export à obtenir et les délais associés.
- Le suivi des destinations sensibles et des usages finaux déclarés.
- La gouvernance interne de compliance: procédures, audits, traçabilité.
Au plan économique, le dispositif régional vise un effet multiplicateur sur l’investissement privé, l’accroissement des dépenses de R et D et la montée en capacité industrielle. La dynamique attendue est celle d’une réduction du time-to-market, notamment grâce aux prêts d’innovation qui comblent la vallée de la mort entre prototypes et premières séries.
Le dual use accélère les cycles de vie: une brique développée pour le militaire peut être déclinée en civil, et inversement. Résultat: volumes plus importants, coûts unitaires réduits, retour d’expérience enrichi et résilience face aux cycles budgétaires. Pour la Région, c’est un levier d’attractivité et de diffusion de l’innovation dans l’économie locale.
Chaînes de valeur régionales mobilisées: du laboratoire à la série
Le territoire Auvergne-Rhône-Alpes abrite un réseau dense de compétences, de l’électronique et du logiciel à Grenoble aux matériaux et systèmes autour de Lyon et Saint-Étienne, en passant par la mécanique de précision dans l’arc alpin. Les organismes de recherche et les écoles d’ingénieurs y côtoient un écosystème de PME et ETI déjà insérées dans les programmes aéronautiques et de défense.
Cette proximité entre académiques et industriels raccourcit le cycle de transfert. Les projets sélectionnés auront intérêt à formaliser des accords de copropriété intellectuelle clairs, un plan de valorisation et des jalons de maturation technologique pour sécuriser la diffusion industrielle.
Financements croisés et structuration de projets
Les montages optimisés combinent souvent plusieurs guichets: fonds régional pour l’amorçage ou la montée au capital, prêt d’innovation pour les prototypes, guichets nationaux pour la qualification et appels à l’export pour la première série. La clé est de construire un plan de financement phasé et d’aligner les jalons techniques et commerciaux sur les fenêtres d’éligibilité.
Les entreprises en capacité de démontrer une commande initiale ou un engagement ferme d’un utilisateur final renforceront notablement leurs dossiers. La mise à disposition d’un site d’essais, la définition d’un plan d’homologation et la maîtrise des normes militaires constitueront des avantages compétitifs.
Données structurantes à garder en tête
Deux repères chiffrés éclairent la stratégie régionale:
- Enveloppe régionale de 200 M€ pour stimuler l’equity et l’innovation.
- 39 M€ pour 17 projets en cybersécurité dans le cadre de France 2030 en 2025, confirmant la priorité cyber (France 2030, 02 06 2025).
Modalités pratiques: calendrier, dossiers et preuves d’usage
La fenêtre de candidature est d’ores et déjà ouverte avec un clôture au 8 octobre 2025. Les porteurs doivent articuler des démonstrations convaincantes de l’usage opérationnel, de la maturité technologique et de la soutenabilité industrielle, tout en documentant la création de valeur locale.
Constituer un dossier aligné sur les attentes
Au-delà du résumé exécutif, le cœur du dossier doit détailler le besoin opérationnel ciblé, les cas d’usage en environnement réaliste, la trajectoire TRL visée et le plan de qualification. Sur le plan économique, il est attendu un business plan prudent, une visibilité sur les coûts d’industrialisation et une stratégie d’approvisionnement robuste.
Le montage juridique doit traiter la propriété intellectuelle, la cybersécurité des logiciels et les accords de confidentialité. Les consortiums sont encouragés s’ils apportent une complémentarité technique et une meilleure résilience de la chaîne de valeur.
Une fois financés, les projets gagnent à piloter des indicateurs simples et utiles:
- Avancement TRL vs jalons contractuels.
- Capex et Opex d’industrialisation engagés vs budget.
- Heures d’essais et résultats de qualification.
- Part des achats effectués en région et emplois créés ou maintenus.
Cap sur fin 2025: un levier pour les industriels qui veulent accélérer
Dans les prochains mois, la sélection des lauréats puis le déploiement en 2026 donneront la mesure de l’ambition régionale. L’articulation avec les dispositifs nationaux et la capacité à mobiliser la recherche publique seront déterminantes pour maximiser l’impact. Les entreprises qui documentent clairement leur avantage technologique et l’utilité opérationnelle de leurs solutions partiront avec une longueur d’avance.
En soutenant des thématiques comme la cybersécurité, les systèmes autonomes et l’énergie embarquée, Auvergne-Rhône-Alpes joue la carte de la souveraineté et de la compétitivité. À la clé, des retombées économiques visibles, une densification des compétences et une contribution tangible à l’effort national de réarmement technologique.
Avec une enveloppe de 200 M€ dédiée à l’equity et à l’innovation, des priorités technologiques ciblées et un calendrier resserré, la Région installe un dispositif de puissance qui peut faire basculer des prototypes en solutions utiles, au service des forces et de l’économie locale.