Une entreprise toulousaine apporte un vent de fraîcheur dans la lutte contre les espèces invasives, notamment les moustiques, en annonçant un nouveau financement d’envergure. Ma Boite à Moustique vient de finaliser une levée de fonds de plus d’un million d’euros. Entre recherche en entomologie, expansion géographique et innovations techniques, la jeune société se prépare à franchir un cap majeur.

La dynamique financière qui renforce la recherche anti-insectes

Trois ans seulement après sa création, Ma Boite à Moustique surprend le marché français par sa croissance express : la startup a dépassé les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, avant de boucler son premier exercice dans l’équilibre. Avec cette dynamique, l’équipe s’est tournée vers un second tour de table, obtenu grâce à la confiance d’investisseurs spécialisés dans l’innovation et le soutien de la Banque Publique d’Investissement (BPI).

Le financement, estimé à 1 025 000 euros, permettra avant tout de soutenir la branche R&D (recherche et développement) de l’entreprise. Au sein de ce département, les scientifiques étudient notamment le moustique tigre et d’autres insectes jugés invasifs, afin de concevoir des solutions innovantes pour le confort et la santé publique. Dans un environnement concurrentiel, ce choix stratégique souligne l’importance de la science pour faire face à un sujet majeur : la prolifération de moustiques perturbant de plus en plus de territoires en France et ailleurs.

De nombreux acteurs se sont associés à cette levée : des partenaires institutionnels comme Occitanie Invest, qui avait déjà sélectionné Ma Boite à Moustique lors d’un programme d’accompagnement, mais aussi des business angels et fonds d’investissement spécialisés dans le service, la distribution et l’agriculture raisonnée. Le maillage de ces soutiens manifeste la volonté commune de promouvoir des moyens de lutte ciblés et plus respectueux de l’écosystème.

La Banque Publique d’Investissement (BPI) est un organisme français visant à soutenir la croissance et l’innovation. Elle investit dans des secteurs jugés stratégiques, comme la transition écologique et la recherche. Dans le cas de Ma Boite à Moustique, son engagement reflète un intérêt pour les projets alliant viabilité économique et impact sociétal.

Les perspectives liées à cette enveloppe financière sont vastes : renforcer le laboratoire d’entomologie pour affiner la compréhension du cycle de vie des moustiques, recruter des ingénieurs produits et entomologistes supplémentaires, et tester sur le terrain de nouveaux prototypes de pièges. Cette étape s’annonce cruciale pour que la jeune pousse puisse maintenir sa longueur d’avance, à un moment où les moustiques envahissent toujours plus de zones urbaines.

Plongée dans les innovations de la startup

Derrière la dynamique économique de Ma Boite à Moustique se cache une philosophie centrée sur la recherche appliquée en entomologie. L’entreprise, fondée en 2021 par Romain Tiberghien et Guillaume Lombart, propose une solution qui attire les moustiques en simulant une présence humaine, libérant une petite quantité de CO₂ biosourcé couplée à des parfums spéciaux. Les moustiques, appâtés par ce leurre, sont alors capturés, ce qui permet de réduire les nuisances de manière significative.

Au-delà de cet objectif de confort, les équipes de R&D s’intéressent de près aux impacts environnementaux. Le piège réagit aux conditions climatiques et au cycle de reproduction des moustiques pour diffuser la juste dose de CO₂, limitant ainsi son empreinte carbone. Cette mécanique de précision est régulièrement testée en laboratoire et en conditions réelles, pour constamment optimiser l’efficacité du dispositif.

L’un des piliers fondamentaux de la marque réside dans le partage de connaissances avec les partenaires installateurs. Tout repose sur l’idée que, pour combattre efficacement une espèce invasive, il faut comprendre chacune des étapes de son développement. Sur le terrain, l’entreprise collabore déjà avec de multiples distributeurs en France, ce qui lui permet de récolter un grand nombre de données empiriques pour perfectionner ses technologies.

Le biomimétisme s’inspire de la nature pour créer des solutions technologiques. Ici, le piège de Ma Boite à Moustique reproduit le signal humain qui attire naturellement les moustiques (CO₂ et odeurs corporelles). Ce concept limite l’usage de produits chimiques tout en exploitant un mécanisme déjà présent dans l’écosystème.

Cette approche, associée à une esthétique conçue pour s’intégrer dans un jardin, a valu à la startup de remporter le Prix de l’Innovation au Salon vert 2024 dans la catégorie « conception et aménagement urbain ». Le dispositif phare, un piège en forme de jardinière, a su convaincre les professionnels et les collectivités, qui y voient une solution plus pérenne que les répulsifs classiques.

L’équipe scientifique : moteur du laboratoire d’entomologie

Pour soutenir la croissance et l’évolution technologique, Ma Boite à Moustique s’est dotée d’une équipe pluridisciplinaire, composée à la fois d’entomologistes et d’ingénieurs. Chacun apporte son expertise à différentes étapes du développement des produits, depuis les tests en laboratoires jusqu’au déploiement sur le terrain.

Antonin Leclercq est un entomologiste qui concentre ses recherches sur la lutte intégrée contre les moustiques. Après des missions au sein de l’Entente interdépartementale pour la démoustication en Rhône-Alpes (EIRAD), il met aujourd’hui son expérience à profit pour adapter les solutions de Ma Boite à Moustique aux différentes contraintes régionales. Selon lui, la communication avec les installateurs partenaires est essentielle : ainsi, les remontées du terrain permettent d’optimiser le piégeage en fonction des réalités locales.

Marie Berling, docteure en entomologie, assure la coordination de la recherche et du développement. Elle travaille sur la formulation des produits et veille à leur conformité réglementaire. Son objectif : prouver et améliorer la performance des systèmes de capture grâce à des protocoles de test rigoureux, menés aussi bien en laboratoire qu’en extérieur.

Bon à savoir : la technique de l’insecte stérile (TIS)

La TIS consiste à élever en laboratoire des moustiques mâles stérilisés, puis à les relâcher dans les zones infestées. Lorsqu’ils s’accouplent avec les femelles locales, ils bloquent la reproduction, ce qui diminue la population à moyen terme. Cette méthode, déjà testée à La Réunion, illustre la diversité des solutions utilisées pour contrôler des foyers d’insectes envahissants.

L’association des compétences en entomologie et en conception de produits permet d’allier rigueur scientifique et sens pratique. Les résultats sont tangibles : la startup optimise sans cesse l’équilibre entre attractifs olfactifs, diffusion de CO₂ et faible impact énergétique, visant à piéger de manière sélective les moustiques tout en préservant l’environnement.

Le savoir-faire français au cœur de la production

En plus de son siège social basé à Balma, près de Toulouse, Ma Boite à Moustique s’appuie sur plusieurs sites de production dispersés dans différentes régions françaises. Cette organisation modulaire favorise non seulement la flexibilité industrielle, mais aussi la proximité avec des partenaires locaux. À Tullins (Isère), par exemple, l’entreprise dispose d’un centre d’assemblage où sont vérifiées la qualité et la sécurité de chaque piège avant expédition.

Outre ces installations, le réseau inclut un partenariat avec des ESAT (Établissements et Services d’Aide par le Travail) à Castres et en Lozère (A2FLS). Ces collaborations créent des emplois adaptés pour des personnes en situation de handicap, tout en assurant des processus de production fiables. Les pièces essentielles, comme les circuits imprimés, proviennent en partie d’une société située à Grenoble, tandis que les housses protectrices sont réalisées dans un atelier textile du nord de la France. Le câblage est opéré par une équipe d’une dizaine de techniciens au sein de l’atelier de réinsertion Passiflore.

Cette pluralité de sites s’avère décisive pour répondre à une demande croissante, qu’il s’agisse de particuliers, de professionnels ou de collectivités. Par ailleurs, elle reflète l’ambition de Ma Boite à Moustique : consolider une chaîne de production entièrement française afin d’optimiser les délais, tout en privilégiant la qualité et l’impact social.

Le « Made in France » représente un gage de fiabilité et de respect des normes pour de nombreux consommateurs et entreprises. Il favorise également la préservation d’un savoir-faire national et la limitation des transports, ce qui réduit l’impact écologique. Dans le cas de Ma Boite à Moustique, cela leur permet de mieux contrôler la supply chain et d’être réactifs face aux ajustements techniques.

À ce jour, la solution de piégeage a su séduire diverses structures : la Cité de l’espace à Toulouse, la Caisse des Dépôts de Bordeaux, le domaine de Bagard dans le Gard, le Château Le Stelsia dans le Lot-et-Garonne ou encore la crèche de Saint-Égrève en Isère. Cette reconnaissance montre la multiplicité des usages : lieux touristiques, administrations, sites privés… Tous voient un avantage à maîtriser les populations de moustiques avec un dispositif peu invasif.

Zoom sur les marques et gammes de produits

Si Ma Boite à Moustique se distinguait initialement par un produit phare en forme de jardinière, la structure s’est rapidement développée pour s’adresser à différents segments de clientèle. On compte désormais deux marques, chacune ayant son propre positionnement :

  • Ma Boite à Moustique : Lancée en 2021, elle regroupe environ 150 installateurs sur l’ensemble du territoire. Elle s’adresse aux professionnels, collectivités et particuliers recherchant une offre sur mesure. L’analyse environnementale, l’installation et la maintenance des pièges font partie du pack. Cette approche est particulièrement prisée par ceux qui veulent une prestation complète, de l’expertise technique à l’accompagnement terrain.
  • Wiliv : Commercialisée en 2024, cette gamme vise le grand public. Elle bénéficie d’une alliance stratégique avec Evergreen Garden Care, un grand nom des produits de jardinage amateur en Europe. Wiliv souhaite faciliter l’accès des particuliers à un dispositif anti-moustiques simple d’emploi. L’objectif : démocratiser la lutte anti-moustiques en la rendant plus abordable et disponible dans plus de 100 points de vente. Wiliv a d’ailleurs reçu le prix des collections jardin « produit le plus design » aux Journées des Collections de Marseille en 2024.

Grâce à ces deux gammes, la startup couvre ainsi un large spectre de besoins. D’un côté, une approche clés en main pour les collectivités, entreprises ou particuliers exigeants ; de l’autre, une solution grand public plus autonome et distribuée dans les enseignes spécialisées.

Bon à savoir : l’évolution du marché anti-moustiques en France

Ces dernières années, la France a vu se multiplier les offres de pièges, de répulsifs et de solutions dites « vertes ». La croissance s’explique en partie par l’expansion géographique du moustique tigre, mais aussi par une prise de conscience du public concernant les risques de maladies vectorielles et l’importance d’une lutte ciblée pour préserver la biodiversité.

L’entreprise a identifié un fort potentiel dans la combinaison entre technologie, accompagnement pédagogique et design adapté au jardin. Ses différentes marques permettent d’élargir la distribution et la notoriété, tout en sensibilisant sur les bonnes pratiques : enlever les points d’eau stagnante, entretenir les extérieurs, placer les pièges aux endroits opportuns, etc.

L’histoire d’une startup à la conquête de l’europe

Pour comprendre l’essor de Ma Boite à Moustique, il faut revenir sur son démarrage en 2021. À l’époque, Romain Tiberghien et Guillaume Lombart constatent la difficulté de réguler les moustiques de manière écologique. Ils décident de concevoir un piège inspiré du biomimétisme, non invasif et adapté à la vie en extérieur. Les premiers prototypes sont testés dans des zones déjà concernées par la présence du moustique tigre, avec des résultats suffisamment prometteurs pour susciter rapidement l’intérêt d’investisseurs.

Les fondateurs misent dès le départ sur une vision de long terme : développer un concept qui pourrait s’adapter à plusieurs territoires et à différentes espèces de moustiques, en s’appuyant sur la recherche en entomologie. Dès la première année, les retours du terrain leur permettent d’optimiser la technologie de diffusion du CO₂, de peaufiner le design et d’établir un réseau d’installateurs. Les progrès aboutissent à un chiffre d’affaires dépassant les 2 millions d’euros en seulement trois ans, tout en maintenant une gestion financière équilibrée.

Fort de ce succès, le duo se tourne rapidement vers des organismes de soutien comme Occitanie Invest, qui offre une exposition utile pour accélérer une seconde levée de fonds. L’appui de la BPI scelle cette phase, validant le potentiel économique et sociétal du projet. Une fois la levée confirmée, les dirigeants font de la R&D leur priorité : ils veulent en effet aller plus loin dans la compréhension de la biologie des moustiques, pour anticiper les variations saisonnières et climatiques.

Entrée sur la scène internationale

En 2025, Ma Boite à Moustique amorce une nouvelle étape dans sa stratégie de croissance en visant les pays européens limitrophes. Les premiers déploiements se font en Suisse, où les conditions climatiques et la topographie font parfois du moustique un problème sous-estimé. Dans la foulée, des essais sont programmés en Italie, au Luxembourg, en Belgique et au Portugal. Chaque région possède des spécificités (humidité, températures, modes de vie) qui nécessitent d’adapter la mise en place des pièges et de valider leur performance.

Cette ouverture à l’export s’avère particulièrement pertinente au regard de l’évolution du moustique tigre en Europe. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), 13 pays européens sont désormais touchés, contre 8 il y a une décennie à peine. Les risques sanitaires et les nuisances grandissantes incitent les autorités locales à rechercher de nouvelles solutions, plus écologiques que les traitements chimiques massifs.

Adrian Lafage, Responsable Export, souligne d’ailleurs l’importance de collecter des données terrains dans chaque pays. La capacité à adapter la stratégie de piégeage au climat local, à la densité de population ou encore à la topographie sera décisive pour imposer Ma Boite à Moustique comme un acteur majeur en Europe.

Le moustique tigre : un fléau en expansion

Parti d’Asie du Sud-Est, le moustique tigre a colonisé plusieurs continents en l’espace de quelques décennies. Il est réputé pour sa faculté à s’adapter à des climats variés, sa piqûre agressive et son rôle dans la transmission de certaines maladies comme la dengue ou le chikungunya. Les experts s’accordent à dire que le réchauffement climatique favorise son implantation dans de nouvelles zones.

Cette évolution est un défi de plus en plus urgent pour les territoires concernés, qui doivent non seulement endiguer la prolifération, mais aussi informer les citoyens quant aux gestes préventifs. Pour Ma Boite à Moustique, la dimension éducative demeure essentielle, car placer un piège chez soi est souvent plus utile si l’on adopte en parallèle de bonnes pratiques (surveillance de points d’eau stagnante, entretien régulier des jardins, etc.).

Un concept synonyme d’avenir pour l’entomologie appliquée

Au-delà de son offre commerciale, la société toulousaine soulève des questions plus larges sur la façon de gérer les insectes nuisibles en milieu urbain. Les approches traditionnelles, basées sur des pulvérisations d’insecticides, suscitent des inquiétudes grandissantes pour la biodiversité et la santé humaine. D’autres initiatives, comme la TIS (Technique de l’Insecte Stérile) ou les moustiquaires, peuvent être complémentaires, mais elles impliquent souvent une logistique complexe ou un usage ponctuel.

La réussite de Ma Boite à Moustique témoigne ainsi d’un besoin : maîtriser les populations de moustiques sans bouleverser l’écosystème. Cette ligne directrice rencontre de plus en plus d’écho auprès des autorités locales, conscientes des enjeux de santé publique et d’acceptabilité par la population.

En parallèle, on constate une prolifération des espèces invasives dans le monde, qu’il s’agisse de plantes, d’insectes ou d’autres animaux. Cette problématique pousse les chercheurs à collaborer avec des structures privées pour trouver des solutions concrètes, testées et validées rapidement. Les échanges entre la startup et des centres de recherche reconnus confortent l’idée que la science citoyenne, portée par des acteurs de terrain, peut jouer un rôle moteur.

Enfin, l’entreprise bénéficie du contexte législatif français et européen qui cherche à limiter l’utilisation de produits phytopharmaceutiques potentiellement nuisibles. C’est un avantage compétitif non négligeable pour les solutions de piégeage respectueuses de l’environnement.

La lutte intégrée contre les nuisibles repose sur l’association de plusieurs méthodes : surveillance, prévention, contrôles biologiques, piégeage sélectif et, en dernier recours, usage de produits chimiques ciblés. Cette approche globale limite l’émergence de résistances et réduit l’impact négatif sur l’environnement.

En ce sens, l’exemple de Ma Boite à Moustique souligne la nécessité de disposer de solutions modulables, capables de s’intégrer dans un plan d’action plus vaste. L’identification des zones à risque, l’information des riverains et l’implication des collectivités forment un tout cohérent, renforçant l’efficacité des pièges. Si l’on se projette à moyen terme, le modèle pourrait s’étendre à d’autres insectes envahissants, si la R&D continue de progresser.

Un avenir prometteur pour la protection environnementale

Avec cette récente levée de fonds, Ma Boite à Moustique consolide sa position de pionnière sur le marché français et amorce une internationalisation pragmatique. Entre la mobilisation d’experts, la production locale et l’ambition de couvrir de nouveaux pays, la jeune pousse toulousaine semble disposer de solides atouts pour aborder les défis à venir.

Le pari est de montrer qu’on peut concilier innovations technologiques, fabrication responsable, intégration sociale et performance économique. Si le concept se développe avec le même engouement à l’échelle européenne, il contribuera non seulement à améliorer la qualité de vie des habitants, mais aussi à promouvoir une certaine vision de la préservation de la biodiversité.

Un modèle d’éco-innovation qui, par son approche scientifique et humaine, pourrait influencer durablement notre manière de lutter contre toutes sortes d’espèces nuisibles.