Quel avenir pour l'aéroport de Toulouse-Blagnac en 2025 ?
Découvrez comment l'aéroport de Toulouse se réajuste suite à la fermeture d'EasyJet et ses perspectives pour 2025.

L’aéroport de Toulouse-Blagnac affronte une période charnière où ses fondamentaux se déplacent du domestique vers l’international. Après une année 2024 en demi-teinte et un premier semestre 2025 fragilisé par la fermeture de la base EasyJet, la plateforme doit recomposer son modèle. Les chiffres sont parlants, mais les leviers existent et les acteurs locaux s’activent pour en tirer parti.
Atb rétrogradé au classement national : ce que disent les chiffres 2024
L’année 2024 a figé une réalité que le marché pressentait déjà. Avec 7,8 millions de passagers, Toulouse-Blagnac a perdu un rang au classement des aéroports français et devient la cinquième plateforme régionale, désormais derrière Bâle-Mulhouse, portée par une offre internationale dense et une demande transfrontalière soutenue.
Le profil historique de Toulouse reste celui d’un aéroport à forte dominante affaires, très connecté à Paris et aux capitales européennes. Or cette spécialisation a montré ses limites lorsque la desserte domestique a décroché, particulièrement sur les liaisons vers Paris opérées par Air France, en retrait continu depuis cinq ans. Le bilan est net : près de 800 000 passagers perdus sur l’axe parisien entre 2019 et 2024.
Ce repositionnement partiel s’inscrit dans une tendance française documentée par les services de l’État : l’international a rebondi plus vite quand le domestique tarde à retrouver ses volumes d’avant-crise sanitaire. Le différentiel pèse sur les plateformes orientées vers le trafic intérieur, dont Toulouse, qui subissent des arbitrages capacitaires défavorables au profit des grands hubs et de quelques lignes européennes à forte densité.
Repères clés sur la performance 2024
7,8 millions de passagers à Toulouse, cinquième aéroport régional. Bâle-Mulhouse a comptabilisé environ 8,5 millions de voyageurs sur la même période, porté par son essor international.
Sur le plan commercial, la dépendance au marché affaires présente un double effet. Elle assure un yield potentiel plus élevé, mais se montre plus sensible aux rationalisations de programmes, aux politiques voyages des entreprises et aux nouvelles habitudes de visioconférence. Les arbitrages d’Air France vers Paris et la contraction des transversales ont ainsi réduit la base de trafic récurrent sur laquelle s’appuyait ATB.
Pour autant, la part de l’international a progressé dans le mix de l’aéroport, modifiant la structure de revenus et percutant la saisonnalité. Le rattrapage du long-courrier point à point reste limité, mais le moyen-courrier européen et quelques liaisons non Schengen bien calibrées offrent des relais, notamment sur les périodes hautes.
Fermeture de la base easyjet : effets immédiats sur le deuxième trimestre 2025
La fermeture de la base EasyJet à Toulouse en avril 2025 a agi comme un révélateur. Dès le deuxième trimestre, le trafic total s’établit à 2 060 438 passagers, en baisse de 3,7 % par rapport à la même période en 2024. La compagnie britannique avait auparavant acheminé environ 1,5 million de passagers annuels depuis Toulouse et a réduit son réseau local de 20 à 10 destinations à compter de janvier 2025.
Cette sortie opérationnelle s’est traduite par une contraction visible des liaisons domestiques hors Paris, où les transversales ont lâché 12 % de trafic entre avril et juin. Sur la période, le domestique atteint un peu plus de 826 000 passagers et accuse un déficit de 37 % par rapport à 2019. Sur les seules transversales, l’écart avec l’avant-crise grimpe à 42 %.
Les coupures de lignes vers Lille et Rennes ont déstabilisé l’écosystème régional. Au-delà des voyageurs loisirs, ce sont surtout les déplacements d’affaires et l’interconnexion des bassins économiques régionaux qui en pâtissent. Le message envoyé au marché est clair : la présence d’une base, ses équipages et sa maintenance locale constituent un multiplicateur de fréquences et de réactivité qui disparaît lorsque la compagnie passe sur un modèle d’exploitation hors base.
Une base locale signifie avions et équipages stationnés sur place, donc des débuts de rotations plus tôt, des fin de journées plus tardives et des temps de réponse améliorés en cas d’aléas. Sans base, la compagnie limite les fréquences, concentre ses avions ailleurs et réduit la palette d’horaires.
Résultat : le yield local se détériore et les correspondances informelles disparaissent. Pour l’aéroport, c’est un choc immédiat en termes de redevances, de commerces et d’emploi.
Au plan financier, ATB anticipe en 2025 une réduction d’environ 30 % du trafic EasyJet, soit une perte annuelle proche de 500 000 passagers. Un tel recul se répercute mécaniquement sur les redevances d’usage de l’infrastructure et sur la recette commerciale airside. L’impact s’étale aussi sur la chaîne locale, des handlers aux services aéroportuaires.
Air france : repositionnement domestique
En parallèle, Air France a resserré son offre sur l’axe Paris et limité certaines fréquences, ce qui renforce la dépendance d’ATB à des liaisons européennes point à point. La trajectoire est connue : réallocation des capacités vers les hubs et montée en puissance du train sur certaines distances, avec un arbitrage prix-temps qui favorise le rail sur les trajets de quelques heures.
Cette double inflexion, de la part d’une low-cost de premier plan et de l’opérateur historique, constitue le cœur du défi actuel de Toulouse. La solidité de l’international devient un amortisseur, mais elle ne compense pas, à court terme, la fréquence des déplacements affaires domestiques perdus.
International en soutien : lignes rentables et mix réajusté
Le point positif ressort sans ambiguïté. Au deuxième trimestre 2025, le trafic international atteint 1,2 million de passagers, soit 98 % du niveau d’avant-crise. La part de l’international dans le trafic total d’ATB s’établit désormais à 60 %, un niveau significatif qui donne de l’air à la plateforme.
La lecture par zones révèle un contraste. Les liaisons intra-Schengen affichent un repli de 4 % par rapport à 2024, et de 7 % face à 2019. À l’inverse, les lignes hors Schengen reculent de 7 % sur un an, mais progressent de 10 % par rapport à 2019, signalant un regain du segment loisirs haut de gamme et VFR long rayon d’action.
Air canada : la desserte de montréal s’installe
La transatlantique Toulouse Montréal opérée par Air Canada confirme sa pertinence. Le taux de remplissage de 80 % témoigne d’un équilibre entre clientèles affaires, visites familiales et tourisme urbain. Pour ATB, l’intérêt est double : cette ligne élargit la zone de chalandise sans passer par un hub européen et contribue à améliorer le mix de revenus grâce à des billets à plus forte valeur.
Norwegian : pivot scandinave
La compagnie Norwegian a confirmé sa reprise de Copenhague au printemps 2025, après un été 2024 satisfaisant, et a ajouté Oslo à son programme. Si le volume reste contenu, ces liaisons ouvrent des corridors nordiques utiles aux industriels et aux techs, tout en renforçant l’attractivité touristique de Toulouse auprès des marchés scandinaves.
On désigne par lignes transversales les liaisons domestiques hors radiales Paris. Elles relient entre elles des villes françaises sans passer par la capitale. Leur équilibre économique dépend de la densité locale et de la présence d’opérateurs low-cost. À Toulouse, leur recul est prononcé depuis 2019, notamment après la fermeture de la base EasyJet.
Au-delà de quelques succès ciblés, la voie de consolidation pour ATB consiste à soutenir les liaisons internationales à haut potentiel tout en cultivant des niches capables de générer un trafic régulier hors saison. Le calibrage des capacités sur les jours forts et l’optimisation des horaires restent déterminants pour stabiliser les coefficients de remplissage et le yield des compagnies.
Stratégie à court terme côté aéroport
ATB mise sur l’international point à point pour amortir la contraction domestique. La priorité se concentre sur des marchés à effet volume en Europe et sur quelques ouvertures ciblées hors Schengen capables de nourrir des coefficients de remplissage robustes.
Tarifs, coûts et réglementation : un environnement moins lisible pour les compagnies
La trajectoire des prix des billets influe sur la demande, surtout pour les segments loisirs. L’indice des prix du transport aérien, suivi par l’administration, éclaire cette dynamique en croisant le signal tarifaire avec le trafic. En 2025, l’équation du marché reste tendue pour les opérateurs, entre coûts opérationnels et nécessité de capter la demande.
Les compagnies arbitrent à partir de plusieurs variables : coût carburant, niveaux de redevances aéroportuaires, charges sociales, accessibilité à la main-d’œuvre qualifiée, et environnement réglementaire. Les low-cost ajustent leurs bases lorsqu’un ensemble de facteurs dégrade la profitabilité locale. C’est l’un des ressorts du repositionnement observé à Toulouse en 2025.
L’indicateur suit l’évolution des prix moyens des billets vendus par les compagnies sur le marché français, en distinguant notamment domestique et international. Il permet de relier la tarification à la demande observée. En juillet 2025, il sert de référentiel pour interpréter la reprise différenciée entre intérieur et international en France (ministère de la Transition écologique, juillet 2025).
À ces déterminants économiques s’ajoute une lame de fond réglementaire et sociétale. Les objectifs climatiques poussent à la rationalisation des vols courts dès lors qu’une alternative ferroviaire existe dans une fenêtre de temps compétitive. Cette orientation, déjà visible dans plusieurs décisions publiques, reconfigure les programmes domestiques et encourage les compagnies à recentrer leurs efforts vers des liaisons européennes performantes.
Les données agrégées de l’aviation civile montrent un rebond de 7 % du trafic passagers en France en 2024 par rapport à 2023, mais avec des écarts marqués selon les régions. Les aéroports à fort ancrage international ont prolongé la reprise. Ceux fortement exposés au domestique, comme Toulouse, se heurtent à une normalisation plus lente, à la fois conjoncturelle et structurelle (DGAC, 2024).
Retombées locales et emploi : l’écosystème toulousain sous tension
Les effets se lisent sur l’économie réelle. La fermeture de la base EasyJet a impacté de façon directe l’emploi basé sur la plateforme, qui comptait environ 200 salariés pour la low-cost. Les mécanismes de reclassement et les sorties ont été étalés, mais l’effet d’entraînement sur les sous-traitants et les activités annexes est tangible.
À l’échelle métropolitaine, Toulouse vit un double paradoxe. Capitale européenne de l’aéronautique industrielle, elle dépend, pour son trafic aéroportuaire, de segments affaires domestiques qui ont basculé dans une nouvelle normalité. L’affaiblissement de la navette vers Paris réduit les voyages professionnels courts, alors même que la chaîne de valeur locale reste mondiale.
Le commerce, l’hôtellerie et l’événementiel ressentent la baisse des flux domestiques. Toutefois, l’essor international redéploie les recettes vers d’autres périodes et d’autres attaches géographiques. Les nouvelles liaisons au départ de Toulouse génèrent des retombées économiques valorisées à plusieurs millions d’euros par an, grâce aux séjours entrants et à la dépense locale des visiteurs.
Qui est atb et comment l’actionnariat a évolué
L’aéroport Toulouse-Blagnac a été privatisé en 2015, avec l’entrée au capital du consortium Casil Europe en tant qu’actionnaire majoritaire. Cette participation a été cédée en 2019, entraînant un nouveau cycle de gouvernance. L’épisode a sensibilisé le territoire à la question de la maîtrise stratégique de l’outil aéroportuaire, un sujet redevenu central à l’heure des transitions écologique et énergétique.
Dans cette configuration, le gestionnaire aéroportuaire et les partenaires publics locaux cherchent un équilibre entre exigences financières, impératifs de service et trajectoire carbone. Le pilotage du plan d’investissements, y compris sur les infrastructures d’accueil et les process sol, vise à accroître la résilience opérationnelle et à soutenir les segments porteurs.
Ce qui change pour les voyageurs toulousains en 2025
- Moins de choix sur les transversales domestiques, notamment vers Lille et Rennes.
- Plus d’options vers l’international, avec un accent sur l’Europe du Nord et l’Amérique du Nord.
- Horaires moins étendus sur certaines lignes low-cost du fait de l’absence de base locale.
Comparatif avec d’autres plateformes : quelles stratégies gagnantes
La séquence 2024 2025 révèle un marché à plusieurs vitesses. Nice, Lyon et Marseille conservent une avance en volumes absolus. Bâle-Mulhouse a dépassé Toulouse grâce à une orientation internationale forte et à un bassin transfrontalier dense. Bordeaux-Mérignac a pour sa part accéléré sur 2024, avec environ 10 % de croissance, portée par un réseau low-cost élargi.
Ces trajectoires dessinent une grille de lecture. Les plateformes qui combinent ancrage international, présence de bases low-cost et alliances avec les majors ont mieux amorti la lenteur du domestique. De telles configurations offrent un coussin de lignes à forte densité, des périodes de pointe plus longues et davantage de leviers tarifaires.
Bâle-mulhouse : cap sur l’europe et au-delà
À l’EuroAirport, la diversité des opérateurs et la demande trinationale ont favorisé les réouvertures post-crise. Le positionnement aux frontières suisse et allemande attire des clientèles solvables vers des destinations intercontinentales via hubs, et alimente un flux solide sur l’européen point à point.
Bordeaux-mérignac : le moteur low-cost
À Bordeaux, le soutien de plusieurs opérateurs low-cost, dont Ryanair, a permis un rebond rapide. Les gains s’expliquent par une politique d’ouverture de lignes et par des fréquences adaptées aux pics saisonniers, avec une logique de portefeuille qui compense les baisses domestiques.
Pour Toulouse, la voie d’inspiration ne suppose pas un copier-coller. Le profil affaires du bassin, la présence d’Airbus et l’écosystème aéronautique imposent une matrice de lignes sélective orientée vers les grandes villes européennes et quelques long-courriers ciblés. La clé se situe dans la stabilité des opérateurs et des programmes sur l’année, afin d’éviter les à-coups capacitaires.
Gouvernance, offre et investissements : le triptyque à ajuster
Dans ses communications, Philippe Crébassa, directeur d’ATB, a indiqué viser un niveau plancher entre 2025 et 2026. L’hypothèse de travail tient en une phrase : passer le creux en refondant l’offre et en renforçant l’international pour redresser la trajectoire dès que le domestique se stabilise.
La dimension investissements est clé. Elle touche le cœur des opérations : sobriété énergétique, optimisation du parcours passagers, digitalisation des process et préparation aux carburants durables côté piste. Ces éléments deviennent des critères de choix pour les compagnies, en complément des redevances et des perspectives de trafic.
Sur le volet commercial, la feuille de route privilégie quelques axes : verrouiller les lignes internationales performantes, susciter des ouvertures vers des hubs complémentaires et reconstruire progressivement un socle domestique là où la demande justifie un retour des fréquences. L’objectif n’est pas d’aligner des annonces, mais de pérenniser les routes en calibrant la capacité à un niveau rentable pour les opérateurs.
Atb : démarche de diversification maîtrisée
Après le choc EasyJet, la priorité consiste à rééquilibrer le portefeuille des compagnies et à réduire la dépendance à un seul acteur low-cost. Cette diversification permet de lisser les cycles et de maintenir un socle de fréquences satisfaisant. En parallèle, l’aéroport poursuit des initiatives environnementales qui s’inscrivent dans les objectifs nationaux et européens, valorisables auprès des investisseurs et des transporteurs.
Dans l’immédiat, l’issue se jouera sur la capacité à sécuriser les pics saisonniers et à éviter les trous d’horaires qui minent les coefficients de remplissage. En clair, une approche fine du slot management et des incitations commerciales ciblées peuvent produire des résultats visibles en deux saisons.
Indicateurs de marché et signaux faibles à surveiller
Trois familles d’indicateurs guideront les arbitrages d’ATB à moyen terme. D’abord, l’indice des prix du transport aérien pour ajuster l’offre à la sensibilité tarifaire des clientèles, notamment loisirs.
Ensuite, le profil de reprise du domestique mesuré par la reconstruction des transversales et la stabilisation des radiales vers Paris. Enfin, le niveau d’engagement des compagnies via leur plan de flotte et l’allocation de capacités en saison été.
Les notes de conjoncture publiques récentes confirment que les low-cost opèrent des recalages de bases au gré des coûts et de la concurrence. Cette mobilité interne au secteur implique pour ATB un dialogue rapproché avec les opérateurs, afin d’anticiper les cycles et de proposer des conditions d’exploitation attractives sans dégrader la performance économique de la plateforme.
Un niveau à 98 % de 2019 sur l’international ne signifie pas un retour intégral à la normale. Les panachages de classes tarifaires, les journeys et la saisonnalité ont évolué.
Le remplissage demeure solide, mais la valeur moyenne par siège dépend du mix affaires-loisirs et de l’orientation géographique. C’est un point d’attention pour la rentabilité des compagnies comme pour les redevances aéroportuaires.
À ce titre, l’optimisme circonspect affiché par la direction d’ATB peut se lire comme une stratégie de tempo. Il s’agit d’absorber les chocs 2025 et 2026, puis de profiter du cycle haussier des renouvellements de flotte et des ouvertures de créneaux en Europe pour reconstituer un portefeuille de lignes robuste.
Cap 2026 : repasser le point bas sans s’enliser
Si la base EasyJet a été un pilier du développement de Toulouse lors de la décennie précédente, sa fermeture rappelle la volatilité des équilibres low-cost. Pour passer le cap, la plateforme mise sur la solidité croissante de l’international et sur une stabilisation progressive du domestique. C’est l’ambition portée par le management, qui voit 2025 et 2026 comme des années plancher avant une normalisation.
La réussite tiendra à une série de choix précis : sécuriser les liaisons rentables, remonter des fréquences ciblées sur quelques transversales, et accompagner les compagnies par des conditions d’exploitation lisibles. Les signaux déjà visibles sur Montréal, Copenhague et Oslo montrent que la demande répond lorsque l’offre est bien calibrée. En synthèse, ATB joue une partie d’équilibre où l’international sert de plancher de charge, à charge pour le domestique de retrouver un second souffle pour que la croissance redevienne structurelle.