Quelles décisions stratégiques pour les dirigeants en 2025 ?
Découvrez comment les dirigeants français anticipent les défis économiques en 2025 avec des stratégies agiles et une gouvernance renforcée.

Rentrée chargée pour les dirigeants français : face à des signaux économiques mitigés, à des tensions commerciales et à un environnement réglementaire plus exigeant, les priorités se resserrent autour de la maîtrise des risques, de la solidité financière et d’une gouvernance plus précise. Les témoignages recueillis par LinkedIn Actualités éclairent ces arbitrages, tandis que les échanges de la Rencontre des entrepreneurs de France (LaREF) confirment l’exigence d’un cap clair côté entreprises.
Les décisions que les dirigeants prennent réellement à la rentrée 2025
Les retours d’expérience d’entrepreneurs et de dirigeants relayés par LinkedIn Actualités pointent une même ligne directrice : accepter l’incertitude comme donnée de départ, puis structurer l’action autour d’un triptyque récurrent : anticiper, sécuriser, accompagner. Concrètement, cela se traduit par des feuilles de route ajustées trimestre par trimestre, une discipline accrue de suivi des indicateurs et une communication resserrée avec les équipes.
La tonalité générale n’est pas au repli, mais à l’agilité. Plusieurs dirigeants mettent en avant :
- La veille stratégique sur les sujets qui affectent directement les coûts et la compétitivité : droits de douane sur certaines importations, répercussions des chaînes logistiques, disponibilité des talents, évolution des charges.
- La sécurisation des actifs au-delà du seul financier : cybersécurité, conformité IA, réputation des marques et robustesse des relations fournisseurs.
- L’accompagnement du collectif : donner des repères, lever le brouillard sur les priorités, investir les managers de proximité, et renforcer les dispositifs de formation.
Les échanges à LaREF confirment cette tendance : l’organisation patronale a rappelé que des décisions publiques mal calibrées peuvent peser lourdement sur l’activité, spécialement pour les entreprises à marges vulnérables. Le message, largement partagé par les dirigeants : stabilité des règles, visibilité et exécution constituent des prérequis de compétitivité et d’emploi en France.
Ce que veulent éviter les dirigeants en 2025
Trois écueils cités de manière récurrente par les chefs d’entreprise :
- Décider sur signaux faibles mal interprétés : la veille doit être structurée et contradictoire pour éviter les biais.
- Changer trop souvent de cap : l’agilité ne justifie pas l’instabilité stratégique. On ajuste, on n’oscille pas.
- Négliger l’exécution : le différentiel de performance vient de la qualité du delivery, pas seulement du plan.
Capex, marges et trésorerie : arbitrer finement quand la visibilité se réduit
La première ligne de défense reste la finance d’entreprise. Les dirigeants interrogés insistent sur un point : la gestion du cash n’est pas un réflexe défensif, c’est un actif stratégique. La combinaison hausse des coûts de financement par rapport à 2021, pressions sur les intrants et délais de paiement parfois tendus oblige à prioriser les investissements et à protéger la marge opérationnelle.
Les approches efficaces observées en 2025 comportent souvent un socle commun :
- Capex modulaires : engagement par étapes avec clauses de sortie, plutôt que déploiements massifs immédiats. Objectif : préserver l’optionalité.
- Amélioration du besoin en fonds de roulement : négociation des délais fournisseurs et clients, pilotage fin des stocks, automatisation de la facturation et du recouvrement.
- Prix et mix : révision de la tarification là où la valeur ajoutée est défendable, rationalisation de l’offre à faible marge et concentration sur les segments résilients.
Des dirigeants insistent sur la nécessité de se doter d’outils pour arbitrer dans la durée : modèles de scénarios incluant hypothèses d’inflation, de volumes et de change, table d’actions assortie d’alertes seuils, comité cash réuni à cadence rapprochée. Ce pragmatisme évite les décisions de rupture soudaines et conserve des marges de manœuvre si la conjoncture se dégrade.
Pour chaque projet : 1) contribution marge brute à 12 et 24 mois avec sensibilité volumes et prix, 2) impact BFR et engagement de cash cumulé, 3) dépendances réglementaires et cyber, 4) alternatives locatives ou as a service, 5) indice de criticité clients, 6) scénario d’arrêt sans coût caché. Un scoring de 1 à 5 permet une sélection transparente en comité.
Le financement externe reste accessible mais plus sélectif : décote sur les projets non alignés avec un ROI court, interrogations plus serrées des banques sur la gouvernance et la cybersécurité, diligence accrue des fonds. Un dirigeant résume : investir oui, mais en privilégiant ce qui renforce la compétitivité profonde, comme l’automatisation, la donnée et la sécurisation des flux.
Compliance 2025 : ia, cybersécurité et reporting extra-financier redistribuent l’agenda
Au-delà des signaux économiques, l’agenda réglementaire 2025 s’intensifie. Trois blocs concentre l’attention : l’IA Act et ses obligations progressives, la mise en conformité NIS2 pour des secteurs élargis, et la généralisation du reporting CSRD avec des exigences de données auditables.
Les obligations ne sont pas purement formelles : elles conditionnent l’accès à certains marchés, la capacité à lever des fonds et la relation avec les grands donneurs d’ordre. Les directions juridiques et les DAF s’alignent désormais très tôt avec les DSI pour éviter les surcoûts de mise en conformité en bout de chaîne.
Repères calendaires 2025 à connaître
IA Act : texte entré en vigueur en 2024 avec application progressive. Interdictions de certaines pratiques dès début 2025, exigences pour systèmes d’IA à usage général courant 2025, obligations pour systèmes à haut risque plus étalées jusqu’en 2027 (JOUE, 2024).
NIS2 : transposition nationale engagée et exigences de sécurité renforcées pour de nombreuses entités dites essentielles ou importantes à partir de 2024-2025. Les volets gouvernance et gestion des incidents doivent être outillés dès maintenant.
CSRD : les grandes entreprises et entités d’intérêt public ont ouvert la voie sur l’exercice 2024. Une deuxième vague d’entreprises publie au titre de l’exercice 2025, avec plus de granularité sur les indicateurs et le contrôle d’audit.
Côté commerce international, la montée des mesures de défense commerciale en Europe rebat la carte des achats. Les dirigeants citent une conséquence directe : contrats plus courts, clauses d’indexation plus fines, second sourcing hors zones sensibles. La fonction achat retrouve un rôle de pilotage stratégique, au même titre que la supply chain et le juridique.
Les déploiements IA soumis à l’IA Act ne dispensent pas des contraintes RGPD. Les clauses contractuelles doivent couvrir : base légale des traitements, localisation et gouvernance des données, gestion des biais et documentation technique, modalités d’audit et de retrait si non-conformité. Anticiper ces clauses réduit la friction lors des due diligences clients.
Fiv conseils : stratégie et résultats
Dans l’enseignement du management et l’accompagnement RH, la ligne de crête consiste à faire de l’incertitude une matière pédagogique. Les travaux menés autour de la capacité d’adaptation, de la créativité sous contrainte et de l’usage raisonné de l’IA préparent des managers capables de décider en zone grise. Cette approche, portée par des praticiens du terrain, est de plus en plus recherchée par les organisations qui veulent garder l’adhésion des jeunes talents sans renoncer à l’exigence opérationnelle.
Compétences, management et génération z : des équipes plus rapides, pas moins engagées
Le discours catastrophiste sur la génération Z ne résiste pas à l’observation de terrain. Beaucoup de dirigeants attestent d’une génération rapide, volontaire, orientée projet, qui impose aux organisations plus de transparence et de clarté. Le vrai défi est managérial : rendre les objectifs lisibles, raccourcir les boucles de feedback et donner du sens à la contribution individuelle.
Dans ce cadre, trois chantiers dominent en 2025 :
- Recruter avec exigence : mieux définir les compétences attendues, apprécier la capacité d’apprentissage, privilégier le potentiel sur la stricte correspondance de CV.
- Professionnaliser la formation : micro-learning, tutorat interne, acculturation à l’IA générative, valorisation de la data dans les métiers non techniques.
- Aligner la performance et l’impact : éviter l’arbitraire des objectifs, rattacher les initiatives sociales et environnementales à des livrables opérationnels.
Arbenn : stratégie et résultats
Le modèle de ce cabinet de recrutement met en avant une promesse claire : exigence dans la sélection et accompagnement des transformations, avec une part de la facturation reversée à des associations. L’approche illustre un mouvement de fond : la performance sociale n’est plus traitée en périphérie, elle est intégrée à l’offre de valeur. Les clients recherchent ainsi un partenaire capable de sécuriser les recrutements et d’aligner les équipes sur des transformations parfois sensibles.
Points de vigilance RH observés en 2025
Les contentieux sur le temps de travail et les clauses de mobilité appellent une sécurisation contractuelle fine. La digitalisation des processus RH exige un cadrage RGPD solide. Enfin, l’usage des outils d’IA pour l’évaluation de candidatures doit être documenté, explicable et auditable pour éviter les biais et les risques de non-conformité.
Risques climatiques et immobilier des particuliers : le coût diffus du retrait-gonflement des argiles
Le climat n’est pas un sujet lointain pour l’économie réelle. La montée des aléas affecte directement l’outil productif, les actifs des ménages et les portefeuilles des assureurs. En France, le retrait-gonflement des argiles (RGA) gagne en visibilité : périodes de sécheresse suivies de réhumidification déforment les sols argileux, fissurant des milliers d’habitations et renchérissant les réparations, les franchises et les primes assurantielles.
Cette réalité a un impact macroéconomique discret mais coûteux : valeur des biens immobiliers, consommation contrainte pour les ménages sinistrés, hausse des charges pour les collectivités et arbitrages budgétaires pour les assureurs. Pour les entreprises du bâtiment, des matériaux et des assurances, l’enjeu est double : prévenir et informer.
Fissures prévention info : sensibiliser pour prévenir
Des acteurs associatifs se mobilisent pour rendre intelligible un sujet technique et souvent mal connu. Priorités : information des propriétaires, outillage des artisans et élus, et promotion de solutions de prévention.
Le fil conducteur : mieux vaut investir dans le diagnostic et l’entretien que réparer dans l’urgence à coûts élevés. La montée en compétence des parties prenantes locales réduit les dommages collatéraux sur les budgets des ménages et sur la chaîne des assureurs.
Le régime des catastrophes naturelles peut intervenir sous conditions d’intensité anormale de l’agent naturel et de reconnaissance par arrêté. Pour le RGA, la preuve du lien entre dommages et phénomènes climatiques locaux est centrale.
Les délais de déclaration et la qualité des expertises conditionnent l’indemnisation. Les entreprises peuvent aider leurs salariés sinistrés en diffusant des guides de démarches et des contacts de professionnels qualifiés.
Sécuriser les actifs immatériels : cyber, réputation et enquêtes de due diligence
La multiplication des menaces numériques, la volatilité de l’information en ligne et les obligations réglementaires redéfinissent la notion d’actif stratégique. En 2025, les dirigeants placent la cybersécurité, la réputation et la due diligence au cœur de la gouvernance. L’objectif : limiter les arrêts de production, protéger les données clients et éviter les risques juridiques ou réputationnels qui peuvent faire dérailler une opération commerciale ou une levée de fonds.
Les approches structurantes constatées :
- Cartographier les risques par processus et par actif critique, au-delà de l’IT strict, avec une implication du Comex.
- Industrialiser la réponse à incident : playbooks, exercices réguliers, autorités de décision identifiées, communication de crise préparée.
- Intégrer la due diligence élargie dans les achats, les partenariats et le M&A : conformité, éthique, sanctions, sécurité des chaînes.
Semkel : stratégie et résultats
Dans le champ de la cybersécurité et de l’intelligence économique, l’accent mis sur l’anticipation et l’accompagnement montre un effet d’entraînement : sécuriser les actifs numériques, mais aussi la réputation et les partenaires. Ce triptyque s’inscrit parfaitement dans les priorités 2025 : préparer, protéger, expliquer. La croissance se joue autant dans la confiance que dans la technologie pure.
Confondre inventaire technique et analyse de risque, omettre les dépendances fournisseurs critiques, sous-estimer la menace interne, ignorer la dimension juridique des flux de données transfrontières, et négliger le plan de continuité d’activité. Une cartographie pertinente est vivante, révisée, et connectée aux décisions d’investissement.
Communication, marque et nouveaux relais de valeur : transformer la visibilité en actif économique
Beaucoup de dirigeants parlent de résilience. Peu traduisent la visibilité en levier économique. En 2025, la communication devient un actif mesurable : elle soutient la conquête commerciale, sécurise le recrutement, et consolide la confiance des partenaires financiers. À ce titre, les PME et ETI commencent à adopter les réflexes des grandes marques : récurrence des prises de parole, cohérence des messages et mesure de la performance marketing.
Dans les secteurs créatifs, les tensions économiques ont fragilisé certaines structures. Pourtant, les entrepreneurs témoignent que multiplier les collaborations et documenter ses preuves de valeur aide à traverser le cycle. La logique est simple : la rareté de l’attention impose un contenu utile et crédible, et la clarté d’une proposition contribue directement à la confiance.
Arbenn : gouvernance et impact comme proposition de valeur
L’exemple de ce cabinet de recrutement illustre la montée d’un standard attendu : aligner une offre de performance avec des engagements concrets, traçables. La récurrence d’une contribution à des associations, intégrée au modèle économique, transforme un engagement en facteur de réassurance. Les dirigeants clients y lisent un signal de sérieux dans l’exécution et d’attention portée aux parties prenantes.
Leasing d’œuvres d’art : mécanisme et garde-fous
Pour certaines entreprises, l’intégration de l’art aux espaces et à l’expérience client passe par la location avec option d’achat d’œuvres auprès de partenaires spécialisés. Les loyers peuvent, sous conditions, être comptabilisés en charges.
Toutefois, la prudence fiscale s’impose : respect des conditions d’exposition dans les locaux accessibles au public ou aux salariés, documentation de l’intérêt pour l’entreprise, et cohérence avec les règles comptables. Le dispositif d’acquisition d’œuvres d’art d’artistes vivants prévu à l’article 238 bis AB du CGI reste encadré et doit être manié avec conseil.
Des dirigeants soulignent un bénéfice indirect : cohésion interne et différenciation client. L’enjeu n’est pas la spéculation, mais l’expérience et le récit d’entreprise. Les retours les plus convaincants reposent sur un commissariat exigeant, des partenariats fiables et une gouvernance sans ambiguïté sur la propriété et l’entretien des œuvres.
Indicateurs de communication à suivre par un Comex
Pour piloter l’impact, quatre familles d’indicateurs suffisent : 1) considération de marque sur segments cibles, 2) efficacité commerciale (coût d’acquisition, taux de transformation), 3) attractivité RH (taux d’acceptation d’offre, délais de recrutement), 4) risque réputationnel (temps de réponse en cas d’incident, tonalité des mentions). Les KPI doivent être intégrés aux rituels de pilotage, au même titre que les métriques financières.
Gouvernance de crise et esprit d’équipe : l’agilité comme discipline, pas comme posture
Plusieurs dirigeants le rappellent : la peur peut paralyser, mais la discipline d’équipe la surmonte. L’expérience du sport collectif infuse parfois les pratiques managériales : rituels courts, rôles clairs, feedback honnête, droit à l’essai. Cette culture d’itération permet de transformer l’incertitude en terrain d’apprentissage et, souvent, en opportunité.
Là encore, la gouvernance compte. Le Comex qui réussit en 2025 maintient un agenda lisible : une vision à deux ans avec hypothèses explicites, des objectifs à 12 mois réalistes, des priorités trimestrielles resserrées. L’alignement entre finances, opérations, RH et IT est travaillé. Les arbitrages sont expliqués. Et la transparence sur ce qui est maîtrisé ou non renforce la confiance interne.
Art et entreprise : de la vitrine à l’actif culturel
Au-delà des tendances, un fil commun se dessine : la cohérence. Les entreprises qui mobilisent l’art, la technologie et l’engagement social le font pour servir une stratégie, pas pour cocher une case.
Les expositions en magasin, les collaborations avec des artistes, les formats événementiels n’ont d’impact que s’ils sont reliés à un objectif : expérience client, marque employeur, qualité de vie au travail. Les dirigeants qui en tirent une valeur durable ont sécurisé le cadre juridique et fiscal, documenté la gouvernance et mesuré l’effet sur leur activité.
Ce que retiennent les dirigeants pour la suite de 2025
Un enseignement se dégage : l’incertitude est devenue paramètre de base, non variable d’exception. La réponse efficace tient en trois mots : frugalité, précision, constance.
Frugalité dans l’allocation du capital et l’usage de la technologie. Précision des priorités, des plans d’exécution et de la conformité réglementaire. Constance dans l’attention portée aux équipes et aux partenaires, car la résilience est d’abord un bien collectif.
LaREF a rappelé ce que les dirigeants savent déjà : stabilité des règles et qualité d’exécution publique sont des moteurs de confiance. En attendant, les entreprises prennent les devants : elles simplifient, elles sécurisent et elles cultivent l’esprit d’équipe. C’est cette maturité opérationnelle qui bâtit de la performance dans la durée, quelles que soient les turbulences.
Au fond, la rentrée 2025 n’oppose pas prudence et ambition : elle exige l’une pour autoriser l’autre, en conjuguant discipline financière, rigueur juridique et engagement humain.