Les dernières annonces du ministère du Travail (source : Dares) ont révélé une évolution pour le moins inattendue du nombre de demandeurs d’emploi en France, hors Mayotte. Malgré une baisse sur le trimestre, la tendance précise, une fois les divers facteurs corrigés, laisse entrevoir un léger rebond. Cet article se propose d’en examiner chaque nuance et d’expliquer l’impact des nouvelles réglementations sur ces chiffres, parfois difficiles à décoder.

Un regard sur la hausse de 0,2 % une fois les effets neutralisés

Au deuxième trimestre 2025, la donnée la plus commentée reste la progression de 0,2 % du nombre de chômeurs de catégorie A en France Travail (hors Mayotte) quand on élimine plusieurs éléments administratifs et réglementaires perturbateurs. Cette hausse modeste constitue, selon la Dares, le reflet « de la situation conjoncturelle » du marché de l’emploi. Lorsqu’on ne retire pas ces effets, le ministère du Travail indique un recul de 5,7 % (en glissement trimestriel) pour la même catégorie, soit un total d’environ 3,2 millions de personnes sans activité.

Cette différence considérable entre la statistique brute et le chiffre corrigé soulève des interrogations : comment expliquer qu’une catégorie A en baisse dans les documents officiels soit considérée comme en légère hausse après ajustements ? L’explication réside dans la mise en application de réformes ambitieuses : la loi plein emploi, l’inscription automatique de certains publics (RSA et jeunes) et la modification du dispositif de sanction jouent un rôle essentiel. Sans l’intégration de ces nouveautés, le marché de l’emploi contribue effectivement à une progression mineure plutôt qu’à un recul important des effectifs en catégorie A.

Sur un an, la tendance évolue nettement puisqu’on observe une augmentation de 6,6 % de la catégorie A, toujours selon la Dares. Cette donnée témoigne d’un accroissement continu du volume de demandeurs d’emploi. Les économistes rappellent que la lecture de ces chiffres impose une prudence particulière en raison des ajustements réglementaires récents, car isoler la part purement économique de l’évolution reste un exercice complexe. Les observateurs soulignent toutefois que la correction de 0,2 % est la meilleure porte d’entrée pour évaluer la santé réelle du marché du travail.

Parallèlement, les catégories B et C (activité réduite) ont connu elles aussi des transformations. Sans tenir compte des changements administratifs, la Dares chiffre la hausse globale de toutes les catégories (A, B, C) à 0,9 % sur la même période. Pourtant, selon la vision officielle intégrant pleinement la réforme, ce bloc diminue de 2,2 % pour atteindre 5,6 millions d’individus inscrits. Même si l’on rappelle souvent que la reprise économique postérieure à la crise de certaines années passées a pu stimuler la reprise d’activité, l’influence des réformes reste indéniable.

Principes fondateurs des réformes en cours

L’ajustement des règles d’actualisation et la mise en place de la loi plein emploi modifient considérablement la lecture des chiffres du chômage. Depuis le 1er janvier 2025, les bénéficiaires du RSA et une partie des jeunes se retrouvent automatiquement inscrits sur les listes de France Travail. Concrètement, cela gonfle mécaniquement les effectifs des catégories de demandeurs d’emploi, car la mesure réduit le volume d’exclusions administratives (notamment la sortie pour « défaut d’actualisation ») et maintient plus longtemps certains profils dans la catégorie A, jusqu’à la signature d’un contrat d’engagement.

La Dares insiste régulièrement sur le fait que ces nouveaux inscrits, qui ne pouvaient pas auparavant être comptés comme demandeurs d’emploi, rendent la comparaison avec les périodes antérieures délicate. Pour les économistes qui tentent de discerner la part de l’évolution réellement liée à la dynamique économique, il est important de tenir compte de ces modifications significatives. Un graphe officieux diffusé par le ministère, d’après les données STMT, montre que la courbe s’infléchit fortement avant de s’ajuster, laissant transparaître un vecteur de croissance réelle plutôt modéré de la catégorie A.

Incidences concrètes de la loi plein emploi

Instaurée en début d’année 2025, la loi plein emploi vise à favoriser l’insertion professionnelle. Elle introduit notamment la participation obligatoire des bénéficiaires du RSA dans un parcours personnalisé, responsabilisant ainsi tous les acteurs. Les services de l’emploi précisent que les décalages dans les statistiques du chômage se départagent entre une amélioration certaine des accompagnements et un effet purement mécanique d’augmentation des inscrits.

Le poids des inscriptions automatiques sur la lecture des chiffres

Le mécanisme d’inscription automatique impacte principalement la catégorie A, dès lors que les nouvelles personnes inscrites restent en « sans activité » jusqu’à la conclusion d’un engagement effectif. Ainsi, l’opinion publique voit un paradoxe : malgré une apparente amélioration (baisse brute trimestrielle), les chiffres ajustés dégagent une légère remontée, plus en phase avec l’état réel du marché. Les transformations internes de la procédure d’actualisation aboutissent à diminuer le nombre de radiations pour « défaut d’actualisation » et incitent certains organismes employeurs à souligner le caractère artificiel d’une partie de la baisse brute observée.

En moyenne, sur le deuxième trimestre 2025, on recense 6 353 400 individus inscrits à France Travail dans l’ensemble des catégories (A, B, C, D et E), en excluant ceux en parcours social ou en attente d’une orientation. Au cours de ces mêmes mois, on compte 111 800 personnes inscrites en catégorie F (parcours social) et 887 800 en catégorie G (attente d’une orientation), sans correction des variations saisonnières, d’après la Dares. Ces populations ne suivent pas les mêmes règles d’actualisation que les catégories traditionnelles, ajoutant une complexité supplémentaire dans l’analyse statistique.

Concernant plus spécifiquement les catégories A, B, C, leur total se situe à 5 612 100 au deuxième trimestre 2025. Parmi eux, 3 212 400 sont recensés sans activité (catégorie A) et 2 399 700 cumulent un temps de travail partiel ou occasionnel (catégories B ou C). De plus, la Dares met en lumière une diminution globale de 2,2 % sur l’ensemble du trimestre pour les catégories A, B, C tout en rappelant une progression de 4,1 % sur un an. Dans le détail, la simple catégorie A affiche un recul de 5,7 % sur le trimestre et une hausse de 6,6 % sur un an.

Catégorie A : demandeurs d’emploi sans aucune activité professionnelle.
Catégories B et C : personnes en emploi réduit (selon un seuil horaire).
Catégories D et E : offre un statut particulier à ceux qui ne recherchent pas d’emploi pour diverses raisons (formation, maladie, etc.).
Catégories F et G : introduites en 2025, elles concernent respectivement le parcours social (F) et l’attente d’une orientation (G).

Indicateurs macroéconomiques et situation conjoncturelle

Cette différence entre la réalité économique, qui semble pointer vers une légère tension sur le marché du travail, et la diminution apparente du chômage, provient de la technicité croissante des outils de suivi. Nombre d’experts soulignent que la comparaison avec des périodes antérieures (par exemple la fin de l’année 2024) n’est plus totalement probante tant les règles d’inscription ont été remodelées. Certains économistes rappellent néanmoins que, si l’on se restreint à un champ non affecté par l’inscription automatique, les demandeurs d’emploi de catégorie A enregistreraient une baisse trimestrielle de 3,9 % et une hausse annuelle d’environ 6,0 %, selon les estimations officielles du ministère du Travail.

Cette lecture sectorisée serait donc, selon la Dares, celle qui se rapproche le plus de la « véritable » conjoncture économique, dans laquelle la baisse ponctuelle sur le trimestre s’explique par quelques dynamiques internes (politique d’embauche dans certains domaines, mise en place de formations, etc.). Cependant, l’augmentation sur un an démontre que la France reste aux prises avec un chômage structurel qui s’adapte aux conjonctures, sans pour autant régler définitivement la question du nombre élevé de demandeurs d’emploi dans le pays.

Sanctions, obligations et nouveaux dispositifs

En juin 2025, un décret est venu redéfinir le dispositif de sanction pour les personnes inscrites à France Travail ne respectant pas leurs obligations de recherche d’emploi et de suivi. D’après les rapports statistiques de la Dares, l’entrée en vigueur de ce texte aurait gonflé les chiffres de la catégorie A d’environ 5 000 personnes sur cette période, un effet non négligeable pour ceux qui analysent en profondeur la moindre fluctuation du chômage. Résultat : en l’absence de ce décret, les effectifs de la catégorie A auraient été légèrement inférieurs à la moyenne inscrite sur le deuxième trimestre 2025.

Au-delà de ce simple phénomène quantitatif, la crainte de sanctions plus strictes peut également impacter le comportement de certains inscrits. Certains observateurs soulignent que de nouveaux venus, peu habitués aux procédures, tardent en réalité à valider leurs obligations et sortent simultanément du marché statistique, ce qui crée parfois des effets de yo-yo d’un mois à l’autre. Globalement, l’objectif du gouvernement est d’inciter fortement les demandeurs d’emploi à suivre un parcours actif et à construire rapidement un projet d’insertion ou de formation professionnelle.

Les modifications portent principalement sur la simplification de la procédure et l’introduction de paliers de sanction plus facilement déclenchables. Le décret prévoit notamment :

  • Une suspension progressive des allocations pour manquement à l’obligation de recherche d’emploi.
  • La suppression de certaines étapes administratives pour accélérer le prononcé des sanctions.
  • Une responsabilisation renforcée des demandeurs, qui doivent justifier leurs démarches de manière plus systématique.

Comparatifs de données clés entre les trimestres

Pour mieux cerner l’ampleur de ces évolutions en catégorie A, ainsi que leur effet sur les regroupements A, B et C, il est utile de confronter quelques indicateurs de base sur deux périodes différentes. Cet exercice permet d’observer les écarts de manière simultanément brute et corrigée. Les chiffres ci-dessous sont tirés des observations officielles (source : Dares) et mettent en perspective la progression trimestrielle et l’évolution en glissement annuel.

Métriques Valeur T2 2025 Évolution trimestrielle Évolution annuelle
Catégorie A 3 212 400 -5,7 % +6,6 %
Catégories A, B, C 5 612 100 -2,2 % +4,1 %
Ensemble A, B, C, D, E 6 353 400 -2,2 % +3,4 %

Les écarts mis en évidence dans le tableau reflètent clairement le rôle majeur des politiques publiques et des ajustements réglementaires dans l’interprétation actuelle. Les données corrigées d’effets de structure (inscription automatique des allocataires du RSA et des jeunes) pointent vers une hausse de 0,2 % pour la catégorie A et de 0,9 % pour A, B, C, apparaissant plus cohérentes avec l’idée d’une demande d’emploi toujours soutenue, surtout dans certains secteurs moins pourvus en main-d’œuvre.

Focus sur les modifications de l’actualisation mensuelle

Depuis le début 2025, des changements ont été introduits dans la manière dont les inscrits confirment leur situation chaque mois. Jusqu’alors, le défaut d’actualisation était une cause majeure de sortie des listes. À présent, certains nouveaux arrivants (bénéficiaires du RSA, jeunes sous contrat d’engagement) ne sont plus soumis aux mêmes règles et demeurent systématiquement classés en catégorie A jusqu’à ce qu’un suivi concret soit mis en place. Cette nouveauté diminue mécaniquement les sorties administratives pour défaut d’actualisation.

Pour les acteurs du terrain, ce phénomène ne constitue pas seulement un artifice statistique. Il consolide aussi la relation avec les conseillers de France Travail en diminuant le risque de radiation involontaire. Selon certains professionnels, cela pourrait permettre un accompagnement plus stable, notamment pour les publics en situation de précarité qui ont souvent du mal à réaliser leurs démarches en ligne ou à respecter les échéances.

Bien que cet effet d’ajustement brouille la visibilité à court terme, la Dares insiste sur la nécessité de procéder à des comparaisons sur le moyen et le long terme, afin de mieux isoler les authentiques évolutions de conjoncture. Les entreprises ont apprécié de leur côté la stabilisation des listes : cela permet de diffuser leurs offres auprès d’un public inscrit plus longtemps, ce qui accroît la visibilité de postes pour des candidats potentiels.

Le champ non affecté par les nouvelles inscriptions

Dans le souci de proposer un éclairage complémentaire, le ministère du Travail précise régulièrement que si l’on retire du calcul l’influence des bénéficiaires du RSA et des jeunes en CEJ (Contrat d’Engagement Jeune), AIJ (Accompagnement Intensif des Jeunes) ou Pacea, le tableau global change sensiblement. Sur ce champ restreint, la catégorie A a affiché une baisse de 3,9 % au deuxième trimestre 2025, tout en augmentant de 6,0 % sur un an. La Dares argue que ce périmètre mieux circonscrit révèle l’évolution pure du marché du travail, moins perturbée par les inscriptions administratives massives.

Cependant, ce prisme est parfois jugé partiel, puisque l’ambition politique vise justement à intégrer davantage de populations au marché de l’emploi, ce qui rend légitime la mise en place d’une inscription plus large. Dans la pratique, l’observation d’un public plus étendu pourrait apporter une vision plus sincère du chômage. Il se dégage donc deux lectures : la première, limitée, qui souligne des indicateurs plus classiques et la seconde, plus large, qui reconnaît l’impact des nouveaux dispositifs. Chacune éclaire différemment la question de la progression annuelle.

En quoi consiste le « contrat d’engagement » ?

Selon la doctrine de France Travail, le contrat d’engagement constitue la clé de voûte du parcours d’accompagnement. Signé relativement tôt après l’inscription, il précise les droits et devoirs du demandeur d’emploi, ainsi que les différentes étapes qu’il devra suivre pour aller vers l’autonomie professionnelle et sociale. L’absence de signature retarde le changement de catégorie, ce qui influence les statistiques des demandeurs d’emploi sans activité.

Au cœur des analyses qualitatives

L’observation des chiffres bruts ne saurait être complète sans une lecture qualitative complémentaire. Les sociologues du travail notent que la diversité des publics désormais intégrés (par exemple des individus en grande précarité) nécessite un suivi plus approfondi par les conseillers. Désormais, ces personnes ne « sortent » plus facilement des radars, ce qui favorise la mise en relation avec des structures d’insertion, voire des entreprises susceptibles de leur proposer des contrats adaptés.

En outre, on constate que si les catégories de demandeurs d’emploi se multiplient, c’est pour tendre vers une catégorisation plus fine : entre ceux qui ne peuvent travailler que quelques heures et ceux qui subissent l’absence d’un véritable projet professionnel. La Dares estime que ces populations ont pu être sous-estimées auparavant, or l’effet de la réforme permet de mieux refléter la réalité. S’il en résulte à court terme une certaine complexité de lecture, on espère à moyen terme ajuster plus précisément les dispositifs d’accompagnement.

Exemple avec La Fabrique du Rebond

Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, La Fabrique du Rebond, association reconnue par certaines collectivités locales, a constaté que l’inscription automatique de nombreux jeunes éloignés de l’emploi révèle des besoins d’accompagnement psychologique et administratif inédits. L’équipe de conseillers y voit toutefois une opportunité : un plus grand nombre de profils poussent l’organisation à innover dans ses services (ateliers de requalification, parrainages, etc.), ce qui, in fine, enrichit le tissu économique local.

Les avertissements méthodologiques en détail

La Dares a produit plusieurs notes techniques afin de sensibiliser le public à la lecture de ces nouveaux chiffres. L’inclusion de catégories comme F et G s’ajoute aux ajustements saisonniers traditionnels (certains mois de l’année rendent la comparaison trompeuse si l’on ne corrige pas les effets calendaires). De plus, le décret relatif aux sanctions, entré en vigueur en juin 2025, agit en toile de fond : environ 5 000 personnes supplémentaires en catégorie A et A, B, C auraient disparu des statistiques si le texte n’avait pas été appliqué.

D’une manière générale, ces avertissements rappellent l’importance d’un suivi longitudinal. Il est jugé préférable d’observer la tendance sur plusieurs trimestres successifs, plutôt que de se concentrer uniquement sur une photographie instantanée. La loi plein emploi est en effet susceptible d’induire des variations plus fortes lors de ses premiers mois d’existence. Les analystes tablent sur une normalisation progressive au fil de l’année 2026, lorsque les règles auront été pleinement intégrées par les usagers et par France Travail lui-même.

Les données CVS-CJO (corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables) constituent un outil essentiel. Elles permettent de repérer la trajectoire réelle, sans les fluctuations liées à des saisons plus ou moins favorables (fin d’année, période estivale, etc.). Ces corrections automatiques ne modifient pas la tendance de fond mais aident à en extraire un signal plus stable.

Vers une dynamique plus stable ?

La question qui se pose est de savoir si les évolutions administratives finiront par se stabiliser et offrir une vision claire du marché de l’emploi. Les autorités misent sur quelques mois encore de transition, le temps que chaque acteur s’adapte intégralement. Les entreprises attendent pour leur part une main-d’œuvre diversifiée, tandis que les acteurs associatifs espèrent des dispositifs d’accompagnement plus souples et mieux ciblés.

Les indicateurs, bien que contrastés, suggèrent que les réformes visent à inclure de nouveaux publics souvent éloignés de l’emploi, pour repenser les logiques de formation et d’insertion. Sur le long cours, cet élargissement donnera potentiellement une mesure plus fidèle du nombre de personnes en récherche d’activité, avec une lisibilité accrue sur l’ensemble des segments du chômage (catégorie A stricte vs. catégories élargies, etc.). Les économistes estiment qu’une fois les ajustements digérés, les statistiques trimestrielles gagneront en cohérence et les évolutions seront moins difficiles à interpréter.

Ce panorama détaillé illustre l’impact profond des changements législatifs et statutaires sur le chômage et le marché de l’emploi, mettant en lumière un paysage en pleine mutation au sein duquel s’articulent ambitions politiques et réalité conjoncturelle.